Membre du PS depuis 1986, maire-adjoint de Dijon depuis 2001 et premier vice-président de la Métropole, Pierre Pribetich a été député européen, de juin 2007 à juin 2009, en remplacement de Pierre Moscovi, élu député à l’Assemblé nationale. Il a fait partie du groupe parlementaire Socialistes et démocrates. L’élu dijonnais revient sur les élections européennes et la reconstruction politique qui en découle en Europe et en France. Sans oublier Dijon.
Dijon l’Hebdo : La cuvée 2019 des élections européennes a réservé son lot de surprises. Si vous deviez retenir une bonne nouvelle, quelle serait-elle ?
Pierre Pribetich : « La meilleure des nouvelles, c’est l’augmentation sensible de la participation qui vient contredire les sondages qui tablaient sur un affaissement par rapport à 2014. C’est la première fois depuis 1979 que la participation augmente et c’est une bonne chose pour notre démocratie et surtout pour l’Europe ».
DLH : Et une mauvaise ?
Pierre Pribetich : « La mauvaise nouvelle, c’est le score trop élevé du Rassemblement national même s’il est légèrement inférieur à celui de 2014. Il devient ainsi le premier parti de France et ce n’est pas une fierté pour notre démocratie. Le débat a été tronqué, faussé et transformé par le Président de la République en référendum et en un face à face avec le Rassemblement national, dévoyant ainsi le débat qui aurait dû se faire autour des propositions des différentes sensibilités pour l’Europe.
Souvenons nous aussi qu’au moment du Grand Débat national voulu par le Président de la République, la question européenne s’est effacée. Et au moment où l’on devait avoir le résultat de ce Grand débat, ce sont en fait les résultats de la politique européenne qui sont apparus… ».
DLH : La défaite est sévère pour la liste Parti socialiste-Place publique. Le PS, dans la forme qu’on lui connait, a-t-il encore un avenir en France ?
Pierre Pribetich : « La défaite est une confirmation des résultats de la Présidentielle et des législatives de 2017. Néanmoins, notre crainte de nous retrouver sous la barre des 5 % ne s’est heureusement pas confirmée. Il n’y aura pas de disparition de représentants du Parti socialiste et c’est tant mieux. Cette défaite de la gauche qui est à la fois éparpillée et avec des tonalités qui ont évolué – je pense notamment à La France Insoumise, décridibilisée par les outrances et les violences verbales, qui redescend à un score identique à la liste Place Publique – Parti socialiste-, est une alerte sur le positionnement que les responsables politiques de gauche doivent avoir et sur la vision qui fera suite à ces événements.
DLH : Le bon résultat des écologistes vous a-t-il surpris ?
Pierre Pribetich : « Le score important des écologistes, plus faible tout de même qu’en 2009 où la liste de Daniel Cohn- Bendit avait largement dépassé le score usuel, confirme la sensibilité de nos concitoyens envers l’écologie et l’urgente nécessité de mettre en place une lutte efficace contre la dérive climatique ».
DLH : La forte participation à ce scrutin fait émerger un hémicycle européen divisé dans lequel les alliances seront durement négociées. Ne se dirige-t-on pas vers un parlement ingouvernable car incapable de former un coalition majoritaire stable ?
Pierre Pribetich : « La situation est préoccupante. C’est une rupture par rapport à ce qui s’est fait dans les autres mandatures. La somme des voix du Parti populaire européen et des sociaux-démocrates ne permet pas d’avoir la majorité. Nous nous retrouvons maintenant dans un jeu totalement bouleversé par le résultat de ces dernières élections qui met un terme à ce qui faisait la force du compromis entre la droite et la gauche pour le bon fonctionnement du Parlement et des institutions européennes. Le Président de la République souhaite rebattre les cartes à son profit. Et au profit de la France, je l’espère. Les alliances seront donc encore plus complexes entre les sociaux-démocrates, les écologistes, les libéraux et, éventuellement, la droite pour définir les grandes orientations de la gouvernance de l’Europe. C’est un chamboule-tout institutionnel qui est en train de se préparer et la situation risque bien d’être chaotique. La négociation pour désigner le président de la commission européenne sera beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît, chacun souhaitant imposer son point de vue ».
DLH : Le résultat des élections européennes marque-t-il la fin définitive du clivage droite-gauche ?
Pierre Pribetich : « Non parce que chaque élection a sa logique. Et la logique de l’élection européenne ne répond pas forcément à des clivages traditionnels. Les Européennes, ce sont des élections à la proportionnelle pure et on sait qu’à chaque fois, quasiment, les écologistes parviennent à porter leur message et à entraîner une partie de nos concitoyens vers leurs thématiques. Surtout quand elles sont portées par la jeunesse comme cette Marche pour le climat qui a sans doute eu un impact sur l’ensemble des électrices et des électeurs.
Le clivage droite-gauche ne disparaît pas. Il évolue vers d’autres formes. On a actuellement un affaissement de la droite conservatrice, réactionnaire, avec notamment le faible score des Républicains. Une partie de la droite a voté pour La république en Marche. Une partie des électeurs de gauche qui avaient porté leurs suffrages sur La République en Marche en 2017, s’est réfugiée chez les écologistes et un peu sur la liste Place publique – Parti socialiste. On voit désormais apparaître, d’un côté des extrémistes Rassemblement national, d’un autre, un parti de centre-droit avec La République en Marche qui marie libéralisme et écologie et enfin le bloc de gauche. Le clivage traditionnel droite-gauche se transforme donc en une sorte de tripartisme, une forme de choix entre les trois branches que je viens d’évoquer.
DLH : Dans trois quarts des grandes villes françaises, le parti du maire a obtenu moins de 15 % des voix, n’est-ce pas préoccupant pour les élections municipales de mars 2020 ?
Pierre Pribetich : « Non parce que la majorité municipale est basée depuis 2001 sur un rassemblement. D’ailleurs, le soir de la proclamation du scrutin des européennes, François Rebsamen a bien souligné qu’il voyait dans ces résultats un message clair et positif : le rassemblement autour d’un projet de gauche, social, écologiste et démocratique et de valeurs partagées est la voie de notre avenir politique commun. Cela est particulièrement vrai à Dijon, ville européenne, où la gauche progressiste totalise près de 40% des voix.
Les prochaines élections municipales auront donc leur propre logique autour d’un homme, d’une équipe et d’un projet attractif pour 2020-2026. L’équipe, elle est rassemblée. Elle porte des valeurs sociales, socialistes, écologistes et démocrate ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





