EDMOND

Comédie romantique et historique franco-belge d’Alexis Michalik avec Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Tom Leeb, Lucie Boujenah, Alice de Lencquesaing, Clémentine Célarié, Igor Gotesman, Dominique Pinon, Simon Abkarian, Marc Andreoni, Antoine Duléry et Alexis Michalik en personne.

Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand (Thomas Solivérès) n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet) une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci : elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : « Cyrano de Bergerac ».

En 2016, le talentueux metteur en scène et comédien franco-britannique Alexis Michalik crée EDMONDau Théâtre du Palais-Royal : une pièce relatant la difficile élaboration deCYRANO DE BERGERACpar Edmond Rostand. C’est alors un immense succès public et critique pour Michalik, qui remporte avec cette production cinq Molières, pouvant enfin réaliser son rêve de porter son œuvre à l’écran. En effet, après avoir vu SHAKESPEARE IN LOVEde Joe Madden, sur la genèse de ROMEO ET JULIETTE, le jeune auteur avait imaginé une pièce sur la création du plus grand triomphe théâtral français. C’est son adaptation tourbillonnante qui est aujourd’hui sur vos écrans : juste au moment où l’on célèbre partout en France le centenaire de la mort du père de Cyrano … emporté malheureusement à cinquante ans par la grippe espagnole !

Dès le début du film, nous sommes transportés par une caméra virevoltante dans un Paris stylisé et idéalisé de la fin du dix-neuvième siècle. EDMONDa été tourné à Prague, où l’architecture, les brasseries et les immeubles peuvent rappeler le Paris de 1895 et du cinéma naissant. Michalik ne s’en cache pas, Edmond est « une déclaration d’amour au théâtre, à ses interprètes, à son artisanat, et à ses illusions ». Mais c’est également un hommage au cinéma populaire et exigeant, avec un soin tout particulier apporté aux images et au tempo.

Le réalisateur est pourvu d’un grand sens du rythme, impulsé également par l’énergie des personnages, donnant ainsi une grande fluidité à la narration. En cela il est très proche d’un des cinéastes de CYRANO DE BERGERAC, Jean-Paul Rappeneau, qui réalisa en 1990 la fameuse adaptation avec notre Gérard Depardieu dans le rôle titre. Pour garder la bonne mesure, Michalik s’appuie également sur les musiques virtuoses d’Offenbach, des dialogues enjoués ou des scènes de comédies enlevées : comme celles qui ont lieu aux « Belles Poules » avec les deux producteurs entremetteurs, joués goulûment et avec malice par Simon Abkarian et Marc Andreoni.

Tous les comédiens sont parfaits et un vrai esprit de troupe se dégage du film d’Alexis Michalik, qui se réserve lui aussi un rôle à sa mesure. Olivier Gourmet endosse le costume du « gargantuesque » Coquelin en même temps qu’il devient Cyrano, avec notamment cette scène de la mort « où il doit faire oublier qu’il est un acteur pour redevenir un homme face à sa condition ». Mathilde Seigner est splendide en actrice mégère, tenant là sans doute son meilleur rôle. Alice de Lencquesaing compose avec une grande justesse une Rosemonde Gérard, fidèle compagne de Rostand, amoureuse même lorsqu’elle n’est plus muse. Lucie Boujenah, candide et fougueuse à la fois, joue Jeanne la petite habilleuse propulsée malgré elle dans le rôle de Roxane. Tom Leeb avec beaucoup d’humour et d’autodérision, endosse avec Léo/Christian le double rôle du gars « beau et con à la fois », comme le chantait si bien Brel. Enfin, Clémentine Célarié compose une Sarah Bernhardt exaltée et drôlissime, à l’origine de la rencontre étincelante entre Coquelin et Rostand.

Pour jouer l’auteur de CYRANO,« dernier blockbuster du théâtre, ensuite les superproductions seront cinématographiques », Michalik choisit Thomas Solivérès, jeune acteur aux allures adolescentes qui débuta à l’âge de vingt ans dans INTOUCHABLESaux côtés d’Omar Sy. Sept ans plus tard, Thomas Solivérès trouve enfin un rôle à la mesure de son talent, réussissant à exprimer les incertitudes, les doutes et les affres de l’inspiration et de la création.

Michalik nous donne ainsi à voir toutes les étapes du processus créatif, de la page blanche au triomphe de la pièce au théâtre de la Porte-Saint-Martin, en décembre 1897 : CYRANO DE BERGERACconnut alors quarante rappels ! Spectacle jubilatoire et récréatif, avec son lot de personnages hauts en couleur, sa fantaisie effrénée, sa reconstitution colorée, sa caméra mobile et son rythme endiablé, EDMOND ravira les amoureux de théâtre … et de cinéma. Même le générique final mérite le détour !

Raphaël Moretto