Pour la première fois en France, une commune décroche un double label diversité et égalité professionnelle. Ces deux labels gravent dans le marbre la politique volontariste menée depuis 2001 à Dijon. Le bien vivre ensemble n’est pas qu’un concept, c’est une réalité dans la capitale régionale. Explications avec Christophe Berthier, maire adjoint à la vie associative, à la fraternité, à la diversité, à la lutte contre les discriminations et à l’accessibilité.
Christophe Berthier, c’est un parcours de fidélité. Voilà déjà 10 ans qu’il travaille au sein de l’équipe municipale de François Rebsamen qui a souhaité, au fil du temps, l’impliquer davantage dans la politique de la ville et dans la politique… tout court au sein de délégations qui sont incontournables à Dijon. C’est ainsi qu’il l’a nommé tout récemment adjoint à la vie associative, à la fraternité, à la diversité, à la lutte contre les discriminations et à l’accessibilité. Une délégation solidement enracinée dans l’article 1 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen…
« C’est un tremplin pour véhiculer les vraies valeurs de la politique de François Rebsamen au sein de la ville et même au delà au travers de mes représentations au sein de la Métropole, en tant qu’élu, et du CCAS en tant qu’administrateur. C’est pour moi un engagement de tous les jours » explique Christophe Berthier.
En 2003, une première charte
Le travail que fait Dijon en la matière a donc été récompensé par un double label qui constitue une première en France. « Cette récompense concrétise le fort engagement depuis l’élection de François Rebsamen en 2001 ». Et Christophe Berthier d’égrener les principales dates… En 2003, la signature d’une charte d’engagement insertion-emploi permet, à travers la commande publique, à des centaines de jeunes et de moins jeunes, notamment issus des quartiers prioritaires, d’accéder à la formation, à l’insertion professionnelle et à l’emploi.
En 2009, année où Christophe Berthier s’engage aux côtés de François Rebsamen, Dijon installe une commission extra-municipale de lutte contre les discriminations qui définit les grands axes de lutte contre les discriminations dans tous les domaines (accès aux droits, emploi, logement, éducation, loisirs, culture) et crée l’Antenne Municipale et Associative de lutte Contre les Discriminations (AMACOD), avec la double mission d’accompagnement et de sensibilisation des Dijonnaises et Dijonnais, un dispositif unique en France.
L’AMACOD fonctionne avec trois collèges : un collège d’élus de la ville de Dijon, un collège de présidents d’associations impliquées dans la lutte contre toutes les discriminations et un collège de personnes qualifiées (avocats, juristes, constitutionnalistes…). « Toutes les sollicitations sont examinées avec le plus grand soin. Nous instruisons nous-mêmes les dossiers ou bien nous les orientons vers des associations spécialisées selon les types de discriminations ou bien encore en direction des avocats le cas échéant » précise Christophe Berthier.
« Une vigilance permanente »
La signature de nombreuses chartes (Déontologie au travail en 2005, Égalité et mixité professionnelle en 2007, Diversité en 2009, LGBT l’Autre Cercle en 2015) et d’accords professionnels (Mieux-être au travail en 2012) traduisent ces engagements envers les personnels.
En octobre 2017, la ville de Dijon, le CCAS et Dijon métropole confient à l’AMACOD le rôle de cellule d’écoute spécifiquement dédiée au personnel des 3 collectivités et aux candidats au recrutement. Une traçabilité des réclamations des personnes s’estimant victimes de discrimination est organisée. Démarche confortée par des propos très forts tenus par François Rebsamen lors des vœux 2018 au personnel : « Si le statut de la fonction publique garantit en principe l’égalité des droits entre femmes et hommes, des inégalités réelles subsistent, y compris au sein de nos services ; par exemple pour l’exercice des temps partiels, l’absence de mixité de certains métiers, ou encore les difficultés d’accès pour les femmes à certains postes à responsabilités. C’est donc un sujet qu’il nous faut regarder en face, sans tabou, et avec la volonté ferme d’avancer et de faire progresser l’égalité réelle. Mais je me permets d’insister sur un point : la question des relations femmes-hommes n’est pas seulement une question qui interroge l’administration et l’organisation des services. C’est une question qui interroge également nos comportements individuels, avec une vigilance permanente face à un certain « machisme ordinaire » qui peut encore exister. Chacun a donc une part de responsabilité et un rôle à jouer, et je vous le dis avec conviction : le sexisme sous toutes ses formes, et plus encore le harcèlement sexuel n’ont pas et n’auront jamais leur place à la ville de Dijon et à Dijon métropole ».
Plus de 120 personnes impliquées
Dijon s’est donc engagée pour obtenir ces deux labels – diversité et égalité femmes-hommes –. Sous la houlette de Nathalie Koenders, première adjointe au maire, de Christophe Berthier, adjoint au maire délégué à la vie associative, à la fraternité, à la diversité, à la lutte contre les discriminations et à l’accessibilité, et de Rémi Detang, vice-président de Dijon métropole, délégué aux affaires foncières, aux relations avec l’EPFL des collectivités de Côte-d’Or et aux questions relatives au personnel, à la voirie et au règlement local de publicité intercommunal, avec la participation active de l’AMACOD et s’appuyant sur les équipes de la direction des ressources humaines et des membres du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), un comité de pilotage a participé aux différents entretiens et groupes de travail pour l’obtention de ces labels.
« Plus de 120 personnes de différents services se sont impliquées en apportant de précieux témoignages sur leur vécu. Elles ont d’ailleurs toutes été auditées durant l’automne par l’organisme qui attribue les labels » explique Christophe Berthier. « La représentante de l’AFNOR a bien compris que les valeurs portées par la collectivité étaient partagées par tous, dans tous les services où elle est passée, et que ce n’était pas un engagement de façade imaginé pour l’occasion. La labellisation n’est surtout pas une fin en soi. Nous avons la volonté de faire mieux encore ».
Le grand oral s’est déroulé le 29 mars pour le label Diversité et le 31 mai pour le label Égalité professionnelle, en présence de Nathalie Koenders, Christophe Berthier et Remi Detang, de représentants des services, de l’AMACOD et des organisations syndicales. Avec le succès que l’on sait…
Avec le monde de l’entreprise
Le 27 juin 2018, les Premières Rencontres Territoriales de la Diversité et de l’Égalité professionnelle seront organisées avec l’objectif de partager les bonnes pratiques, d’entrainer les acteurs économiques du territoire, susciter l’engagement et montrer l’intérêt pour tous de s’engager dans la lutte contre les discriminations et en faveur de la diversité et de l’égalité professionnelle.
« C’est un grand événement qui va, en quelque sorte, couronner notre engagement. Le responsable de l’AFNOR viendra nous remettre officiellement les deux labels. Ce ne sera pas un remake du mariage du prince Harry et de sa dulcinée. Cet événement, nous souhaitons le partager avec le monde économique. Nous voulons, en effet, partager et transmettre notre volonté politique aux chefs d’entreprises de la Métropole qui pourront aussi nous faire part de leur propres process. Chacun pourra ainsi apporter sa pierre à l’édifice et ce sera une bien belle façon de faire vivre nos labels ».
Et cerise sur la gâteau, des représentants de la ville de Paris, qui s’engage seulement pour l’obtention du label diversité, sont attendus à Dijon pour prendre quelques idées… D’autres visiteurs sont attendus.
J-L. P
Nathalie Koenders : « A compétence égale, les femmes occupent une place importante au sein de la ville de Dijon. Sur 44 services, 23 d’entre elles assurent la fonction de directrice. Dans la filière technique, des femmes accèdent au grade d’agent de maîtrise. Et ce n’est pas dans toutes les villes de France qu’on trouve 30 % de femmes au sein de la police municipale »
François Rebsamen : « Dijon est une belle et grande ville, une ville fière des valeurs qu’elle porte, une ville généreuse, une ville où la mixité sociale est acceptée et appliquée. Une ville où l’ouverture à l’autre l’emporte sur la tentation du repli. Je ne veux me consacrer qu’à une seule chose : rassembler les Dijonnais autour d’une ville où chacun trouve sa place, où personne n’a peur de l’autre, où la diversité est vécue non comme une menace mais comme une richesse. En ma qualité de maire, je suis le garant de la cohésion de notre communauté et je veillerai à ce que la municipalité défende avec fermeté l’ambition sociale, culturelle, écologique et économique, que nous avons su créer pour le respect des droits et devoirs de chaque citoyen de Dijon »
Christophe Berthier : « La labellisation n’est surtout pas une fin en soi. Nous avons la volonté de faire mieux encore »






