Didier Levray : « A Dijon, on constate une remontée des prix »

 

Dijon l’Hebdo : Comment se porte le notariat en Côte-d’Or ?

Didier Levray : « Notre profession s’accroît. En effet, nous avons vingt notaires de plus. C’est à dire 20 % d’augmentation en Côte-d’Or. Désormais, nous sommes 104 et nous attendons encore une dizaine de nominations d’ici la fin du mois de juin. C’est le résultat de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques du 6 août 2015 (dite « Loi Macron ») qui a instauré une nouvelle voie d’accès à la profession de notaire ».

 

DLH : Comment se répartissent ces nouvelles installations ?

D. L : « Les vingt nouveaux notaires ne sont pas tous des créateurs. Un certain nombre intègre des études. Il y aura eu, au total, huit nouveaux offices ouverts en milieu urbain. Trois à Beaune et cinq sur la métropole dijonnaise. C’est le signe de l’attractivité de Dijon. Ces nouveaux offices n’ont pas, pour l’instant, impacté les anciens offices dans la mesure où il y a eu jusqu’à présent assez de travail pour tout le monde. Et puis, nous manquons de recul pour tirer un premier bilan des nouvelles implantations. Et ce, malgré la pression médiatique que le gouvernement cherche à mettre sur la profession ».

 

DLH : La situation de l’immobilier est-elle bonne ?

D. L : « Sur le plan immobilier, 2017 aura été une année record en terme de nombre de transactions. Ce n’est pas spécifique à notre région. C’est une situation qu’on retrouve partout en France ».

 

DLH : Quelle analyse faites-vous ?

D. L : « C’est certainement un phénomène de rattrapage après cinq années difficiles dans l’immobilier. Les volumes ont augmenté à la faveur des taux d’intérêt qui restent bas. Nombreux ont été ceux qui ont concrétisé des acquisitions. C’est évidemment un fait positif et nous pensons que 2018 sera plutôt une année de stabilisation du marché qui devrait être inférieur en volume. Il est possible que les prix augmenteront légèrement en raison d’une raréfaction des biens mais il est encore trop tôt pour l’affirmer. C’est une probabilité qu’il ne faut pas exclure.
Par contre, on le remarque sur Dijon, les prix ont cessé de baisser depuis 2013. On constate depuis le début de l’année une remontée des prix. Jusqu’alors, nous étions sur du négatif de l’ordre de 4 % par an, ce qui n’était pas négligeable. Si on ajoute à cela la faiblesse des taux d’intérêts, on a un pouvoir d’achat dans l’immobilier qui a augmenté.
Je remarque aussi que l’on s’inscrit dans une conjoncture nationale qui est un peu à la peine. J’ai le sentiment que depuis le début de l’année le dynamisme de l’économie française commence à marquer le pas. Certains spécialistes affirment même que nous atteint le maximum des possibilités de la croissance française. On ne peut donc pas dire que nous sommes d’un optimisme démesuré ».

 

DLH : Et vous assurez toujours un maillage efficace en zone rurale ?

D. L : « La Côte-d’Or est toujours aussi bien couverte par le notariat. Mais pas par le nouveau notariat qui fait le choix de s’implanter en ville là où il est sûr de trouver de la clientèle et un volume d’affaires suffisant. A la faveur de la loi qui permet la liberté d’installation, ils vont grossir le notariat urbain. Par contre, on a vu, dans d’autres départements, des notaires ruraux qui mettent la clé sous la porte parce qu’ils ne peuvent plus vivre de leur métier et de leurs missions à la campagne. Le maillage territorial n’est pas la préoccupation première de ce gouvernement. On voit comment sont traiter, par ailleurs, la ruralité et les agriculteurs. Et bien, c’est pareil pour le notariat. Un jour, dans certaines communes du département, après la disparition de la Poste, du médecin, de l’épicier, du café, du gendarme… il n’est pas impossible que le notaire se voit contraint de partir lui aussi si la conjoncture économique est difficile. Les notaires ruraux supportent tout l’effort financier que le gouvernement a imposé à la profession en faisant, à perte, au titre du service public, la plus grosse partie des « petits » actes dont les gens ont besoin. Il faut savoir que sur un « petit » acte, un notaire est rémunéré 4,50 euros de l’heure… En clair, il ne gagne pas sa vie ».

DLH : Du coup, sentez-vous une démobilisation en direction des études notariales ?

D. L : « Non. Pas encore. Et pas dans ces termes là. C’est actuellement le plein emploi dans le notariat qui a considérablement augmenté ses effectifs. En 18 mois, au niveau national, nous sommes passés de 49 000 salariés à 54 000. On ne peut pas en dire autant de tous les corps de métiers.
Sinon, les étudiants privilégient naturellement la ville à la campagne. On le voit notamment au travers des stages. Il est toujours beaucoup plus difficile pour un notaire à la campagne de trouver un stagiaire que pour un notaire en ville. C’est presque naturel et c’est pour tous les métiers pareil. C’est d’abord une question de mobilité. L’étudiant préfèrera être près de la fac ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre