C’était avant hier : 65 avenue Victor Hugo

 

Le 6 juillet 1885, le conseil municipal avait inscrit à son ordre du jour le choix du nom concernant la nouvelle artère qui épouse le tracé de l’ancienne voie royale menant à Paris. Un nom est proposé, suscitant l’enthousiasme : celui du grand Victor Hugo, dont les obsèques à Paris avaient donné lieu à une célébration et un défilé grandioses. Pas moins d’un million de personnes s’étaient déplacées !

Au retour d’un voyage en Provence en 1839, le poète avait fait la visite de Dijon, la qualifiant de « délicieuse ville, mélancolique et douce.» En 1871, après son retour d’exil à Guernesey durant le règne de Napoléon III, il avait épousé le parti de Garibaldi contre les détracteurs de l’époque. Garibaldi, qui était venu au secours d’un Dijon investi par 20 000 soldats ennemis.

Tous ces éléments expliquent que la nouvelle artère importante de Dijon porte un nom « digne du vocable glorieux que nous avons proposé», ut dixit la municipalité de l’époque. Voilà qui va de soi, car cette percée dessert tout un quartier élégant, à la mode et fort prisé des gens aisés. Ce n’est qu’en 1944, au moment de la Libération que sa première section portera le nom d'« Avenue de la Première Armée » en reconnaissance des troupes libératrices de la cité. Et que la Place Dubois sera le nouveau tenant.

Sur la gauche, après la montée qui conduit au lieu-dit Les Génois, se dresse au n° 65 de l’avenue Victor Hugo, une belle villa en pierres de taille élevée par Félix Ruinet pour bénéficier de la fraîcheur en été, et du grand air en hiver. Felix Ruinet était un notable, président de la société « Chaussures Ruinet », cotée en Bourse de Lyon et dont la fabrique se trouvait Cours du Parc. Celle-ci avait pour spécialité de produire des chaussures destinées à l’armée, et appelés des godillots du nom de leur concepteur.

Plus tard, une transaction immobilière permettra au docteur Franc, médecin anesthésiste à l’hôpital de Dijon -créateur du SAMU- et à sa femme, violoniste de talent, d’en devenir les acquéreurs. Aujourd’hui, le n°65 a été divisé en logements à loyers modérés, et son parc transformé en un jardin public - très apprécié des personnes du quartier.

Il serait intéressant de savoir où ont été entreposées les belles boiseries embarquées un beau dimanche matin dans un gros véhicule. Avis aux fins limiers !...

 

Roger Loustaud