5 rue Lacordaire : Tous au patro !

 

Nous sommes en décembre 1905. La loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat vient d’être votée. La France est coupée en deux et les débats à l’Assemblée nationale sont houleux. Le pouvoir républicain décide que les édifices voués aux différents cultes, les objets religieux ainsi que le mobilier ecclésiastique demeurent propriété des différentes églises. Les autorités civiles doivent, bien sûr, en dresser l’inventaire.

A Dijon, à l’instar d’autres villes, les fidèles redoutent que cette opération aboutisse à une « nationalisation de la foi de chacune des religions ». C’est ainsi que dans la cité des Ducs, des catholiques (hommes et femmes) se regrouperont devant les édifices religieux, chantant des cantiques, s’opposant à l’entrée des forces de l’ordre ainsi que des différents services de l’Etat dans les murs du Seigneur ! Le 3 février 1906, devant Notre-Dame, sous la houlette d’un jeune curé, les paroissiens font bloc. C’est la première fois que l’abbé Félix Kir se manifeste… Deux jours plus tard - mais la scène se passe devant Saint-Michel - les gendarmes à cheval donnent des coups de sabre sur le dos des manifestant, voire même plus bas !

Le calme revient progressivement, et arrive la guerre de 14-18 avec d’autres préoccupations. Une fois la paix revenue, les autorités religieuses ne vont pas manquer de s’apercevoir que les ministres du culte ne sont plus payés par l’Etat. Il faut donc trouver des fonds, créer des structures pour accueillir les jeunes enfants, inventer de nouvelles pistes afin de transmettre la foi. C’est là l’origine des patronages gérés par les curés et les vicaires des paroisses, tout comme des associations qui les accompagnent. Ils auront leur siège au 5 rue Lacordaire. Par ce biais, les catholoques œuvreront pour le développement des activités ludiques, l’éducation physique et morale. Il s’agit de contrebalancer les organisations de scouts implantées dans d’autres religions, dont le protestantisme.  Ces patronages vont s’allier à ceux de régions voisines pour monter des spectacles les plus attractifs possibles. A ces patronages, le clergé adjoindra les activités militantes de la J.O.C (Jeunesse ouvrière catholique).

Le 5 rue Lacordaire a toujours eu une histoire. Ne serait-ce que parce que le quartier a eu son heure de gloire pendant le siège de 1870. Il était constitué à l’époque de jardins, de petites constructions ; et les lieux ont servi d’appui aux bataillons de volontaires dijonnais, qui ont empêché l’encerclement total des troupes allemandes (constituées de deux mille soldats de métier).

 

Roger Loustaud