François-Xavier Dugourd : « Dépasser les clivages politiques sans oublier nos valeurs »

« Ce n’est que justice… ». C’est en ces termes que François-Xavier Dugourd a commenté sa levée de suspension des Républicains et sa réintégration dans ses fonctions de délégué de la 1re circonscription. Le 1er vice-président du Conseil départemental revient sur les dernières élections législatives et donne sa perception de l’avenir tant sur le plan national que local.

Dijon l’Hebdo : Le bureau politique national des Républicains a prononcé officiellement la levée de votre suspension, à l’unanimité de ses membres. Il vous a aussi réintégré dans vos fonctions de délégué LR de la 1re circonscription de Côte-d’Or. Il est vrai que vous aviez pris un gros risque en vous présentant, en juin dernier, contre la candidate officiellement désignée par votre parti sur la 1re circonscription…

François-Xavier Dugourd : « Je suis très heureux de cette décision. Justice est rendue. C’est vrai que les conditions dans lesquelles les investitures ont été données en 2016, et en particulier sur la 1re circonscription, étaient très contestables avec, on le sait bien, de grosses irrégularités dans les désignations au regard de nos statuts. Aujourd’hui, on revient à la raison et à la réalité du terrain. C’est bien le minimum que j’attendais. Je rappellerai que j’avais quand même la légitimité des militants puisque j’avais été élu, en janvier 2016, délégué de cette circonscription. Légitimité aussi des électeurs au regard du score honorable que j’ai réalisé en juin dernier. Cette légitimité, mon mouvement politique la reconnaît en levant la suspension qu’il avait prononcée ».

DLH : Vous avez perdu au second tour de cette élection. Paradoxalement, cette défaite vous a permis de gagner une légitimité désormais incontestable sur cette circonscription…

F-X. D : « Sans aucun soutien, j’ai obtenu un résultat tout à fait correct grâce à une belle et forte mobilisation à la fois des habitants mais aussi des vrais militants du cœur de notre mouvement engagés derrière moi malgré les consignes parisiennes. C’est une forme de révolte qui s’est traduite sur le terrain pour protester contre un choix aberrant. La désignation d’Anne Erschens, qui est une personne que je respecte et que j’apprécie, a été considérée comme une anomalie de nature à perturber l’efficacité électorale. On n’était pas loin de gagner et je pense que si on m’avait donné l’investiture j’aurais pu l’emporter. Maintenant, il faut tourner la page et regarder l’avenir ».

Après votre réintégration, vous n’avez pas manqué de rappeler à Rémi Delatte, le président départemental des LR que vous comptiez sur lui pour, je vous cite, « qu’enfin nous puissions travailler ensemble à des succès futurs à Dijon, sur la 1re circonscription et en Côte-d’Or » Ne pensez-vous pas que ce soit un vœu pieux au regard des différends qui vous opposent depuis près de deux ans ?

F-X. D : « J’ai du mal à comprendre ce différend qui n’est pas de mon fait. Dès les élections internes de janvier 2016, Rémi Delatte s’est mis dans une position de règlements de compte, encourageant ainsi le sectarisme plutôt que le rassemblement. Un président de fédération doit prendre de la hauteur, rassembler, oublier les a priori personnels pour rénover en profondeur notre mouvement. Aujourd’hui, comme hier, je lui tends la main. J’espère travailler avec lui et qu’enfin il entendra mon appel ».

Ne mélangeons pas les échéances

Dans tous les cas, le souhait de Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains, de vous voir au cœur de la reconstruction que va engager votre mouvement, ne semble pas avoir été entendu. Tout récemment, à Sombernon, Laurent Wauquiez a demandé à Emmanuel Bichot « de poursuivre le travail d’opposition engagé avec son équipe à Dijon » et qu’il comptait sur lui pour « tourner la page Rebsamen en s’attelant à préparer dès maintenant les prochaines élections municipales ». Etes-vous prêt à vous ranger derrière Emmanuel Bichot ou pensez-vous qu’il est prématuré de le désigner tête de liste de la droite et du centre aux prochaines élections municipales ? »

F-X. D : « Tout d’abord la position de Laurent Wauquiez est totalement cohérente avec celle de Bernard Accoyer. Je m’explique : si j’ai été réintégré dans mon mouvement politique, c’est à l’unanimité des 50 membres du bureau politique. Et, dans ce cadre là, Laurent Wauquiez a pesé de tout son poids. Il connaît mon engagement politique à Dijon et les perspectives d’avenir. C’est pourquoi il s’est engagé derrière moi.

En ce qui concerne le débat strictement dijonnais, il ne faut pas mélanger les échéances. Il y a des interrogations qui ne sont pas levées. Quand se dérouleront les prochaines élections municipales ? 2020 ? 2021 ? Quid d’une élection métropolitaine ? Je rappelle le principe inscrit dans la loi d’une élection à part des municipales consacrée strictement à la métropole… Reste maintenant à établir les modalités de cette élection. C’est déjà ça qui m’intéresse : quelle métropole demain pour faire rayonner la ville et son agglomération en terme d’attractivité et d’emplois ? Je note qu’il y a beaucoup de progrès à faire car je considère que François Rebsamen a échoué.

Je ne souhaite pas, pour l’heure, entrer dans ce débat dijonno-dijonnais qui voudrait qu’on se préoccupe de questions de personnes. Je pense qu’il y a beaucoup de talents, de force, d’énergie pour reconquérir Dijon et son agglomération : Emmanuel Bichot, Laurent Bourguignat, Ludovic Rochette, Catherine Vandriesse, nos amis de l’UDI et de nombreuses personnes qui ne sont pas dans les partis et qu’il faut engager dans le projet politique. Avant de trancher les questions de personnes, intéressons-nous au fond. Ouvrons-nous à différentes sensibilités et rénovons notre façon de faire de la politique. Il y a déjà un gros travail d’introspection et de remise en question à faire pour ne plus fonctionner comme avant ».

Je reste de droite

DLH : Justement ne pensez-vous pas qu’en 2020, ou 2021, la traditionnelle opposition gauche – droite pourrait voler en éclats et faire apparaître des alliances nouvelles ?

F-X. D : « Tout est possible. On voit bien que le monde change dans tous les domaines. La politique n’y échappe pas et nous avons tout intérêt à nous adapter sinon le décalage sera encore plus grand avec les électeurs. Dans ce cadre là, un projet politique pour Dijon et sa métropole doit être suffisamment large pour rassembler différentes sensibilités. Ça veut dire certainement qu’il faudra construire des ponts entre des personnes de bonne volonté qui ont envie de s’engager sur les mêmes valeurs. Pour ce qui me concerne, je suis près à travailler avec des gens de sensibilité différente. Ce que je fais déjà, au quotidien, dans mon action de conseiller départemental ou de vice-président du Conseil départemental. A titre d’illustration, depuis de longs mois pour ne pas dire quelques années, j’ai eu l’occasion de travailler régulièrement avec Laurent Grandguillaume. Je partage avec lui un certain nombre d’orientations pour le territoire et ses habitants. Cependant, je reste de droite. Je l’affirme car il faut donner des repères aux citoyens mais on doit dépasser les clivages politiques sans pour autant oublier nos valeurs.

Pensez-vous que Laurent Wauquiez présente le meilleur profil pour diriger les Républicains ? Sa proximité avec Sens Commun pourrait-elle lui coûter la présidence ? La récente attaque du maire de Nice, Christian Estrosi, sur ce point, n’est-elle pas de nature à le fragiliser ?

F-X. D : « Je pense qu’on a largement caricaturé Laurent Wauquiez et ses positions. C’est quelqu’un qui affirme clairement son positionnement à droite mais loin de l’extrême-droite. Son parcours et ses actes le démontrent. Je suis convaincu que ce qui est capital à court terme c’est que notre formation politique Les Républicains ait un véritable patron. C’est ce qui manque depuis un certain nombre de mois. Les primaires ont montré la nécessité d’avoir un vrai chef et un fonctionnement plus démocratique s’appuyant sur une écoute attentive de la base qui connaît parfaitement le terrain. Il n’est plus supportable aujourd’hui de faire reposer le fonctionnement de notre mouvement sur une petite élite parisienne. Et Laurent Wauquiez l’a très bien compris. C’est la raison pour laquelle je m’engage derrière lui ! »

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre