Législatives : Emmanuel Macron fait parler la foudre…

Ils sont 4 en Côte-d’Or à avoir rejoint la Macron-sphère au Palais Bourbon le 18 juin au soir : Didier Martin, Fadila Khattabi, Yolaine de Courson et Didier Paris. Le Modem François Deseille, investi par La République en Marche, a échoué, quant à lui, face au député sortant LR, Rémi Delatte. Retour sur une élection… jupitérienne !

Le 16 octobre 2016 – cela fait déjà une éternité ! –, Emmanuel Macron prenait de la hauteur. Et nous n’écrivons pas cela parce qu’il s’exprimait au 14e étage de la Tour Montparnasse à Paris, dans le QG de son mouvement En Marche. Celui qui était en train de baliser son chemin vers l’Elysée regardait la ligne d’horizon et s’exprimait sur sa vision de l’exercice présidentiel : « François Hollande ne croit pas au Président jupitérien. Il considère que le Président est devenu un émetteur comme un autre dans la sphère politico-médiatique. Pour ma part, je ne crois pas au président normal. Les Français n'attendent pas cela. Au contraire, un tel concept les déstabilise, les insécurise ».

Souvenez-vous, à l’époque, la gauche et le PS en tête l’exhortaient à participer à la Primaire de la Belle Alliance populaire (avec du recul, le nom aujourd’hui fait plus que réfléchir !) et la principale question du moment était de savoir si François Hollande allait ou non se présenter à sa succession. Et l’actualité n’était autre, en ce mois d’octobre, que la sortie du livre « Un président n’aurait pas dû dire cela », où les journalistes du journal Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, mettaient en orbite 5 ans d’entretien. La planète socialiste ne tournait déjà plus très rond…

La pyramide du Louvre

In fine, François Hollande dut se résoudre le 1er décembre à ne pas (re)monter dans la fusée présidentielle et Emmanuel Macron ne se présenta pas à la Primaire de la gauche, qui fut remportée par Benoît Hamon (Monsieur 58,69% le 29 janvier… devenu Monsieur 4,82% le 23 avril). Mais la France (re)découvrait le terme jupitérien, qui, depuis le dimanche 7 mai au soir et une célèbre déambulation devant la Pyramide du Louvre, est devenu le qualificatif le plus en vogue. Les résultats des législatives n’ont pas modifié la donne… sémantique.

Et pour cause, au niveau national, le nouveau président a obtenu une majorité de 350 députés (308 LREM et 42 Modem). A l’échelle de la Bourgogne – Franche-Comté, où l’abstention fut comme partout particulièrement forte (54,91%), ils sont 16 sur 27. En Côte-d’Or, seul le député LR de la 2e circonscription, Rémi Delatte, a réussi à faire que LREM ne soit pas qualifiée de déferlante (absolue) mais de vague. Enfin de vague de taille tout de même… puisque que les 4 autres circonscriptions sont entrées dans la Macron-sphère ! En récupérant 5 393 voix entre le 1er et le 2e tour, Rémi Delatte fut, en effet, le seul à devancer le candidat LREM François Deseille, qui, en nombre de voix comme en pourcentage, a fait moins bien que le candidat PS, Pierre Pribetich, en 2012.

Sur la 5e, l’ancien directeur général des services de la région Bourgogne, Didier Paris, proche de François Patriat, a fait tomber, avec 53,77%, l’ancien suppléant LR d’Alain Suguenot, Hubert Poullot. Et, sur la 4e, Yolande de Courson est passée de maire d’une commune de 70 habitants – Arrans – à députée d’une circonscription de 90 000 habitants. Et ce, à hauteur de 51,29%. L’estampille LREM y est évidemment pour beaucoup, mais la guerre fratricide entre le candidat LR-UDI Charles Barrière et le dissident Hubert Brigand n’a pas été étrangère à la perte, pour la droite et le centre, de la circonscription historique de François Sauvadet. D’ailleurs, le président du conseil départemental devait, dès le 19 juin, sanctionner Hubert Brigand en lui retirant toutes ses délégations.

Le vol des aigles

Sur la 3e circonscription, l’ancienne conseillère régionale PS, Fadila Khattabi, s’est envolée (63,32%) laissant, au sol, le frontiste Jean-François Bathelier (8234 voix derrière). Et cette autre proche de François Patriat a ainsi perpétué la tradition féminine de cette circonscription, qui, fut, rappelons-le, la première de Côte-d’Or à envoyer une femme au Palais Bourbon (Claude Darciaux en 2002).

Quant à la 1re circonscription – ah la 1re, sur laquelle tant de projecteurs étaient braqués eu égard au bras de fer que s’étaient livrés le maire de Dijon, François Rebsamen, et son adjoint investi par LREM Didier Martin ! –, elle est allée, sans surprise, elle aussi dans la galaxie macronienne. Certes, François-Xavier Dugourd ne connut pas une éclipse totale puisqu’il obtint 8 093 voix supplémentaires par rapport au 11 juin. Mais ce fut largement insuffisant et Didier Martin s’imposa avec 54,14% !

L’aigle et la foudre étaient les deux symboles majeurs de Jupiter dans la mythologie. Parce que l’aigle, planant en haut des cieux, fondait sur sa proie comme la foudre. Lors des législatives, Emmanuel Macron a fait parler la foudre… Nous attendrons pour voir le vol de ses aigles !

Xavier Grizot