Le MEDEF 21 entre en campagne

Le MEDEF Côte-d’Or fait son entrée dans la campagne. Les représentants des 5 candidats en tête des sondages dans la course à la Présidentielle sont venus, le 11 avril, détailler leurs programmes économiques devant les chefs d’entreprises adhérents de l’organisation patronale. Pierre-Antoine Kern, le président, explique la démarche.

Dijon l’Hebdo : « Cette irruption du Medef Côte-d’Or dans la Présidentielle, c’est une volonté de faire campagne ? »

Pierre-Antoine Kern : « Faire campagne, non ! Notre objectif est de permettre à nos adhérents d’écouter des responsables politiques locaux et d’échanger avec eux sur le contenu du programme économique du candidat qu’ils soutiennent ».

DLH : Comment s’est présenté le format de cette soirée ?

P-A. K : « Il y avait cinq politiques représentant le Front national, En Marche, France Insoumise, Les Républicains et le Parti socialiste. Je les cite dans l’ordre de leurs interventions. Ce temps fort s’est déroulé, sur inscription préalable, à la Maison des Entreprises ».

DLH : Vous faites comme TF1, vous ne retenez que les représentants des principaux candidats ?

P-A. K : « C’est vrai. On a fait aussi ce choix-là. Chacun a disposé de 45 minutes. 15 minutes d’exposé maximum et 30 d’échanges avec nos adhérents ».

DLH : Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen ont présenté leurs propositions économiques le mardi 28 mars devant le Medef national. Entre le leader d’En marche et le candidat des Républicains, le cœur des patrons ne semble plus balancer du même côté ?

P-A. K : « Le Medef ne donnera pas de consignes de votes. Il n’en a jamais donné et ce n’est pas maintenant qu’il va commencer. Le Medef cherche avant tout à éclairer au maximum à la fois ses adhérents, les entreprises et la société dans son ensemble sur ce qui lui semble le plus pertinent en matière de programme économique. Cela fait longtemps que nous faisons des propositions aux gouvernements sur un certain nombre de mesures notamment en matière de réduction des déficits. Aussi, à un moment aussi crucial pour l’avenir de notre pays, il est bien normal que le Medef compare les programmes économiques des candidats à ce que lui-même demande aux gouvernants.

S’il est vrai que le programme économique de François Fillon a été connu très tôt, celui d’Emmanuel Macron a été découvert plus tardivement. Et, sans doute, encore partiellement. Il y a, aujourd’hui, des zones imprécises. De nombreux chefs d’entreprises, comme beaucoup de Français, ont investi sur cette candidature, cette nouveauté, et ils attendaient des éléments plus précis. Et aujourd’hui, il apparaît que le programme d’Emmanuel Macron est moins ambitieux que celui que souhaite le Medef ».

DLH : Et les propositions de François Fillon vous semblent plus pertinentes ?

P-A. K : « François Fillon a construit son programme avec des chefs d’entreprises. Il n’y a donc rien d’étonnant que l’on retrouve beaucoup de choses communes comme l’ambition de faire une réduction de 100 milliards des dépenses publiques sur 5 ans. Une disposition qui nous mettrait dans une position vertueuse et nous permettrait de revenir à des équilibres budgétaires et résorber une dette qui est abyssale ».

DLH : De votre côté, les choses sont claires : vous voulez que les candidats à la Présidentielle fassent de l’emploi leur première priorité. Pour vous, la baisse du chômage passe par une baisse de la fiscalité pesant sur les entreprises et une refonte du droit du travail qui n’a jamais abouti ?

P-A. K : « Le problème, c’est que nous sommes aujourd’hui dans un cercle vicieux : on a des dépenses sociales et publiques trop importantes. Conséquence : on emprunte pour financer ces dépenses. Et plus on emprunte, plus on doit rembourser… Il est donc urgent, vital pour notre économie, d’une part, de diminuer cet endettement qui nous expose beaucoup, et, par ailleurs, de libérer les entreprises de ce carcan fiscal et social pour qu’elles puissent se redéployer, se développer et, in fine, recruter ».

DLH : Formation et orientation figurent aussi parmi vos chevaux de bataille ?

P-A. K : « Effectivement. Le Medef souhaite que le paquet soit mis en matière de formation. Plus de 100 000 décrocheurs par an et un taux de chômage de 25% chez les jeunes ne sont plus acceptables. Pour le Medef, ceci passe par un slogan : « 100% de jeunes employables et citoyens ». Ce qui demande notamment un gros effort en matière d’orientation.

Jusqu’à présent le Medef parlait de simplification, de réforme du droit du travail et de baisse de fiscalité. Il a ajouté une quatrième corde à cet arc : la formation. Rien ne pourra se faire correctement si, par ailleurs, nous ne trouvons pas les talents dont nous avons besoin dans les entreprises. En clair, il faut qu’aujourd’hui tout le système éducatif se réforme, s’adapte pour permettre aux jeunes d’être formés par rapport à des métiers qui existent ou qui existeront. Il faut donc rapprocher le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement. A tous les niveaux. Trop de jeunes partent à l’université dans des filières qui ne débouchent malheureusement sur rien ».

DLH : Parmi les propositions que vous formulez, il en est une pour le moins originale : la création de « binômes haut fonctionnaire / chef d’entreprise » placés à la tête des administrations pour assurer concrètement des mesures de simplification…

P-A. K : « Cette idée de rapprocher les mondes n’est pas nouvelle. Il est indispensable d’échanger sur les bons procédés. On est convaincu que chacun peut apporter à l’autre. Nous, nous pouvons, par exemple, apporter des méthodes de gestion qui ont fait leurs preuves dans l’économie comme la performance et l’efficacité avec moins de personnel ».

DLH : C’est ce même message que vous avez passé à la présidente de Région qui souhaite mettre sur pied une nouvelle agence de Développement économique à l’échelle de la Bourgogne Franche-Comté ?

P-A. K : « La façon de mettre en place ce projet cohérent pour l’économie régionale est extrêmement décevant. On est face, malheureusement, à une espèce d’idéologie qui consiste à installer exclusivement des élus et de laisser les strapontins aux chefs d’entreprises qui seront écartés des votes. L’Agence Régionale de Développement sera la seule, en France, organisée de cette manière-là. C’est dramatique. On est déjà dans une région très en retard sur le plan du PIB par habitant…

Ce sont pourtant bien les chefs d’entreprises qui sont les premiers concernés par le développement économique… »

DLH : Qu’est-ce que vous répondriez à cette injonction de Marine Le Pen lancée récemment au Medef : « Arrêtez la caricature, les ogres n’existent pas » ?

P-A. K : « Nous, on se situe sur un terrain pragmatique et rationnel. On n’est pas dans l’invective ou la stigmatisation. Il faut être clair : le programme économique du Front national ne tient pas du tout la route. Augmenter le SMIC immédiatement de cette façon, passer au franc… déclencheront une catastrophe économique. Nous aurons une monnaie extrêmement faible. Le taux d’intérêt pour rembourser la dette sera colossal, l’inflation sera galopante…

Tous les candidats devraient réfléchir à une chose essentielle : jamais, ils ne pourront faire avancer ce pays s’ils n’établissent pas un minimum de confiance avec le monde économique. Ce sont les chefs d’entreprises qui créent de l’emploi, pas les politiques ».

Propos recueillis par Jean-Louis PIERRE

 

« HÉ OH ! La Gauche, la Droite, le Centre…Que comptez-vous faire pour les entrepreneurs ? », tel était l’intitulé du rendez-vous organisé par le Medef Côte-d’d’Or. Au programme :

Front National (Julien Acard)

En Marche (François Patriat)

France Insoumise (Alexandre Emorine)

Les Républicains (Rémi Delatte)

Parti Socialiste (Michel Neugnot)