Retraites : Michèle Dion balaye les idées reçues

 

Michèle Dion est démographe. Elle a été professeur à l’Université de Dijon. Elle a initié ou participé à de nombreuses enquêtes. Aujourd’hui à la retraite, elle n’en demeure pas moins très active. Elle continue d’« ausculter » l’état de notre société. Jusqu’ici, l’allongement de la durée de vie allait de pair avec un mieux-vivre des personnes âgées. Depuis peu circulaient des rumeurs selon lesquelles en France l’espérance de vie diminuerait à l’instar de ce qu’on observe aux USA. Or l’OMS vient de publier les résultats d’une enquête dont les résultats vont dans une direction opposée : en 2030, la moyenne de vie des femmes dans notre pays comme en Corée ou au Japon atteindrait les 90 ans ! Rencontre avec Michèle Dion, dont les analyses sont décapantes.

Michèle Dion : « Je me suis toujours inscrite en faux contre des études qui tendaient à prouver que l’on vivrait depuis ces années dernières moins longtemps et en moins bonne santé. Ce constat est erroné du fait d’une politique de santé en France – prévention et dépistage – plus systématique et donc plus performante que dans bien d’autres pays. Dès qu’on relève d’une pathologie sérieuse mais curable dans notre pays, on entre dans les statistiques de personnes en mauvaise santé. Voilà ce qui retire de la crédibilité aux statistiques trop alarmistes qui circulent ici ou là. Je voudrais dénoncer une autre assertion : Il s’agit du pouvoir d’achat des seniors – ceux qui atteignent la soixantaine aujourd’hui ; on le prétend supérieur à celui de nombreux actifs. C’est un leurre ! Contrairement à ce qu’il est dit un peu partout, ou à ce que croit la classe politique, ces sexagénaires-là perçoivent des retraites moins importantes que la génération précédente qui, elle, a bénéficié des Trente Glorieuses. Nombre d’entre eux se retrouvent avec des revenus inférieurs à 1200 €. Leur situation résulte d’un chômage qui date des années 75. Cette histoire de « vieux riches » ne tient pas debout, quand on considère l’ensemble du corps social. Je voudrais enfin aborder un problème crucial qui me tient à cœur et sur lequel j’envisage d’écrire : le coût moyen d’une maison de retraite est de l’ordre de 3000 €, au bas mot. Il est évident que c’est loin d’être à la portée de beaucoup. A ce propos, je remarque que souvent maisons de retraite et EPHAD donnent à penser aux gens âgés et valides ainsi qu’à leurs familles qu’ils jouiront d’un statut de résident. Or, très vite, on les fait se lever, s’habiller ou manger à heures fixes et inappropriées. Certes, c’est ce qui arrange les personnels de ces établissements ! Mais on les prive de toute liberté, de toute maîtrise d’emploi du temps. Ces prétendus « résidents » se voient en réalité traités en patients. Exactement comme dans un hôpital ! Mettre ainsi ces personnes en internat relève d’une grande malhonnêteté intellectuelle, d’un manque de conscience. Les sociétés occidentales se débarrassent ainsi de leurs aînés, alors qu’il est urgent de trouver des solutions alternatives et autrement humanistes ! C’est d’autant plus paradoxal que les gens dits « actifs » sont tout fiers de vous parler du grand-père de 90 ans « qui fait encore son jardin », alors que lorsqu’on aborde devant eux le vieillissement de la population en général, ils l’envisagent comme « une multiplication des vieux » …

Propos recueillis par M. -F. P.