Après une année 2016 difficile pour les agriculteurs, 2017 débute pour Dijon Céréales, principal groupe agricole et agroalimentaire de Bourgogne – Franche-Comté, avec pas moins de 3800 adhérents et 650 collaborateurs. Face à la mondialisation des marchés et alors que l’agriculture connaît des bouleversements profonds, la coopérative amorce une année où les enjeux seront une nouvelle fois de taille. Le directeur général de Dijon Céréales, Pierre Guez, également à la tête du pôle de compétitivité Vitagora mais aussi du pôle agro-environnemental AgrOnov, fixe le cap…
Dijon l’Hebdo : Climat oblige, 2016 a été une année difficile pour les agriculteurs avec des récoltes en berne et des revenus en baisse. En mettant en place des financements spéciaux, Dijon Céréales a soutenu ses adhérents afin qu’ils surmontent ces difficultés. 2017 s’ouvre, l’agriculture est à un virage et la coopérative s’apprête, elle aussi, à aborder un nouveau tournant de taille dans son histoire. Quels sont les enjeux pour cette année qui s’annonce cruciale ?
Pierre Guez : « Afin d’appréhender le virage pris par l’agriculture aujourd’hui, Dijon Céréales s’apprête à créer un véritable organisme du XXIe siècle en regroupant les forces vives des coopératives de Bourgogne – Franche-Comté. Notre objectif est de faire émerger une structure toujours proche et à l’écoute des agriculteurs tout en étant compétente et compétitive. Nous pourrons alors répondre, pour l’ensemble de nos adhérents, aux défis d’aujourd’hui et de demain. Nous allons ainsi créer au 1er juillet 2017 Alliance Bourgogne – Franche-Comté en nous rapprochant des coopératives Bourgogne du Sud, Interval (Haute-Saône, Jura…) et Terre Comtoise. Cette Alliance BFC représente la troisième voie. Celle qui ne correspond ni aux grands groupes industriels bien trop intégrants et où les agriculteurs ne sont que de simples numéros ni aux petites coopératives cantonales qui ne sont plus du tout adaptées à l’économie d’aujourd’hui. La synergie obtenue permettra ainsi de demeurer en proximité tout en réalisant des économies de structure dans tous les domaines : moyens généraux, informatique, administratif, transport, des silos qui seront optimisés, etc. En la matière, la mise en place de Logivia, qui a remplacé Dijon Céréales Logistique, a ouvert la voie. Nous allons aller beaucoup plus loin avec Alliance BFC pour être le plus efficient possible au service de nos adhérents, des agriculteurs mais également des territoires. Nous produisons actuellement environ 1 million de tonnes de céréales par an et nous souhaitons doubler ce chiffre. Cette Alliance pèsera alors de tout son poids dans le paysage agricole et économique ! »
Dijon l’Hebdo : Le bio sera-t-il toujours au cœur de votre action ?
P. G. : « Nous allons accentuer notre soutien à l’agriculture bio. Nous avons tout de même montré la voie avec le moulin d’Aiseray, qui représente le premier moulin bio d’Europe. Notre objectif est de rendre autonome la production de blé bio sur ce moulin.
Ce grand groupe s’investira dans la nouvelle agriculture à travers le développement de l’agro-écologie. Le tout en liaison avec AgrOnov, le technopôle dédié à l’innovation en matière d’agro-environnement qui a vu le jour en septembre 2016. Celui-ci participe à la recherche et à l’élaboration de solutions alternatives aux intrants, à la diminution de l’impact phytosanitaire, ce qui, in fine, profite aux cultures. Nous voulons aussi développer le club Bee’Api sur l’ensemble du territoire de manière à rapprocher les apiculteurs des agriculteurs afin de soutenir le développement du miel dans nos régions ».
Comme vous l’avez réalisé avec l’ouverture de l’enseigne Frais d’Ici à Chenôve, l’Alliance BFC continuera-t-elle de favoriser les circuits courts et la production des agriculteurs locaux ?
P. G. : « Bien évidemment et nous irons même encore plus de l’avant. Nous voulons nous investir autour des grandes villes de la région, comme Dijon, Dôle, Lons-le-Saunier, Montbéliard… afin de développer l’agriculture périurbaine. Celle-ci permettra, en lien avec l’agro-écologie, de fournir environ 80% des légumes consommés sur place dans les pôles urbains, et ce, à un horizon de 5 à 10 ans. Plutôt que d’aller chercher ces produits dans le Sud de l’Espagne ou au Maroc…
Dijon l’Hebdo : Les nouvelles technologies sont de plus en plus utilisées dans l’agriculture. Là-aussi, c’est un virage à ne pas manquer…
P. G. : « L’ère du numérique bat son plein et l’agriculture connectée, la digitalisation, l’agriculture de précision font partie désormais intégrante de notre univers. Nous serons à la pointe de l’innovation pour que nos adhérents puissent s’inscrire pleinement dans ce XXIe siècle ».
Dijon l’Hebdo : Le Pôle de compétitivité Vitagora que vous présidez sera ainsi à nouveau capital en matière d’innovation…
P. G. : « Tout se fera naturellement en liaison avec le groupe InVivo et le pôle de compétitivité Vitagora. Nous apporterons aussi notre pierre à l’édifice de la Foodtech de Bourgogne – Franche-Comté regroupant aujourd’hui une quinzaine de start-up. Cette Foodtech s’installera en 2018 sur le site de la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin ».
Propos recueillis par Xavier Grizot





