Payez, ça augmente !

Vous connaissez tous cette chanson des Inconnus, en forme de pamphlet fiscal : « Nous sommes Urssaf, Cancras et Carbalas / Qui que tu sois, quoi que tu fasses / Faut qu'tu craches, faut qu'tu payes / Pas possible que t'en réchappes / Nous sommes les frères qui rapent tout... ». Puisque vous venez de les payer en une fois (pour celles et ceux qui ne sont pas mensualisés), je vais vous entretenir à nouveau des impôts et plus particulièrement de la taxe d’habitation et de la taxe foncière.
La taxe d’habitation en premier lieu. A quoi sert-elle ? « La taxe d'habitation est encaissée par la commune et par le département dans lesquels le bien immobilier se situe. Elle permet de financer les différents services mis en place par la commune dans le but de rendre service aux habitants, et d'améliorer la qualité des équipements collectifs » (L-Expert.comptable.com). A Dijon, si l’on en croit l’Association logement et cadre de vie de Côte-d’Or, la hausse cette année sera de 4,9 %. La faute à qui ? A l’Etat qui s’est désengagé pour prétendument faire des économies ? Aux instances locales qui ont joué la carte de la facilité en ne changeant rien à leurs dépenses ? Réponse : Au deux mon général ! A Dijon intra-muros, il manque cette année 4 millions d’euros de dotations de l’Etat à la commune. Est-ce que cette diminution observée localement et qui est la même un peu partout en France a réussi à stabiliser notre déficit national ? Réponse : Non, la dette du pays s’envolant inexorablement au rythme fou de 2665€ par seconde ! Est-ce que le Conseil Municipal du 21 mars dernier a vu une contraction des dépenses de la ville ? Réponse : Non, certains élus de l’opposition estiment que des dépenses d’investissement auraient pu être ajournées, comme la construction d’une seconde tribune au stade Gaston Gérard pour un peu plus de 18 millions d’euros, dépense qui réjouira les footeux et fâchera les autres.
Moralité, l’Etat qui voulait forcer les municipalités à faire des économies a raté son coup et nous, braves contribuables, tonsurables à loisir, nous n’avons plus qu’à payer. Comme d’habitude ! Ah, j’oubliais, s’y glisse également la « contribution à l’audiovisuel public » qui augmente gentiment année après année car il faut bien que quelqu’un paye, entre autres aimables plaisanteries, la réfection des boiseries en palissandre de Rio du bureau du président de Radio France pour la modique somme de 68 000 euros…
A quoi sert la taxe foncière qui en réalité regroupe 3 taxes, celle sur les propriétés bâties, celle sur les propriétés non bâties et la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. « Ces taxes contribuent à la formation des ressources fiscales des communes, départements, régions et des groupements de communes dits établissement public de coopération intercommunale (EPCI), tels que les métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomération et communautés de communes » (Wikipédia). Comme on le voit, chaque étage de notre administration en croque, récupérant à chaque fois quelques menus subsides qui, théoriquement, ont tous leurs utilités. La Commune vote le taux et prélève sa dime ; ah, je pensais que c’était déjà fait dans la taxe d’habitation… Le syndicat de communes et l’intercommunalité en font de même. Et personne ne s’étonne de tous ces doublons ou triplons dus au célèbre mille-feuilles ! S’y glisse également une taxe spéciale d’équipement. Enfin, histoire de s’amuser, on nous colle des « frais de gestion », jadis appelés pudiquement « frais d’établissement du rôle » ce qui est une façon comme une autre de nous facturer la facture ! Quand on vous dit que les impôts servent à financer le service public…
Que faut-il retenir de tout ce fatras de taxes au beau pays de France où nous en comptons la bagatelle de 266 ? (nombre provisoire). Tout simplement que l’Etat, qui rechigne à financer par l’impôt sur le revenu ou la TVA ces fameux transferts promis aux Collectivités « à l’euros près » (dixit Jean-Pierre Raffarin dans sa loi sur la décentralisation), n’a rien trouvé de mieux que de s’abriter derrière le parapluie commode des économies en demandant aux instances locales de se débrouiller. Plus jésuite, tu meurs ! Lequel Etat n’est pas à une contradiction près puisqu’en exonérant 56% de la population de toute fiscalité directe il se coupe d’une source de revenus bien nécessaires ; de méchantes langues (dont je suis) y voient une manœuvre à visée électoraliste… Conséquence paradoxale, ces taxes d’habitation et taxes foncières en viennent aujourd’hui à représenter pour certains ménages des sommes plus importantes que leur impôt sur le revenu ! Conscient de ces aberrations, l’Etat met illico en place des dérogations, créant une nouvelle usine à gaz censée corriger le tir, complexifiant encore un peu plus notre système fiscal, alors qu’il est urgent de le simplifier. Comprenne qui pourra.
En conclusion, j’aimerais demander à tous ceux qui nous gouvernent (quelle que soit leur tendance), que chaque matin, avant de prendre une décision, ils / elles se posent cette simple question : « Si c’était mon fric, est-ce que je le ferais ? ». Sans nul doute, nous ferions alors de sérieuses économies et cette avalanche de taxes pourrait fondre comme neige au soleil. Il n’est pas interdit de rêver…