Une certaine forme de syndicalisme…

Pour la troisième fois en 8 semaines, les usagers sont confrontés à des grèves à la SNCF. Ce mouvement est lancé à l’initiative de la CGT, l’UNSA, la CFDT et Sud Rail. En Bourgogne, selon les lignes concernées, le taux d’absence de trains était compris entre 25 et 50% lors des journées du 25 et 26 avril derniers. Histoire de bien se faire entendre, ce mouvement fut répété le 28 avril lors d’une journée d’action mêlant toutes les revendications à la mode. Enfin, une journée de manifestation des agents SNCF est prévue pour le 10 mai.

De quoi s’agit-il ? Les grévistes vous diront qu’ils se battent pour la défense du service public. Les non grévistes n’y verront qu’un énième combat d’arrière-garde pour conserver l’un des statuts les plus généreux de France. La vérité oblige à dire qu’ils ne sont pas plus payés que la moyenne des salariés, par contre leur âge moyen de départ à la retraite à taux plein n’est que de 55,1 ans (source : Conseil d’Orientation des Retraites, données 2011) avec un montant de retraite supérieur de 15% à celui des autres salariés. Ce seul volet « retraite des cheminots » implique dans le budget 2016 une subvention d’équilibre de 3,3 milliards d’euros (donc payée par les contribuables) puisqu’il n’y a que 175 000 cotisants pour 274 000 retraités. L’année 2015 s’est soldée pour la SNCF par une perte abyssale de 15 milliards d’euros due en grande partie aux dépréciations d’actifs qui auraient du être effectuées depuis des lustres mais qui ne le furent pas pour :
a) permettre à l’Etat d’encaisser des dividendes
b) montrer que tout va bien braves gens, la paix sociale est assurée. Rajoutez à cela la volonté affichée par Bruxelles d’ouvrir le rail à la concurrence internationale et vous êtes certains d’avoir un joli pataquès. Evidemment, la CGT (et d’autres syndicats) est opposée à toute modification du statu quo. Pour ma part, j’observe que depuis la directive 2001/16/CE du 19 mars 2001 il y avait largement le temps d’aborder ce dossier et de négocier ce qui était encore négociable tout en restant dans le cadre du 4° paquet voté par le parlement européen. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? Mystère du dialogue social à la française…
Malgré les chiffres effarants de la SNCF, les syndicats campent sur leurs positions et la CGT fait monter les enchères puisqu’elle réclame désormais le passage aux 32 heures, comme si les 35 heures n’avaient pas suffisamment apporté de tracas à l’économie française…
Négocier avec la CGT n’est pas une tâche facile, son discours étant invariable : « Face aux légitimes revendications des travailleurs, nous exigeons une réponse positive de la part de la direction » ; que se passe-t-il lorsque les « légitimes revendications » ne sont pas satisfaites ? Réponse : On passe à l’action ! La place m’étant comptée, je n’ai choisi que 4 exemples qui illustrent bien les méthodes de la CGT.
- En 2008, la CGT bloque l’accès au port et arraisonne le bateau SeaFrance-Molière, pour des revendications sans rapport avec la vie de l’entreprise ; évacuation après condamnation de cet acte de piraterie par le tribunal et départ du bateau de Marseille pour Dunkerque. Pas de sanction à l’encontre des auteurs de cet acte de piraterie.
- Avril 2009, saccage de la sous-préfecture de l’Oise à Compiègne par des syndicalistes CGT de Continental, mécontents de la décision du tribunal de Sarreguemines qui les déboutait d’une de leurs demandes portant sur le déroulement du processus de consultation. Déclaration de Xavier Mathieu, délégué CGT : « Le gouvernement nous prend pour des cons ; on attendait la réponse de Sarreguemines, quand elle est tombée, tout le monde s'est énervé ; Je suis totalement solidaire, je n'ai rien fait pour les retenir ». Bilan : de simples peines d’amende de 4 000 € pour le leader CGT et 2 000 € pour les 5 co-prévenus cégétistes, ce qui fut perçu comme une ‘victoire’ par les protagonistes condamnés.
- Janvier 2014, prise en otages de deux directeurs (salariés) de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord. Déclaration de Franck Jurek, un des représentants de la CGT : « Quand vous perdez votre emploi, vous défendez ce que vous pouvez défendre, c'est-à-dire de l'argent. Alors on ira jusqu'au bout, même si on est hors la loi ».
- Octobre 2015. Tout le monde se souvient du lamentable épisode de la chasse au DRH d’Air France, Xavier Broseta, et de sa chemise arrachée. 5 des prévenus appartiennent à la CGT et seront jugés le 27 mai prochain pour violences et dégradations.
La vérité est que ce syndicat ne représente plus grand monde, étant passé de 2 millions d’adhérents revendiqués en 1980 à un peu moins de 700 000 aujourd’hui, essentiellement recrutés parmi ceux qui bénéficient d’une garantie de l’emploi et, osons le dire, d’une quasi impunité même quand ils violent la loi. Quant à l’image de la CGT, un sondage BVA de juin 2014 nous apprenait que 69% des français ont une mauvaise opinion de la CGT. Voici qui devrait faire réfléchir.
Selon le Larousse, un syndicat est un « groupement constitué pour la défense d’intérêts professionnels ou catégoriels communs ». Pourquoi les syndicats (je dis bien tous les syndicats) ne sont-ils pas alors financés exclusivement par des cotisations ? Quid des subventions que le rapport Hadas-Lebel (mai 2006) a eu bien du mal à chiffrer précisément et qui se comptent par centaines de millions d’euros ? Est-il normal que l’intervention de l’Etat se fasse au profit de ceux qui ont fait de la violence une arme de négociation ?
Sur ces sujets, l’Etat reste muet et il y a fort à parier que les mêmes causes continueront de produire les mêmes effets, à savoir qu’une minorité d’éternels idéologues, adeptes de la lutte des classes, pourront paralyser le pays pour la défense de leurs seuls avantages totalement injustifiés. Je ne vais peut-être pas me faire que des amis avec ce Cactus… Tant pis !