Le salut viendra de l’entreprise !

Trésoreries dans le rouge, défaillances, liquidations, suppressions d'emplois… Les entreprises sont menacées quelque soit leur taille. Comment vos adhérents voient-ils évoluer leur activité dans les prochains mois ?
Globalement, ils ne le voient pas, et c'est bien là où le bât blesse. Sauf exception aujourd'hui, nos TPE, et PME-PMI sont fragilisées et n'ont pas de lisibilité sur leur activité et leurs carnets de commandes à moyen terme. Même en gardant confiance, puisque elle reste impérative pour tout patron qui se respecte, comment gérer son développement, anticiper des embauches, suivre une ligne stratégique... quand l’activité est en dent de scie, et qu'on ne maîtrise plus grand chose !

Votre dernier baromètre, réalisé avec l'ordre des experts-comptables, confirme cette inquiétude…
Effectivement, avec un outil aussi sérieux que le baromètre conjoncturel de l'activité économique, réalisé avec le concours de l'Ordre régional des Experts-Comptables, l'observation des 6 derniers mois, marque encore pour près de 55% des PME PMI qui se sont exprimées, une baisse d'activité notoire. Seules 7% des entreprises observent une légère amélioration.
Une lueur d'espoir, peut-être, car c'est la première fois depuis 2010 qu'on remarque une infime reprise. Il convient, puisque c'est notre job, d'y croire, de rester conquérant, et de ne pas baisser sa garde.

Envisagez-vous des actions concrètes, autres que des déclarations d'intentions, face à ce déluge d'impôts et de charges qui sapent un peu plus la compétitivité, alors que les marges des sociétés sont au plus bas ?
Les acteurs économiques, s'ils gardent leurs convictions, ne sont pas des politiciens. Les déclarations d'intentions ne les intéressent pas, et la CGPME, leur expression syndicale de référence, non plus. Dans notre attitude historique face aux élus et à l'État, tant responsable que citoyenne, nous savons au quotidien alerter ceux qui maîtrisent fiscalité, réglementation et législation sur les conséquences de certaines décisions, et les dérives qui peuvent s'en suivre.
Nous ne lâchons rien, et savons les brusquer comme c'est le cas actuellement, sur l’insupportable pression fiscale, l'indécision autour des mesures prises, leur manque d'expertise de nos multiples métiers et secteurs d'activités. Les marges sont basses, trop basses, les commandes en berne. Au delà du constat, seules les solutions nous intéressent. Aujourd'hui, une relance de l'économie, passera par une véritable libération du don d'ordre public, surtout sur nos territoires de Bourgogne, par une baisse des charges, et une souplesse en matière de recrutement et de licenciement.
Le traitement des PME-PMI et TPE, artisanales, commerçantes et de services, ne peut à l'évidence être le même que celui des entreprises du CAC40, et des Grands Groupes. Le 10 décembre prochain, à l'occasion d'une journée régionale d'action, la CGPME martèlera à nouveau ses différences, et ses légitimes revendications.

Des salariés qui manifestent aux côtés des patrons, est-ce la preuve qu'un grand "clash social" est prévisible ? De nouveaux mouvements se créent de toutes parts : tondus, pigeons, sacrifiés, bonnets rouges… Votre organisation patronale peut-elle jouer un rôle de "tampon" avec les pouvoirs publics ?
Que peut-on appeler un grand clash social? Nous vivons une époque où les corporatismes, tout comme l'individualisme forcené, viennent bousculer les codes d'une société qui se cherche. Chaque citoyen, quelque part, aspire tendanciellement à vivre mieux, à exprimer ses exigences, à vouloir se sauver lui-même, comme s'il pouvait le faire sans se soucier des autres. Alors, qu'on veuille s'imposer comme pigeons, bonnets rouges, tondus.... que sais-je encore..., le salut ne viendra que d'une autorité experte, équitable, reconnue comme telle, et capable de concertation. Il est beaucoup plus facile de dire oui que de dire non. Nos entreprises le savent, et c'est bien pour cela, que nos collaborateurs comprennent et partagent dans le monde de la TPE / PME en tous cas, notre combat, pour sauvegarder nos activités, et les emplois qui y sont liés. Cela impose d'être raisonnable, transparent, solidaire, et réfléchi.

Comment convaincre les politiques que l'esprit d'entreprise est un levier efficace pour redresser l'économie ?
Le monde politique connait mal le monde de l'économie et de l'entreprise. Les discours, d’une grande majorité d'élus de collectivités notamment, restent dans la théorie et le constat. Et tout le monde, en fait, s'en fout. Sans réflexion créative, ni solutions efficaces, ni projets concrets, il ne se passera jamais rien !!!
L'entreprise reste, c'est clair, une formidable opportunité pour les jeunes générations. Sans doute demande-t-elle aujourd'hui, plus d'engagement, de détermination, d'efforts que dans les décennies précédentes. Mais le fait même, pour un entrepreneur jeune, ou moins jeune, de se lancer dans l'aventure témoigne aussi, à l'évidence, que notre pays ne se réduit pas qu'à une population d'assistés du système, exigeants en tout et redevables de rien, comme on aurait tendance à le supposer, un peu facilement.

Jean-Marc Ayrault propose une remise à plat du système fiscal. C'est une bonne chose ?
60 000 entreprises auront disparu en 2013 (100 par jour !), et mis à part quelques cas médiatisés, dans le plus grand anonymat... Pour la CGPME, nous l'avons dit, l'urgence est la réduction effective de la pression fiscale qui pèse honteusement sur les acteurs économiques, la baisse des charges sociales.
Une remise à plat d'un système fiscal, devenu illisible au gré des lois des finances, est nécessaire. Pour rétablir la confiance, il s'agirait que la simplification initiée par le Premier Ministre s'inscrive dans un cadre pluriannuel stable, et réaffirme le principe de non rétroactivité en matière fiscale pour ne pas laisser s'installer un doute sur la fiabilité des dispositifs étatiques et la parole publique. La CGPME plaide ardemment pour que l'on redonne du sens à la fiscalité trop souvent perçue... et pour cause... comme punitive, voire sanctionnante. Ainsi ceux qui prennent des risques, en choisissant le statut de travailleur indépendant, ne doivent plus être pénalisés par l'absence de prise en compte des liens entre leur fiscalité personnelle, et celle de leur société, dans laquelle ils ont mis leurs biens propres. La fiscalité doit pouvoir faire effet de levier de manière positive. L'instauration d'un taux réduit d'impôts sur les sociétés, dans les PME, pour les résultats remontés en fonds propres, permettrait, à cet égard, de relancer l'investissement et de pallier, pour partie, certaines carences du système bancaire.

Que répondez-vous à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, qui dit que "le patronat n'est pas assez tourné vers l'intérêt général" ?
Quelques syndicats de salariés restent encore très impactés par le syndrome de la lutte des classes.... et pourtant, Marx est mort depuis un moment. Peut-être ce monsieur a-t-il besoin d'exutoire et les caciques du CAC40, aux rémunérations mirifiques, sont pour lui une cible naturelle, et lui donnent l’occasion de s'exprimer... Notre sens du paritarisme, et notre proximité d'avec nos collaborateurs, dans nos PME, font que ce genre de propos ne nous touche pas.
Et qui est-il, après tout, ce mec, pour émettre un jugement pareil ? Que fait-il de plus que les autres, pour l'intérêt général ? Les patrons de PME n’ont de leçon de maintien à recevoir de personne.

Imaginez-vous sensibiliser vos adhérents pour investir le terrain politique afin qu'ils se positionnent sur des listes aux élections municipales ?
Amener les acteurs économiques à entrer en politique, est une vieille rengaine pluridécennale. Certains ont essayé, et cela s'est soldé, dans une immense majorité des cas, par des échecs cinglants. A cela, plusieurs raisons, l'entreprise est un métier, la politique, au moins à un certain niveau, aussi. On ne peut pas tout faire, il faut choisir.
Ensuite tout candidat a besoin d'une étiquette pour se présenter. L'entreprise n'est pas suffisamment populaire pour constituer en ce sens, un bon vecteur d'éligibilité du suffrage universel.
Une organisation patronale, et nous en sommes l'exemple, doit rester à sa place. Être combative, s’exprimer sans complexe, être indépendante, réformiste, et au niveau des principes républicains, respecter des élus, qui sont payés pour faire leur job... C'est du reste bien pour cela que nous sommes aussi légitimes, à leur demander des comptes.