Les hommes se sont offerts, grâce à la création artistique, la chance de se transcender et de traverser les siècles. Coproduit par la Réunion des musées nationaux- Grand Palais et Louvre -, la saison automne / hiver s’annonce flamboyante au musée des Beaux Arts de Dijon dans le cadre d’une initiative inédite dans l’hexagone : « Arts de l’Islam – un Passé pour un Présent ». Jusqu’au 27 mars, des expositions – chacune revêtant une muséographie différente dédiée à la même thématique – ont lieu simultanément dans 18 villes de France. Pour chaque visiteur, voilà l’opportunité de porter un regard similaire à celui du Montesquieu des Lettres Persanes. D’autant que parvenu Cour de Bar, l’âme est éclairée par une splendide lanterne magique.
Cette manifestation regroupe à la fois des œuvres présentes dans les musées de Bourgogne – Franche-Comté ainsi qu’au Louvre ou au Frac Bourgogne. Sa conception en fait une exposition… boussole : les « Arts de l’Islam » désignent en effet la production qui s’est développée depuis l’Hégire (an 622 de l’ère chrétienne) jusqu’aux XIX et XXe siècles, sur d’immenses contrées s’étendant de l’Espagne, du bassin méditerranéen, d’Asie mineure jusqu’à l’Inde. Leur caractéristique ? Etre habitées par des populations de culture islamique. C’est dire le kaléidoscope aujourd’hui proposé aux amateurs d’art ! D’autant qu’est également offerte au regard l’œuvre contemporaine de Michel Aubry : « Table militaire et sept tapis afghans ». L’artiste affiche l’ambition de se faire l’écho des problèmes géopolitiques ainsi que des interrogations suscitées par les antagonismes religieux, ou par les conflits armés dans l’univers islamique…
Relayée par le ministère de l’Education nationale, l’exposition dijonnaise – comme les 17 autres – se veut champ de découvertes, terrain pédagogique notamment à l’endroit des scolaires. Au-delà de ces enjeux sociaux-culturels qui se traduisent par des projections de documentaires ou par un espace agora avec l’opportunité de participer à des échanges d’idées, la grande vertu des « Arts de l’Islam » est avant tout ascendante : l’esprit du visiteur est incité à se tourner vers la diversité ainsi que vers l’humanisme universel des artistes exposés. Afin de mieux s’extraire des plaies de l’actualité pour atteindre le monde de la beauté. Afin de saisir également l’essence ou la métaphysique des œuvres.
Le sous-titre de l’exposition – « Un Passé pour un Présent » – prend toute sa signification, dès lors qu’on se réfère aux propos de Yannick Lintz, la directrice du département de l’Islam au Louvre. Propos qui ciblent précisément les publics issus de l’immigration : « Cet art peut en effet venir d’un pays où ils sont nés ou bien d’où leur famille est originaire. Au-delà de leur religion, c’est aussi leur culture. Cet art renvoie donc à leurs racines et à une partie de leur héritage. Je vois la fierté des jeunes d’origine maghrébine à retrouver au département des arts de l’Islam du Louvre des objets marocains, algériens ou tunisiens (…). Ils en sont fiers parce qu’ils s’y reconnaissent d’une certaine manière. Leur fierté n’est pas la religion dans ce cas, mais le sentiment de posséder les codes culturels pour comprendre l’œuvre ». (1)
« Arts de l’Islam » nous donne ainsi à entendre des voix multiples, à emprunter les routes de l’aventure des caravansérails de jadis, à s’imprégner de la magie des cultures nomades, à s’éclairer de l’envoûtant mystère des lampes dignes de la légende d’Aladin. En un mot, écoutons ce chant du monde… Car il raconte la déferlante de Mille et Une Expressions artistiques de la Liberté à l’assaut du mur noir et lisse de l’intégrisme, de l’intolérance.
Marie France Poirier
- Commissaire général de l’exposition de Dijon : Yannick Lintz, directrice département des arts de l’Islam au Musée du Louvre.
Commissaire Dijon : Catherine Tran-Bourdonneau, conservatrice du Patrimoine, chargée des collections extra-européennes aux musées de Dijon.
Focus sur…
Mention spéciale sur 13 œuvres majeures appartenant aux collections du musée de Dijon, du Louvre, ou à la bibliothèque de Dole ainsi qu’au Frac Bourgogne : elles témoignent de la richesse de la culture de l’Islam ainsi que des courants ou des évolutions qui la traversent. Issus de la collection du musée des Beaux-Arts, l’attention des visiteurs se portera sur les ivoires produits en Sicile au 13ème siècle, un coffret de l’Espagne exécuté sous la dynastie des Nasride (14ème siècle), une bouteille décorée et émaillée de l’Egypte Mamelouk du 16ème siècle, ou encore le merveilleux portrait de la Jeune Femme aux Roses réalisé sous la dynastie perse des Qajars etc. Une page du Coran provenant de l’Egypte fin 14ème /début 15ème de notre ère retient l’attention par la beauté de sa calligraphie. Tout comme l’esthétique des tapis de Kula (Turquie) ou la préciosité d’un coffret de balances pour orfèvre.
Tout Dijonnais soucieux de parfaire sa connaissance peut étendre son périple jusque dans les villes suivantes : Saint-Denis, Mantes-la-Jolie, Rouen, Nantes, Rennes, Angoulême, Clermont-Ferrand, Toulouse, Narbonne, Marseille, Saint-Louis de la Réunion etc.
M-F. P


