Anthony Béchu : Le Malraux de la Cité

    Anthony Béchu a, notamment, été lauréat du trophée Eiffel pour sa tour D2 et son exostructure révolutionnaire dans le quartier de la Défense à Courbevoie. Et, dans la ville de Gustave Eiffel, autrement dit à Dijon, c’est cet architecte qui a dessiné la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin.

    Anthony Béchu a fait de cette formule d’André Malraux – « la tradition ne nait pas de l’imitation mais de la confrontation » – l’un de ses mantras. Et cela tombe bien puisque la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin, dont il a concocté la recette architecturale, se veut ouverte à tous. Aux Dijonnais comme aux visiteurs de passage. Autrement dit, comme le ministre du Général de Gaule s’en était fait le chantre, qu’elle apporte sa pierre à la « démocratisation culturelle… »
    A l’occasion d’une visite sur le chantier, où aucun détail ne lui échappe, l’architecte, qui, avant de s’attaquer à la métamorphose de l’hôpital général de Dijon, avait œuvré à la mue de l’Hôtel Dieu de Marseille, explique : « Cette Cité doit devenir un lieu populaire et tout a été pensé pour que celle-ci s’ouvre pleinement sur la ville. Le plus grand lien réside dans la destruction visuelle de la voie ferrée qui était une cicatrice dans le paysage. Le parking dessiné par l’architecte Pierre Azéma, une merveille de réalisation qui reprend le losange des tuiles vernissées face à la Cité, permet d’habiller et de faire vivre le talus autrement que par une césure et une cicatrice. Et c’est aussi pour cette raison que nous avons opté pour le canon de lumière en Corten, qui, avec sa force, sa masse et sa couleur, permet lui aussi d’effacer la voie de chemin de fer ».
    Un canon de lumière qui est, d’ores et déjà, devenu une signature de la Cité et un acier qui n’a évidemment pas été choisi par hasard : « Le Corten représente un matériau qui vit dans ses couleurs. Il modernise l’esprit et trouve le lien avec les toitures de tuiles bourguignonnes. Il est à l’image du terroir : il a la couleur des ceps de vigne, des tonneaux, tout un apport de cette chromatique entre la pierre de Bourgogne qui permet à la vigne de pousser et de nous donner ce nectar ainsi que les tuiles. Nous sommes dans ce camaïeu qui fait partie de la Bourgogne et qui permet d’installer architecturalement ce terroir pour y déguster tous les produits ! »
    Quant à la confrontation chère à Malraux, elle est omniprésente dans sa réalisation, notamment dans le rapport créé entre l’historique et le moderne : « Je trouve qu’il est toujours primordial de s’attacher au contexte et de veiller à bien s’inscrire dans un territoire, dans son histoire et dans ce qui l’entoure. Aussi notre objectif était-il d’intégrer la modernité dans des éléments qui respectent la tradition. Et nous n’avons pas voulu caricaturer la tradition avec des pastiches. Nous avons ce discours en adéquation avec la gastronomie. Nous sommes revenus aux racines de la tradition et nous l’avons développée de manière contemporaine. Notre objectif était de préserver et mettre en valeur le patrimoine existant tout en lui apportant des greffons d’architecture contemporaine afin d’écrire une nouvelle histoire et signaler la transformation du site ».
    Avec un triptyque qui fonctionne tout autant aujourd’hui qu’en 1204, lorsque le duc Eudes III de Bourgogne a fondé les Hospices de Dijon sur une île de l’Ouche : « La Santé, capitale encore dans l’alimentation, la Nature, avec les terroirs, et l’Humanisme, avec les rencontres et l’échange ».
    L’architecte est à la fois un « passeur de temps » mais aussi un passeur de plats : «  C’est un menu qu’il nous fallait écrire dont la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin représente le plat principal ». Le 6 mai prochain, les Dijonnais pourront déguster le plat principal comme la totalité du menu. A l’occasion d’une grande fête populaire, qui ne déplaira pas, c’est certain, à Anthony Béchu, le Malraux de l’Architecture !

    Camille Gablo