Romain Pascal est un chef d’entreprise qui se laisse aller à un plaisir sans mélange. Résolument, méthodiquement, opiniâtrement. Avec une forme de pudeur qui force le respect. Celui qui a démarré en 2012 avec une camionnette et une caisse à outils est aujourd’hui à la tête d’un groupe qui compte 83 salariés. Retour sur ce qu’il est convenu d’appeler une success-story.
L’école n’était pas franchement sa tasse de thé. Ce n’était pas le premier de la classe, loin s’en faut. « 10,5/11 de moyenne grand max, et j’étais content » se souvient Romain Pascal. Très jeune, il éprouve le plaisir de faire ce que bon lui chante. Et c’est en 5e qu’il annonce à ses parents qu’il ne ferait pas d’études supérieures. « Mon horizon immédiat, c’était le bricolage. J’adorais ça. J’avais un copain dont le père montait des stands. Je les aidais. Pour le plaisir. C’était toujours moi qui raccordait les éviers. Comme un pro… » raconte ce grand gaillard de 36 ans, direct, cordial et chaleureux.
En 3e, il débute un BEP menuiserie à la Motte-Giron. Ensuite, premier diplôme en poche, il entame un CAP de plomberie. Très vite, il se rend compte que ce métier est bien plus rémunérateur que le travail du bois. « Mon ADN, a toujours été de travailler pour bien gagner ma vie » affirme-t-il sans ambages. Il poursuit son cursus avec une mention « chauffage ».
A son compte à 23 ans
Tout son apprentissage s’effectue chez Jean-François Ribeiro, plombier-chauffagiste à Ruffey-lès-Echirey. « Je ne le remercierai jamais assez. Dès le premier jour, j’avais le chalumeau entre les mains pour une soudure. Jamais il ne m’a confiné à des tâches subalternes ». Il se fait ensuite embaucher au sein de la société Klein dont le patron est aujourd’hui un de ses associés. Il y passera quatre ans et occupera les postes d’ouvrier qualifié, chef d’équipe et chef de chantier.
Après un passage dans une autre entreprise locale, à 23 ans, il décide de s’installer à son compte. « C’était maintenant ou jamais. Avec ma femme, on avait un petit appartement à la Toison d’Or. On n’avait pas besoin de grand chose pour vivre et on s’est dit que si je n’y arrivais pas, ce ne serait pas si grave que ça ».
Au terme d’un stage création d’entreprise à la Chambre de Métiers, le 1er septembre 2012, il lance son activité plomberie-chauffage-ventilation-climatisation. C’est la naissance d’ADPR, acronyme de Assistance-Dépannage-Pascal-Romain.
« Je suis parti vraiment de rien du tout. Je n’avais avec moi qu’une caisse à outils et un Citroën Jumpy sur lequel était floqué le nom de l’entreprise accompagné de cette formule tout aussi audacieuse que courageuse : « 7 jours sur 7. 24 h sur 24 ».
« C’était ric et rac » avoue en grimaçant Romain Pascal. « Pâtes et patates étaient quotidiennement au menu. Il nous a fallu attendre 9 ans pour prendre des vacances. Au début, les saignées, je les faisais au marteau et au burin. Je n’avais pas les moyens de m’acheter une disqueuse et la banque m’avait refusé un prêt de 10 000 € pour acheter du matériel ».
Quant aux clients, ils ne se bousculent pas. « Je n’ai jamais eu honte de dire que je n’avais pas de travail ». Distribution de flyers la nuit avec son épouse dans les boîtes aux lettres, bouche à oreille, et surtout la bonne idée d’aller frapper à la porte de la caserne des sapeurs pompiers de Dijon. « Si vous avez des inondations la nuit, vous m’appelez et je viens ». Message reçu 5 sur 5 par les soldats du feu. Car des fuites d’eau, des inondations, il y en a toutes les nuits… « Je faisais les travaux provisoires dans un premier temps pour limiter les dégâts et le lendemain, les propriétaires, les agences immobilières ou les syndics m’invitaient à prolonger le travail qui avait été fait dans l’urgence durant la nuit ».
180 000 € de chiffre d’affaires la première année
Les journées débutaient sur le coup des 5 h 30 / 6 heures pour se terminer vers les 21 heures. « C’était le moment où je traitais l’administratif, les devis. Et ensuite, le téléphone sonnait pour une urgence. Franchement, j’ai adoré cette vie-là ». Pas de forfanterie, mais de la fierté dans cette déclaration.
« Il me fallait faire 70 000 € pour atteindre le seuil de rentabilité. La première année, j’ai fini à 180 000 ! Pour moi, c’était l’apothéose ! » Dès lors une première embauche s’impose. C’est dans un petit bureau dans le salon de son T2 que le premier salarié venait chercher ses fiches d’intervention…
Romain Pascal décide de se doter d’un local. C’est devenu une impérieuse nécessité. Ce sera un petit garage qui lui était sous-loué pour une trentaine d’euros à Plombières-lès-Dijon. « La première chose que j’ai faite, c’est d’installer une étagère sur laquelle j’ai posé une cartouche de silicone. J’ai pris une photo que je me suis empressé d’envoyer à mon épouse. Photo que j’ai légendée avec cette formule : Regarde ! Ca y est, j’ai du stock ! ».
Les locaux ont évolué avec le temps… et l’augmentation du chiffre d’affaires. « J’ai embauché un deuxième salarié. Après deux années d’activité, nous avons atteint les 330 000 € de chiffre d’affaires. Et depuis 2012, nous avons toujours eu une croissance à deux chiffres ».
Après l’arrivée d’une secrétaire, ADPR embauche un chargé d’affaires et, depuis, la société n’a eu de cesse d’accroître ses effectifs pour atteindre aujourd’hui… 83 salariés.
Son premier marché public, Romain Pascal ne l’a jamais oublié non plus : « C’était une école primaire dijonnaise. Le montant des travaux n’était pas très important mais j’avais obtenu là ma première référence sur laquelle je pouvais m’appuyer ».
Nouveau siège social inauguré en mai dernier
C’est avec beaucoup de simplicité et d’humilité que ce passionné d’automobile originaire de Sens, dont la personnalité ne manque pas de densité et d’intelligence, se retourne sur ces 13 dernières années avec ce sourire discret qui cache une formidable détermination et une exceptionnelle capacité de forcer le destin.
Romain Pascal a décidé de faire évoluer l’entreprise en la dénommant ADPR-CVC (Chauffage, ventilation, climatisation) et, en parallèle, de créer le Groupe ADPR qui est composé aujourd’hui d’ADPR-CVC, d’ADPR-Rénovation, qui traite tous les corps d’état, et de Cievac, une société de plomberie dédiée exclusivement aux professionnels. D’autres entités verront le jour à court et moyen terme.
L’inauguration du nouveau siège social du groupe basé à Chevigny-Saint-Sauveur, dans des locaux investis depuis déjà un peu plus d’un an et demi, s’est faite le 16 mai dernier. Un nouveau siège qui bénéficie de 410 m² de bureaux, 640 m2 de dépôts avec mezzanine et d’une cellule industrielle de 130 m² qui est en phase d’être transformée en salle de repos et de convivialité pour les collaborateurs, avec cuisine et salle de sports. Car Romain Pascal a une sensibilité aigüe pour tout ce qui touche au bien-être au travail mais aussi pour l’environnement ; 75 % de la flotte des véhicules légers est hybride, tri des déchets, récupération d’eau de pluie, ruches sur site… On peut donc parler d’un siège éco-performant. N’oublions pas la formation et l’emploi local avec l’intégration annuelle d’apprentis et un soutien à l’insertion professionnelle.
« Nous avons le projet de mettre en place ADPR Electricité. Au final, l’objectif est de disposer de tous les corps de métier du second œuvre. N’oublions pas l’extension du bâtiment pour des bureaux, du stockage et un show room »… Et si on prenait le pari que Romain Pascal n’en restera pas là ?
Jean-Louis Pierre





