C’est loin d’être l’euphorie, mais la reprise est là, avec une évolution positive des transactions. « Nous sommes plutôt dans une phase de consolidation » affirme Me Luc Dasnoy qui apporte l’éclairage des notaires de Côte-d’Or sur la situation immobilière.
Où en est l’immobilier dijonnais en cette rentrée ?
« Force est de reconnaître que le marché a repris des couleurs et qu’il s’inscrit dans la tendance nationale. Les volumes des transactions de logements anciens à fin avril 2025, en cumul sur les 12 derniers mois, a atteint, en France, 892 000 transactions. Comme le soulignent nos instances, c’est une remontée modeste. Mais ce qui est encourageant, c’est qu’elle est continue. Ce n’est pas un sursaut mais une vraie reprise. Le volume des transactions immobilière n’avait pas connu d’évolution annuelle positive depuis juin 2022.
Dijon suit cette tendance. Ce n’est pas une surprise. Nous constatons une hausse des transactions de 4,66 % sur les appartements anciens. Une reprise qui se confirme également sur les maisons anciennes avec une augmentation, cette fois, de 13 %. Dijon et sa métropole sont de plus en plus attractive. C’est pourquoi elle sort son épingle du jeu. Son rayonnement est palpable. Nous voyons même désormais des personnes d’autres régions qui investissent sur la ville. Ils viennent de la région parisienne, de la région lyonnaise… et même de l’étranger ».
C’est une bonne nouvelle pour votre profession ?
« C’est bien sûr une bonne nouvelle pour la profession et l’ensemble des acteurs du secteur mais également pour l’économie en général. Plus spécifiquement, s’agissant de notre profession, si l’immobilier constitue une part importante de notre activité elle n’est pas la seule. Notre expertise est multiple. Elle concerne plusieurs secteurs d’activité comme bien entendu le droit de la famille mais également d’autres secteurs comme le droit rural, le droit des sociétés et le conseil aux chefs d’entreprise… Cette diversité est une clé dans un marché immobilier compliqué ».
Constatez-vous une disparité entre la Métropole dijonnaise et le reste du département de la Côte-d’Or ?
« Il n’est pas question d’opposer la ville à la campagne. Les hausses et les variations sont plus significatives à l’extérieur de Dijon. La disparité, elle existe. On la constate selon la nature des biens. Le marché des maisons anciennes se porte bien en périphérie dijonnaise.
On constate une faible baisse des prix à Dijon sur les appartements anciens et les maisons anciennes alors que, dans les alentours, on note une augmentation de la valeur des appartements et une baisse encore moins importante de la valeur des maisons individuelles. Ce qu’il faut finalement retenir, c’est que les hausses et les variations sont plus fortes à l’extérieur de Dijon qui bénéficie d’une certaine stabilité. On le voit notamment sur des quartiers comme Montmuzard où les prix ont progressé ces dernières années en raison de l’attrait pour les investissements locatifs à proximité de l’Université.
La Métropole dijonnaise s’en tire mieux avec une variation plus stable à la hausse comme à la baisse des prix que le reste du département de la Côte-d’Or. Ce qui conforte évidemment les investisseurs ».
Les délais de vente des biens évoluent-ils dans le bon sens ?
« Pour un bien qui est au prix du marché, en deux mois, on peut espérer la vente. C’est un délai très raisonnable. Que ce soit un appartement ou une maison. Au-delà d’une certaine tranche de prix, on est sur des délais longs qui peuvent aller de 4 mois à 9 mois. Le nombre de potentiels acquéreurs n’est plus le même. Il y a une réalité économique dont il faut tenir compte ».
Sans compter le DPE qui est un frein ?
« Un mauvais classement peut constituer un frein à une bonne commercialisation d’un bien. Mais étonnamment, les problématiques de classement énergétique ne constituent pas forcément un frein à la vente. Parfois, elles sont de nature à faciliter, voire accélérer une vente. Un investisseur est en mesure d’engager les travaux qui s’imposent, créant ainsi un déficit foncier qui lui permettra de payer moins d’impôt.
Nombreux sont les acheteurs qui cherchent cette typologie de bien, ce qui peut autoriser une négociation du prix. Les notaires sont là pour conseiller utilement. Bien vendre, c’est un métier. Rassurer les vendeurs et les acquéreurs, c’en est un aussi ».
Quelles sont les principales tendances pour l’ancien ?
« Si je reprends les indices nationaux, après 6 trimestres consécutifs de baisse, les prix des logements anciens ont progressé en France de 0,4 % sur un an. Une hausse principalement portée par les appartements avec 0,7 %. Les maisons elles enregistrent une hausse plus modérée de 0,3 %. Et je note que Dijon tire bien son épingle du jeu avec une augmentation de 3,4 % sur les appartements anciens comme sur les maisons, se situant ainsi bien au-dessus des indices nationaux. Ce qui est rassurant ».
Et pour le neuf ? Toujours au creux de la vague ?
« La situation est toujours délicate pour les promoteurs même si le manque de logements en France se fait cruellement ressentir. L’absence de leviers fiscaux y est sans doute pour beaucoup. Les principaux dispositifs ont pris fin avec la loi de finances 2025 et ils n’ont pas été remplacés ».
Selon vous, où se situent les meilleures opportunités sur la Métropole dijonnaise ?
« Des belles opportunités, il y en a sur la métropole car, je me répète : Dijon est très attractive pour les investisseurs. J’en veux pour preuve le bassin économique dijonnais avec les grandes entreprises qui le constituent, le nombre d’étudiants, le développement des infrastructures, la future ligne de tram qui va profiter aux propriétaires vivant dans sa proximité, l’extension des réseaux de communication, l’axe européen en matière de transports… Il faut voir aussi le nombre grandissant de touristes dans les rues de la ville.
Si vous êtes primo-accédants, il y a encore de « bonnes affaires » sur le marché immobilier. Prenez l’exemple de la Fontaine d’Ouche où l’on voit les prix augmenter. C’est la conséquence directe du programme de rénovation urbaine qui a été lancé. Montmuzard, pour le locatif, avec des profils plutôt rassurants pour celles et ceux qui occupent les logements. Vous achetez une maison ou un appartement dans des quartiers comme Montchapet, la Colombière, le cœur historique… Ces quartiers demeurent porteur / garant d’un bonne valorisation ».
Quelles sont les villes côte-d’oriennes -hors métropole- qui tirent le mieux leur épingle du jeu ?
« Hors métropole, c’est surtout le marché de la maison ancienne qui est concerné. On note une augmentation des prix sur Châtillon-sur-Seine, Saulieu, Nuits-Saint-Georges… Beaune continue de progresser. Tout comme Arc-sur-Tille. Des villes comme Seurre, Montbard, Venarey… sont susceptibles d’intéresser les primo-accédants car les prix au m² des maisons anciennes restent très accessibles ».
La détente monétaire initiée par la Banque Centrale Européenne depuis mi-2024, avec huit baisses consécutives de ses taux directeurs – dont la dernière en juin 2025 a produit ses effets sur le marché du crédit immobilier. Peut-on espérer une baisse des taux d’ici la fin de l’année ?
« Je ne vais pas me risquer à vous livre une analyse de la situation économique que nous vivons. Cependant, la baisse de l’inflation a entraîné mécaniquement une baisse des taux. Cette baisse nous la constatons. On est aujourd’hui à des taux qui oscillent entre 3,20 et 3,40 % sur 25 ans, selon le profil des emprunteurs. Certaines prévisions laissent entendre qu’on pourrait espérer une légère baisse d’ici la fin de l’année 2025 – début de l’année 2026. Ces prévisions dépendant bien entendu de la conjoncture nationale et internationale, mais il faut rester optimiste ! »
Misez-vous sur un marché plus dynamique d’ici la fin de l’année malgré le contexte géopolitique et économique actuel, qui nourrit l’incertitude de bon nombre de nos compatriotes inquiets de passer à l’action ?
« On l’espère ! Il faut rester pragmatique et vigilant. La reprise est amorcée. Elle reste fragile. On reste confiant sur le dynamisme de notre ville pour porter le marché immobilier ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





