Alors qu’Octobre Rose bat son plein, le Centre Georges-François Leclerc et l’Assurance maladie se mobilisent pour que le nombre de femmes de 50 à 74 ans ayant recours au dépistage augmente. Même si la Côte-d’Or fait partie des premiers départements dans le domaine, seules 57% des femmes y ont recours. Décryptage avec le directeur général du CGFL, Charles Coutant, et le directeur de la CPAM 21, Lilian Vachon…
Pourquoi ce dépistage est-il si capital ?
Charles Coutant : « Il faut sensibiliser le plus de personnes possibles au dépistage du cancer du sein. Le cancer du sein est de très loin le premier cancer chez la femme, avec plus de 61 000 nouveaux cas par an et 12 000 décès. Aussi le dépistage est-il capital. Il prend la forme d’une mammographie tous les 2 ans à partir de 50 ans et jusqu’à 74 ans. Le but est de diagnostiquer des lésions débutantes. Plus un cancer est décelé tôt, plus on a des chances de le guérir. Le cancer du sein appartient aux cancers dits aujourd’hui de bon pronostic, avec 9 points supplémentaires de taux de survie sur ces 10 dernières années ».
Lilian Vachon : « On pourrait se dire que les femmes vont très naturellement et spontanément vers ce dispositif qui existe. L’objectif européen est de 70% de participation. Nous n’y sommes pas et nous y sommes encore moins depuis le Covid. Nous avons assisté à un véritable décrochage. Nous avons connu un regain sur les années suivantes et nous nous retrouvons aujourd’hui à un nouveau plateau avec un léger affaissement des participations. Si bien qu’en France actuellement le taux de femmes dépistées est de 48%. Même si on a la chance dans un département qui est parmi les premiers de l’Hexagone (57 %), c’est insuffisant. Aussi devons-nous faire prendre conscience à un maximum de femmes et à leur entourage de l’importance de ce dépistage ».
Tout l’enjeu est donc d’agir avant l’apparition des métastases ?
Charles Coutant : « Pourquoi le dépistage sauve-t-il des vies ? Il faut rappeler l’histoire naturelle du cancer entre la naissance d’une cellule cancéreuse et, lorsqu’il n’est pas soigné, le décès du patient. Entre 1 cellule cancéreuse et la détectabilité de la lésion en imagerie, soit 3 mm environ, cela représente 10 puissance 6 cellules (1 million de cellules). Si bien que cela prend énormément de temps. Ensuite, le seuil de détectabilité clinique intervient lorsque la lésion est de l’ordre du cm. Et là, cela représente environ 1 g de tumeur, soit 10 puissance 9 cellules. Pour aller de 1 cellule à 1 g, il faut 30 doublements. Enfin, entre 1 g de cellules et 1 kg de tumeur dans le corps, que l’on considère comme conduisant au décès, il faut 10 puissance 12 cellules, soit 10 doublements.
L’évolution est exponentielle – c’est très lent au départ ensuite cela s’accélère ! – et l’enjeu est d’agir avant l’apparition des métastases. Autrement dit lorsque le cancer est localisé. Et nous pouvons les guérir. C’est tout l’enjeu du dépistage : agir avant que le cancer soit cliniquement détectable, sur des lésions les plus petites possibles soit entre quelques mm et le cm ! 95% des cancers dépistés sont non métastatiques au diagnostic, ce qui est énorme ! Et la mammographie est un examen peu douloureux. Il n’est absolument pas dangereux et il prend 15 à 20 mn… »
Et les traitements ne sont pas les mêmes, en fonction du moment de détection ?
Charles Coutant : « Le diagnostic précoce permet des traitements moins lourds pour la patiente, une désescalade thérapeutique. Lorsque la tumeur est volumineuse, nous n’avons pas le choix parfois d’enlever le sein, la mastectomie. Si la lésion est petite, nous pourrons faire un traitement conservateur. Mais nous pourrons aussi n’enlever que quelques ganglions sous le bras, alors que si la lésion est grosse, nous devrons retirer toute la chaîne ganglionnaire (un curage) et cela peut générer des gros bras… »
Quels sont les dispositifs mis en place par la CPAM ?
Lilian Vachon : « La stratégie de sensibilisation et d’invitation repose entièrement sur les épaules de l’Assurance maladie. Nous tentons d’individualiser les invitations. A peu près 85 000 femmes se retrouvent en situation de dépistage sur la Côte-d’Or. Les invitations se font par courrier. Des rappels sont effectués par mail. Nous avons également deux autres approches très attentionnées : le dispositif Aller Vers, qui cette année concernera environ 8 000 personnes en fragilité sociale ou sanitaire et la mise à disposition pour les médecins traitants de la liste de leurs patientes qui n’ont pas réalisé de dépistages. Nous connaissons le potentiel incitatif que peuvent avoir les praticiens. Tout est fait pour que la courbe des dépistages reparte à la hausse ! Et 95 % de la population côte-d’orienne habite à moins de 30 mn d’un centre de dépistage et 60% à moins de 10 mn. Et, pour toutes informations, elles peuvent appeler le 3646 ».
Propos recueillis par Xavier Grizot





