En liberté !

Vrai « faux cartoon » de Pierre Salvadori avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Damien Bonnard, Vincent Elbaz & Audrey Tautou.

Yvonne (Adèle Haenel) jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi (Vincent Elbaz), héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine (Pio Marmaï) injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

Ponctuée de scènes délirantes, poétiques et inoubliables, la nouvelle comédie de Pierre Salvadori fait mouche … mais pas n’importe laquelle ! Une mouche en guêpière et latex, avec paire de menottes et fouet. Une très bonne nouvelle pour le cinéma populaire français, après le carton de l’excellent Grand Bainde Gilles Lellouche. Alors pourquoi s’embarquer dans ce voyage cinématographique, sado-maso et romanesque, surtout après avoir plongé dans les eaux chlorées de la natation synchronisée ? Voici sept bonnes raisons de nous suivre dans cet hommage jouissif et coloré au septième art :

Pour l’amour du cinéma. Dès le départ, l’intrigue policière tourne court : les policiers se désintéressent ouvertement des criminels, poursuivant d’illusoires malfaiteurs. Le cinéma est bien le sujet principal du neuvième long-métrage de Pierre Salvadori, metteur en scène de comédies sophistiquées, délicieusement écrites et interprétées : depuis Cible émouvante(1993) avec Jean Rochefort, Marie Trintignant et Guillaume Depardieu (de bouleversants comédiens tous disparus) jusqu’au plus récentDans la cour(2014) avec la grande Catherine Deneuve et le rocambolesque Gustave Kerven.

Pour les récits de la belle Yvonne qui constitue la colonne vertébrale du film. Une mère trahie essaie de dire la vérité à son fils sur son père (phénoménal Vincent Elbaz qui surjoue volontairement), à l’aide de petites aventures mordantes et punchies. A la fin, l’enfant s’emparera de ces récits au point de se raconter sa propre histoire. L’imagination est le moteur d’En liberté !, où la fiction devient réalité et où a priori rien n’est censé être drôle … et pourtant !

Pour le cocktail réussi entre burlesque et poésie. Le spectateur comprend très vite qu’il n’est pas dans un polar, et bascule très vite dans une autre dimension complètement « barrée ». Le running gag du tueur psychopathe baladant sa tante coupée en morceaux dans des sacs plastiques donne le ton de cette comédie déjantée au rythme souvent trépident, ponctuée de vrais moments poétiques et décalés.

Pour la scène de retrouvailles entre Agnès (la magnifique Audrey Tautou) et Antoine (le lunaire et décalé Pio Marmaï). Elle ne s’attend pas à le voir rentrer si tôt et lui demande de rejouer la scène du retour. Nous sommes alors dans du « métacinéma ». Antoine rejoue la scène, les spectateurs comme les personnages savent que c’est « pour de faux », mais l’émotion opère … comme au cinéma ! Un des plaisirs du film est également le côté littéraire des dialogues féminins que Salvadori a choisi d’amplifier, tout comme la musique signée Camille Bazbaz. Le musicien compose ici une partition émouvante, soul et seventies, proche de la Blaxploitation.

Pour Adèle Haenel et l’énergie qu’elle insuffle au film ! Découverte enfant dans Les diables(2001) de Christophe Ruggia, puis adolescente dans Naissance des pieuvres(2007) de Céline Sciamma, Adèle Haenel est magnifiquement humaine et excessivement touchante devant la caméra des cinéastes qui la filment amoureusement. Depuis le magnifique Suzanne(2013) de Katell Quillévéré, où elle récolta un César amplement mérité, elle s’est imposée de tout son corps athlétique, sa fougue et son charisme inouï, renforcés par un regard bleu délavé et une blondeur sauvage. Vive comme Katharine Hepburn, féminine comme Lauren Bacall, son personnage veut réparer les mensonges de son mari mort en service, en choisissant de cacher la vérité : à son fils pour ne pas le décevoir, à Louis son prétendant collègue pour ne pas l’alarmer, à Antoine, injustement incarcéré pendant huit longues années pour ne pas se dévoiler. Elle va beaucoup faire par culpabilité : mentir, dissimuler, manipuler, coucher. Elle est littéralement incroyable !

Pour l’hilarant cambriolage de la bijouterie en combinaisons de latex, tandis que les gars de la sécurité commentent la scène, captivés, comme au cinéma. Antoine et ses cornes, Yvonne et ses petites fermetures devant les yeux nous permettent de nous représenter l’état mental chancelant des personnages.

Pour la beauté de la lumière du chef-opérateur Julien Poupard, avec ses couleurs très vives et contrastées, et son éclatant sens du cadre que l’on retrouvait déjà dans Divines,Les ogres(film précédemment chroniqué) ou Party Girl.

En liberté !est un vrai feu d’artifice de couleurs, de plaisir, d’éclats de rire et d’émotions. Son point d’exclamation final n’est pas volé !

Raphaël Moretto