Le président de Brosses, passionné par l’histoire de la République romaine

Avant d’être un boulevard, Charles de Brosses fut magistrat, historien, écrivain, linguiste et le premier président du parlement de Bourgogne, deux ans avant sa mort en 1777. Marqué par la latinité, le Dijonnais se passionne toute sa vie pour l’Italie et la richesse de son passé.

Né place Bossuet, il étudie au collège jésuite des Godrans où il rencontre son grand ami Buffon et où a éclos l’érudition qui le rendit célèbre. Grand amateur de vin et jovial mondain, il est bien connu dans la Cité des Ducs où il fait partie de l’Académie de Dijon et où il devient parlementaire à seulement 21 ans.

Féru de voyages, Charles de Brosses rédige, d’abord en 1756, Histoire des navigations aux terres australes, à partir de différents rapports d’expédition en Antarctique.

Puis, à l’âge de 30 ans, il part pour un long périple vers l’Italie avec cinq amis dont le grand bailli dijonnais Bénigne Le Gouz de Gerland. C’est sa passion pour l’historien romain Salluste qui pousse Charles de Brosses sur les routes car il veut retrouver son ouvrage disparu sur la grande histoire de la République romaine. Il revient bredouille mais consacre ensuite trente années de sa vie à écrire Histoire de la République Romaine dans le cours du VIIe siècle, qui vise à compléter le travail de Salluste sur le sujet.

De ce voyage effectué entre mai 1739 et avril 1740 il ramène aussi ce qui fera l’essentiel de sa réputation : lesLettres d’Italie. Ecriture négligée pour certains, libre, caustique et emportée au point de séduire Stendhal pour d’autres, elles dépassent le simple récit de voyage, exercice de sociabilité fréquent à l’époque et destiné au petit cercle des nobles et érudits.

Les lettres décrivent principalement la région de Naples et surtout Rome, mais elles observent également avec une grande liberté de ton le pays et ses habitants. On y lit ainsi les coutumes vénitiennes, la peinture du XVIe et XVIIe siècle, l’architecture classique, l’opéra, les dessous de l’élection du pape Benoît XIV, et par là même, l’irrévérence religieuse de son auteur. Car de Brosses est un provocateur et s’exclame devant la statue de l’extase de Sainte-Thérèse, qui lui procure autre chose qu’une fascination religieuse : « Cet amour-là, je le connais »…

Ses compagnons de voyage racontèrent plus tard que durant l’un des trajets, fourbu des routes interminables, Charles de Brosses passa par la fenêtre son séant, nu et paraît-il dodu, pour lui faire prendre l’air sous les yeux ébahis des paysans. C’est que Monsieur n’avait peur « ni de son roi ni du pape ».Coquin jusque dans sa vie intime mais aussi courageux, Charles de Brosses aimait à taquiner ses contemporains ce qui lui ferma au visage quelques portes, celles qui mènent à la postérité.

Caroline Cauwe