Nouvelles technologies : le BIMOC vous donne les clés

 

Vous voulez tout savoir sur le BIMOC ? Christelle André, Architecte, associée AAGROUP, et Benoit Vervandier, DG Bureau d’ingénierie ARCHIMEN, tous les deux membres du GA2B et du comité d’organisation BIMOC, répondent à nos questions.

 

Le 7 juin prochain, le Zénith de Dijon accueillera le BIMOC. Qu’est-ce que le visiteur va y découvrir et quels seront ses temps forts ?

« Le BIMOC se veut pragmatique. Notre objectif est que chaque visiteur quitte le BIMOC avec les clés de compréhension pour s’approprier ces nouvelles technologies numériques du bâtiment et de l’environnement urbains. Avec une alternance de conférences pleinières, ateliers, démonstrations, puis dossiers techniques et présentations à télécharger, tout est fait pour répondre au mieux à cette attente. Parmi les temps forts, des exposés sur des projets nationaux et régionaux, lancés ou dévoilés à l’occasion de BIMOC. »

 

Cette manifestation est-elle exclusivement réservée aux professionnels ou bien cherche-t-elle à toucher un large public dans la mesure où, finalement, le Bâtiment intelligent, c’est l’affaire de tous ?

« Cette manifestation n’est pas exclusivement réservée aux professionnels même si, avant tout elle s’adresse plus immédiatement aux professionnels qu’aux particuliers. Si BIMOC  vise en premier lieu les professionnels (Architectes, bureaux d’études, bureaux de contrôle, maitre- d’œuvre, maitres d’ouvrages, promoteurs, entreprises du bâtiment et fabriquants ) la manifestation s’ouvre aussi aux étudiants, aux personnes désireuses de s’orienter vers de nouvelles formations ou de nouvelles orientations professionnelles ainsi qu’aux cabinets de recrutement et organismes soucieux d’appréhender les compétences professionnelles nécessitées par la transition numérique. »

 

Concrètement, quels sont les services qui peuvent être apportés aux usagers par les bâtiments connectés ?

« En quelques mots et loin d’être exhaustifs, on peut imaginer différents services qui  seront offerts aux usagers via l’utilisation des objets connectés : aide au maintien à domicile des personnes âgées ou handicapées, assistance aux usagers, en particulier dans les déplacements dans de grandes infrastructures (aéroports, centres commerciaux, hôpitaux, grands locaux tertiaires,…), gestion centralisée des technicités domestiques, optimisation énergétique,  sécurité d’accès des bâtiments… Le domaine de la smart home et de l’immobilier résidentiel représente l’un des secteurs en pleine évolution. L’utilisation des objets connectés et l’intégration de l’intelligence artificielle préfigurent une nouvelle manière de vivre. »

 

Est-on en passe de vivre de profondes évolutions dans la construction de logements et de bureaux ?

« Les évolutions sur les logements et la construction seront bien sur impactées par l’utilisation des objets connectés et leur intégration à notre habitat. Il nous faut d’ores et déjà réfléchir dès la construction à l’intégration de ces nouvelles technologies.

Nous disposions auparavant de technologies de pilotage globaux des bâtiments au travers des systèmes de GTC (Gestion technique centralisée) ou GTB (Gestion technique du bâtiment). Avec les objets connectés et l’intelligence artificielle, nous allons plus loin en cherchant à construire un comportement du bâtiment qui répond aux attentes de chaque usager tout en conservant à chacun son libre arbitre et en le protégeant contre l’utilisation abusive de ces données. Certains diront que ce n’est pas pour tout de suite…Certes, mais au dernier BIMOC personnes n’imaginait des livraisons par drones, des assistances personnelles robotisées, …

L’habitat communicant réalisera l’analyse des informations captées sur les environnement extérieur et intérieur. Cette intelligence sera au service des habitants pour mieux répondre à leur besoin. C’est au travers des objets connectés que les habitants pourront piloter :

– Les systèmes de production d’énergie : les systèmes de chauffage offriront la possibilité de répondre pour l’occupant à ses attentes : Confort et budget et ceci de manière intelligente. La maîtrise de la facture énergétique sera d’autant plus efficace,

– Les systèmes d’éclairage : l’éclairage sera géré suivant les besoins et évoluera en fonction de l’apport de lumière naturelle extérieure et des températures. Les occultations et les périodes d’extinctions globales ou sélectives peuvent déjà aujourd’hui être pilotées via nos smartphones…

– Le système de sécurité et de contrôle d’accès : visiophone connecté au smartphone, serrure débloquée à distance, communication avec les services d’intervention extérieur…

L’habitat communiquant et les objets connectés ouvrent de nouvelles voies et de nouvelles pratiques pour le maintien à domicile des personnes dépendantes, les seniors et les personnes à mobilité réduite. Pour les gestionnaires ou les bailleurs, l’habitat connecté permettra d’intervenir rapidement sur les différents dysfonctionnements et les pannes de leur parc immobilier. »

 

Pensez-vous inexorable la marche vers le BIM ?

« La marche vers le BIM est enclenchée depuis plusieurs années. Les pays anglo-saxons, les américains, les coréens et dernièrement, les chinois ont enclenché cette appropriation de l’outil BIM et aujourd’hui ils le maitrisent : Il n’y a plus de grands projets étrangers traités autrement qu’en BIM et un projet comme le « Grand Paris Express » n’échappe pas à cette règle. Notre intégration du BIM dans notre processus de création est en évolution et nous avons dépassé le point de non retour.  Quoiqu’il en soit, on estime encore à plus de 60 000 personnes à former en France au sein des équipes de maitrise d’œuvre. La maquette numérique est un formidable outil qui bien sûr, fait encore des sceptiques, mais d’autres précurseurs, comme la Région Bourgogne-Franche – Comté, partenaire de BIMOC et précurseur reconnu nationalement de l’utilisation du BIM pour gérer et exploiter les bâtiments. »

 

Et dans ce domaine, comment se situe la France par rapport à ses voisins européens ?

« Comme d’habitude, la France part toujours un peu en retard… mais le rattrape très vite !

La France en 2017 est le premier pays européen par le nombre de projets publics lancés avec une exigence BIM ! Par ailleurs, point important, la position de la France est très reconnue dans les instances internationales de pré-normalisation et de normalisation visant les échanges de données intéropérables, à tel point que Buildsmart France a accueilli les experts BIM du monde entier lors de l’OpenBIM SUMMIT qui s’est tenu durant le salon BIMWORLD en mars dernier : une position forte que nous avons repris à nos amis anglosaxons….

Les professionnels que vous êtes appréhendent-ils aisément ces nouvelles technologies ?

Beaucoup aujourd’hui font la démarche de développement nécessaire à l’intégration de cette  nouvelle démarche. Il est évident que le développement et l’intégration du BIM nécessitent déjà une remise en question intellectuelle sur notre façon de concevoir en abandonnant ou en adaptant nos outils et processus usuels pleinement maitrisés.

C’est aussi pour toutes les structures, un investissement financier qui passe par l’achat d’ordinateurs plus puissants, de nouveaux logiciels et bien sur la formation des personnels, ingénieurs et architectes.

Aussi la démarche n’est pas neutre et certains encore sont réticents.

Toutefois, une fois l’effort effectué, les gains en matière de qualité (moins d’erreurs lors du chantier), de précision sur les coûts et délais sont indéniables. Si l’on ajoute la mémoire ainsi constituée pour le maître d’ouvrage qui pourra se l’approprier pour son exploitation, alors les facteurs de gains seront démultipliés. »

 

Les objets connectés en interaction avec le bâtiment et l’environnement urbain sont-ils susceptibles de créer de nouveaux métiers et de nouveaux services ?

Chaque nouvelle technologie est source de développement d’autres savoirs et d’autres technologies et ou usages nécessaires à sa bonne marche. Les objets connectés n’échappent pas à cette règle qui ouvre la voie à la création de start-ups, de programmes de recherches dans les laboratoires, universités, écoles d’ingénieurs. BIMOC sera l’occasion de mettre en avant certaines initiatives et compétences dans ce domaines, reconnues sur un plan national et international.

 

La réflexion humaine ne pourrait-elle pas être menacée à terme par ces nouveaux outils ? N’est-ce pas une grande porte qui s’ouvre à l’intelligence artificielle ?

« Nous n’échappons pas dans notre domaine à ces interrogations qui portent sur les bénéfices -risques de ces nouvelles technologies. L’insertion de celles-ci dans nos vies et dans nos métiers dépendent de plusieurs facteurs : leurs caractères non intrusifs susceptibles de rejets, leur facilité à être prise en compte par tous, la valeur ajoutée proposée par chaque application… Il y a encore beaucoup d’étapes à parcourir pour une généralisation mais une chose est sûre : on ne bloquera pas la transition numérique, alors autant l’accompagner… »

 

Certains de vos confrères ont-ils déjà réalisé des projets que l’on pourrait qualifier d’exemplaires dans la région ?

« Oui, BIMOC a pour but de présenter certains projets exemplaires. Mais pour faciliter la prise en compte de ces nouvelles technologies par tous, il faut aussi présenter les compétences régionales et l’ensemble des projets, parfois plus restreints, mais qui montrent que tout un chacun peut rentrer dans ce processus BIM. Nous allons lancer un appel à témoignage sur les projets régionaux que nous relaieront au travers d’un annuaire de compétences BIM régionales qui sera téléchargeable. »

 

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre