C’était avant-hier : 2 place Bossuet

 

« Celui qui croit au ciel. Celui qui n'y croit pas, tous deux adorent la belle »… Place Bossuet, qui fut un temps nommée Place Emile Zola et même Place Saint-Jean, du fait de la proximité avec l’église. Rien de plus normal que ce nouveau nom de baptême pour cet endroit de Dijon : c’est là que naquit au n°2  l'évêque Jacques-Bénigne Bossuet, devenu évêque. Et « l’Aigle » de Meaux par la grâce de Voltaire !

Bossuet déplaçait les foules par son art de l’oraison sous le règne de Louis XIV, lorsque la France était fille aînée de l’Eglise. Sa maison natale - tous les guides touristiques le signalent - est située à deux pas de l'hôtel Catin de Richemont, belle demeure à colombages du XVe siècle. Celle-ci abrite aujourd’hui la maison Mulot et Petitjean, la plus ancienne fabrique et boutique de pain d'épices de Dijon.

A tout seigneur tout honneur. En 1927, pour le 3e centenaire de sa naissance, les édiles de la ville demandent au dijonnais Paul Gasq d’exécuter une statue en marbre du célèbre prédicateur (Mathurin Moreau et Xavier Schanosky en réaliseront le piédestal). Des fêtes grandioses sont données à cette occasion. Et ce, en présence des membres de l’Académie française, venus en habit vert et épée aux flancs pour honorer celui qui fut l’un des plus célèbres d’entre eux. Il faut dire que Bossuet maniait la langue française avec une virtuosité paradisiaque ! D’aucuns déplorent que sa maison natale ne soit pas mieux mise en valeur...

Mais revenons en 1900, où elle portait en façade un auvent abritant du mauvais temps, non pas les pèlerins, mais les badauds attirés par les vitrines du commerce qui s’y était installé. Après la 2e guerre mondiale, elle devient un temple du sport, puisque le champion cycliste Emile Idée y vend des vélos Solex avec des pompes à huile/essence pour fournir le carburant aux chevaliers du guidon. Les engins disposés en épi sur le trottoir confèrent à l’ensemble un air d’évènement à la Jacques Tati !

Marche arrière toute… A la Belle Epoque, vers 1900, ce sont les « Grands Magasins Lyonnais » qui avaient leur siège au fameux n°2. C’était pour les Dijonnaises d’alors un lieu d’achalandage fort prisé : on y trouvait aussi bien des chemisiers, des jupes, du tissu au mètre que des jaquettes ou des redingotes. Le conflit de 1914-18 crée des problèmes collatéraux aux commerçants : le bronze se met à manquer (et pour cause !) et on doit créer une monnaie de substitution à partir de timbres-poste serrés entre deux ronds, l’un en mica, le second en aluminium. Bien entendu, les « Grands Magasins Lyonnais » ont recours à ce palliatif. Ce qui permet à un autre établissement, « la Maison Samuel de Vesoul », d’y écouler une partie de ses marchandises, au point de faire de Dijon son deuxième point de vente.

Roger Loustaud