Le Musée Magnin rend hommage aux artistes voyageurs du début du XIXe siècle en présentant une quinzaine d’oeuvres issues des collections du Musée des Beaux-Arts , de la Bibliothèque Municipale et du Muséum d’Histoire naturelle de la ville de Dijon qui font cortège à l’un des plus beaux tableaux de Jean-Baptiste Debret, Les fruits du Nouveau Monde.
Né à Paris en 1768, d’un père greffier du Parlement et d’une mère « marchande lingère », Devret parait prédestiné à une carrière artistique. Apparenté à François Boucher et à Jacques-Louis David qu’il accompagne à Rome dès l’âge de 16 ans. De retour en France, il présente au Salon de 1791 Régulus partant pour Carthagequi lui vaudra le second prix de Rome.
Fidèle aux doctrines esthétiques de son temps et au crédo néo-classique de son cousin et maître David, Debret peint une série de tableaux remarqués à la gloire de l’empereur Napoléon Bonaparte. Il serait sans doute demeuré dans l’ombre de David et de Gros si la mort de son fils et le retour des Bourbon n’avaient douloureusement modifié sa trajectoire.
Si David s’exile à Bruxelles, Debret demeure à Paris mais perd son ancienne clientèle et tout soutien officiel. Habité par le désir de s’exiler, il accueille avec intérêt et soulagement deux propositions qui lui sont faites : s’installer à Saint-Petersbourg, au service d’Alexandre 1er, ou aller travailler au Brésil sous la direction de Joachim Lebreton , ancien secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux -Arts, chargé par le régent Joao VI, de fonder un Institut brésilien des Beaux-Arts.
Acceptant la proposition portugaise, Debret prend part à la « Mission artistique » française qui embarque sur le voilier Calpe et arrive à Rio de Janeiro le 26 mars 1816. Debret découvre une ville fiévreuse et un pays en pleine mutation sous la férule de Dom Joao VI qui prend de nombreuses mesures permettant la transformation de l’ancienne colonie en royaume et au Brésil de réduire ainsi sa dépendance à l’égard du Portugal. C’est dans ce contexte que Debret est nommé professeur de l’Academia Real de Ciencias, Artes et Oficios où l’on attend du peintre d’histoire expérimenté qu’il est qu’il fournisse au pouvoir la symbolique qui lui servira d’assise. Mais le manque d’argent et les lenteurs administratives conjugués aux oppositions des artistes locaux lui font opter pour la conception d’une série d’aquarelles qui préfigure le profil de son futur Voyage historique et pittoresque au Brésilqui sera publié après son retour à Paris au milieu des années 30 du 19e siècle.
Inversant les perspectives, libre de l’attente de ses commanditaires, il conçoit un miroir des réalités brésiliennes et travaille en pensant à un public français. En saisissant les traits de Rio de Janeiro qui relèvent du métissage culturel entre la tradition monarchique européenne et la pratique esclavagiste coloniale, Debret a été le premier à donner un visage à ce paradoxe fondateur qui a imprégné en profondeur l’histoire du Brésil indépendant.
L’exposition du Musée Magnin souligne l’influence de Debret et d’artistes voyageurs qui va bien au-delà de leur champ disciplinaire et stimule un dialogue culturel fécond qui trouve encore de nos jours de nombreuses résonances .






