Interview de Patrick Jacquier, président de l’UMIH
En 2009, quand la TVA a baissé de 7 à 5,5 %, ce fut un véritable ballon d’oxygène pour la profession. Beaucoup de restaurateurs ont ainsi trouvé des ressources pour mieux payer leurs salariés et mettre en place des mutuelles. Cette situation a permis une belle avancée sociale.
On avait rempli notre contrat de confiance avec le gouvernement : 100 000 jeunes ont pu être embauchés dans les trois ans qui ont suivi. Cette fois, il va falloir supprimer des emplois pour équilibrer les comptes d’exploitation.
Cette augmentation de la TVA, telle qu’elle est prévue au 1er janvier prochain, va nous pénaliser considérablement. Comment va-t-on expliquer à nos clients que les prix augmentent ? Eux, ce qu’ils voient, à juste titre, c’est le prix du plat du jour ou du menu du jour. Pas le montant de la TVA. Augmenter les prix, c’est prendre le risque de voir ses clients ne plus revenir.
1 point de TVA c’est 10 000 emplois détruits. Sur le terrain, des milliers de TPE et PME mettent la clé sous la porte, dans le plus grand silence et dans l’indifférence générale. On va assister au plus grand plan social invisible dans l’histoire de notre secteur. Nombre de restaurateurs traditionnels, je le crains vont fermer leurs portes.
Le secteur des cafés, hôtels, restaurants est déjà fragilisé par une forte concurrence et par une baisse importante de la fréquentation…
Il y a deux phénomènes que nous subissons : la conjoncture économique et le changement des habitudes en matière alimentaire. Si, hier, un client lambda prenait une entrée, un plat un dessert, aujourd’hui, il va supprimer l’entrée ou le dessert. Parfois même, il ne va prendre qu’un plat.
On a la chance d’évoluer dans un métier qui offre des ouvertures, du développement
Malheureusement, les charges nous paralysent et la fiscalité nous matraque. Et, en la matière, nous manquons de visibilité pour les mois et années qui viennent. Difficile de bâtir des budgets dans ces conditions.
Si vous n’obtenez pas un report de cette hausse de la TVA, quels seront vos moyens d’actions ?
Si la hausse de la TVA est maintenue, il faudra nous accorder une baisse de nos charges. Faire grève ? Non. Descendre dans la rue. Peut-être. Mais ce n’est pas dans nos habitudes. Nos habitudes, c’est de satisfaire notre clientèle, d’investir dans nos affaires. Mais croyez-moi, nous ne nous résignerons pas. C’est la révolte qui pourrait l’emporter. Après les bonnets rouges, on verra peut-être les toques rouges porter la colère de la profession.
On ne peut pas se résoudre à affaiblir, voire même supprimer un des secteurs économiques moteur du pays qui attire les touristes du monde entier.
L’UMIH s’est associée récemment à l’opération « les sacrifiés », une action d’envergure nationale qui vise à faire réagir le gouvernement afin qu’il allège la pression fiscale, parafiscale et sociale sur les entreprises de proximité. A compter du 13 novembre, et pendant un délai de 15 jours minimum, à l’extérieur et à l’intérieur de nos établissements les affiches « Sacrifié mais pas résigné » ont été apposées.
Finalement, sur un plan fiscal, les hôteliers, les restaurateurs, les cafetiers sont traités comme des footballeurs professionnels ?
Les revenus des footballeurs n’ont rien à voir avec les revenus des restaurateurs. Je note que les clubs de foot ont réussi à obtenir un travail de réflexion d’un médiateur. Ce n’est pas le cas pour nous.
On demande à ce que notre travail soit reconnu. Ce travail est réalisé par des passionnés qui travaillent beaucoup, ne comptent pas leurs heures. Ils incarnent le patrimoine gastronomique de la France. La cuisine n’est pas au patrimoine de l’humanité pour rien.
Mais sur le fond, la hausse de la TVA n’est-elle pas un juste équilibre par rapport à nos voisins européens ? Seuls les Pays-Bas font moins, à 6%. Mais l’Espagne est à 8, l’Italie à 10, le Portugal et la Grèce à 13, l’Allemagne à 19 et la Hongrie à 27%…
On risque d’avoir, à un moment ou un autre, un taux harmonisé entre tous les pays européens qui pourrait se situer entre 13 et 14 %. Cela nous ennuie terriblement car nos confrères européens sont aussi nos concurrents. Des concurrents qui ne subissent pas les mêmes charges, inacceptables pour les entreprises de la restauration.





