Accueil Vieux vs Jeunes : vous en pensez quoi ?

    Vieux vs Jeunes : vous en pensez quoi ?

    Feu Higelin n’avait pas son pareil pour se faire le porte-voix de la provocation avec une excellence déjantée qui fait défaut aujourd’hui. Se fichant vraisemblablement du Covid, il n’eût pas hésité à chanter son fameux « Champagne  pour tout le monde et Caviar pour les autres! » Oui, les autres… C’est-à-dire les Vieux avec un « V » majuscule, vaincus par la solitude, cassés par les ans mais s’incrustant dans l’univers du vivant avec leur (confortable) retraite, avec leur droit à la vaccination, avec leur aptitude à grogner contre tout et à gémir sempiternellement sur leurs rhumatismes. Les vieux, ils exigent haut et fort d’avoir la priorité dans les files d’attente et filent effectuer leurs achats à Monop ou Carrefour, de préférence aux heures d’affluence. Ils s’affranchissent de l’obligation à porter un masque lorsqu’ils baladent leur chien à la tombée de la nuit. Ils chipotent le pâté Hénaff et les chocolats du panier-repas du Noël offert par la municipalité, et tremblent en imaginant de quoi sera fait leur (court) avenir en Ehpad…

    Quant aux jeunes, ils sont égoïstes, affreusement matérialistes, sans goût pour l’effort. En général, les jeunes, ils sont sur-vitaminés, beaux et costauds, et plus attachés aux réseaux sociaux qu’à leurs parents ou grands-parents. De plus, ils n’hésitent pas à s’inscrire au chômage à la moindre difficulté au boulot, ou se vautrer dans l’herbe grasse et les jonquilles des campus universitaires… quand ils sont ouverts. S’ils ont le bonheur d’avoir décroché un job juteux et de prendre les transports en commun en période de pointe, les jeunes, ils ont le culot de se sentir fatigués. Enfin, ils possèdent le trésor inouï d’avoir la vie devant eux et se passaient allégrement d’être masqués lors des soirées à six ou huit entre copains.

    Devant cette opposition clanique vieux / jeunes montée en épingle par les psy ainsi que les sociologues toujours en quête médiatique, il convient de se poser la question de savoir à qui profite le crime du serial Covid qui bousille les vies des jeunes, fauche prématurément les vies des vieux, sape les bases démocratiques de nos sociétés modernes, fait la nique au fameux « vivre ensemble ». La pandémie a rongé l’âme et poursuit au rythme d’une sarabande sa danse de mort virale, en élargissant ainsi le schisme intergénérationnel. J’entends d’ici Jacques Higelin : il n’aurait pas raté d’entonner sa chanson-fétiche : « Alertez les bébés ! »

    Marie-France Poirier