Dijon a été l’une des premières villes françaises à obtenir le label Ville amie des aînés. C’est dire si les politiques tournées vers les seniors sont capitales. Les élus Lydie Pfander-Meny et Antoine Hoareau travaillent main dans la main pour améliorer le bien-vieillir.
Freetime : Le terme senior renvoie aujourd’hui à des réalités fort différentes. Comment appréhendez-vous ces évolutions majeures de notre société ?
Lydie Pfander-Meny : « Nous sommes encore sur un imaginaire de vie qui est en décalage par rapport à l’avancée de notre société. C’est à dire que nous assistons aujourd’hui à de véritables mutations des âges et il faut que l’on arrive à avoir une pensée de la vie longue en plusieurs étapes. Les seniors représentent, en substance, trois décennies complètement différentes : les 55 à 70 ans, totalement dans le numérique et la vie active, les 70-72 à 80-85 ans, pour lesquels commencent à se poser des problèmes d’autonomie et cognitifs, et les grands seniors. Le problème aujourd’hui réside dans le fait que l’on pense aux grands seniors lorsque l’on évoque les seniors. Nos représentations sont ainsi en retard par rapport aux évolutions du monde. Aussi, avec le maire François Rebsamen, notre travail est de donner en premier lieu une meilleure visibilité sur la politique de l’âge et les seniors car c’est le point aveugle de la société. La question de la vieillesse est une véritable question de civilisation. Laure Adler, hyper-active, œuvrant à la télévision, à la radio, qui a sorti un livre pour ses 70 ans, fait, par exemple, évoluer les imaginaires par rapport à tout cela ! Nous devons travailler en transversalité et sortir de la notion de silo afin d’être encore plus efficient pour toutes les tranches d’âge ».
Freetime : Quels sont vos leviers d’action afin d’améliorer la vie de l’ensemble des aînés ?
Lydie Pfander-Meny : « Nous travaillons dans une perspective dynamique et une connotation qui soit positive. Il faut ainsi partir des usages. Au niveau économique – Dijon compte 33 000 seniors qui consomment –, nous réfléchissons avec ma collègue Nadjoua Belhadef, avec les commerçants et Shop In Dijon, pour voir les actions à développer. La crise a fait augmenter de 52% le nombre de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, et notamment chez les femmes. Nous avons ainsi mis en place avec Océane Charret-Godard un groupe de travail afin de lutter contre ce phénomène. Dans le domaine touristique, avec Sladana Zivkovic, nous œuvrons afin que les personnes de plus de 50 ans aient un regard patrimonial sur leur propre environnement. En ce qui concerne le développement durable, nous améliorons l’aménagement des parcs… Je pourrais citer aussi la ville intelligente : avec Denis Hameau, nous travaillons sur une expérimentation sur Montchapet afin qu’On Dijon puisse faciliter la vie des seniors. Il existe de profondes mutations concernant la question de l’âge. L’idée est aussi de sortir de l’homo economicus et de faire monter l’ensemble des liens invisibles qui crée la société, sachant que celle-ci devient vieillissante… »
Freetime : Nombre de seniors, et notamment les personnes isolées, glissent dans la précarité…
Antoine Hoareau : « Le passage à la retraite implique un changement de niveau de vie. Une grande part de précarité peut, en effet, naître avec la cessation de l’activité professionnelle. A travers notre établissement phare, la Maison des Seniors, inaugurée en 2013, le CCAS informe, accueille, et anime tout un réseau d’acteurs afin d’apporter des réponses adaptées. Nous agissons pour leur faciliter l’accès aux droits, lutter contre l’isolement et la rupture sociale, et mettre en place des parcours pour le maintien à domicile. Nous nous sommes aussi fixés la mission d’inclure : quel que soit l’âge, tout un chacun doit pouvoir vivre correctement et dignement dans la ville, être un citoyen engagé… En matière de lutte contre l’isolement, je pourrais citer le dispositif Seniors en contact, créé en 2015, similaire au dispositif canicule. Celui-ci a été particulièrement efficace durant la crise sanitaire… La lutte contre toutes les fragilités passe aussi par le service social gérontologique. Nous avons 12 travailleurs sociaux dédiés à ce public spécifique. Nous avons aussi ouvert le centre de jour des Marronniers qui lutte contre les déficiences cognitives et permet d’épauler les aidants. Je n’oublie pas non plus les 3 EHPAD historiquement liés à la Ville et nous avons un grand projet sur le quartier Terrot ».
Freetime : Les repas de fin d’année et la Semaine bleue durant laquelle la Ville organise un spectacle destiné aux seniors de toute la Côte-d’Or sont devenus des rendez-vous incontournables. Le menu des actions dijonnaises comprend-il des nouveautés ?
Antoine Hoareau : « Les derniers repas de fin d’année n’ont pas pu se tenir, Covid oblige, mais les colis de Noël, mettant en valeur le travail des entreprises locales, ont très bien fonctionné. 7 500 colis ont été distribués à Dijon. Parmi les ambitions politiques que l’on porte, je pourrais citer également l’axe autour du bien manger pour bien vieillir. Nous disposons au CCAS d’un service de repas à domicile et nous portons chaque jour à manger pour des personnes commençant à rentrer dans la dépendance. Cela participe du maintien à domicile. Nous souhaitons faire de ce service un outil afin de promouvoir encore plus le bien-manger, avec le recours à des produits de qualité, locaux, bio… Lorsqu’on a une bonne alimentation, on vit et on vieillit mieux ! Je n’oublie pas non plus le lien que l’on crée avec ce service, à la différence des entreprises privées qui sont aux chiffres et à la rentabilité. C’est un véritable plus et les tarifs, en fonction des revenus, sont abordables, pour les personnes qui sont dans une situation de grande précarité. Notre objectif est que tout le monde puisse vivre dignement à Dijon, et notamment les seniors qui ont de toutes petites retraites, les femmes seules qui sont au minimum vieillesse… Nous sommes dans des actions concrètes ! »
Propos recueillis par Camille Gablo


