Mathieu Sapin : le coup de crayon qui illustre les coulisses du pouvoir

    Il enchaîne les BD à succès, connaît Depardieu et a suivi le président Macron pendant sa campagne mais surtout, il est Dijonnais ! Mathieu Sapin évoque sa dernière création : « Comédie Française », au fil de laquelle il établit un parallèle entre son propre personnage qui accompagne Macron pendant ses déplacements, et le dramaturge Jean Racine, devenu historiographe de Louis XIV.

    Puisque les points communs sont nombreux entre le XVIIe siècle et aujourd’hui, est-ce que le message principal est qu’en matière de politique, rien n’a changé et rien ne changera ?

    « Je ne suis pas aussi pessimiste mais je suis réaliste. Quand vous voyez Emmanuel Macron avec son équipe, on dirait le roi et sa cour, donc oui je pense que notre politique aujourd’hui repose sur un fonctionnement de plusieurs siècles, avec des courtisans, de la séduction, des mensonges, et que perdurent certains désastres sociaux comme les clochards qui à deux époques différentes mendient aux mêmes endroits. Mais je ne me prononce pas sur l’avenir ».

    Vous rapportez ce que vous avez vu, la fin du mandat de François Hollande, le débat de l’entre-deux tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ou encore ses visites à l’étranger une fois devenu président, sans aucune prise de position mais avec une transparence étonnante, vous n’avez pas peur des conséquences ?

    « Non, je suis conscient de la chance que nous avons en France de pouvoir nous exprimer librement face au pouvoir donc je l’utilise. Je n’ai fait que relater des choses vraies et je sais que le président a eu ma B.D entre les mains mais je n’ai pas de nouvelles... La liberté de ton est importante pour moi de même que la vérité, qui est ici une question centrale. Racine relatait des épisodes de guerre très romancés et je voulais dévoiler à travers ça la subjectivité de l’Histoire ou de ce que nous en savons ».

    Comme expliquez-vous qu’on vous ait ouvert les portes de l’Élysée aussi facilement ?

    « Je pense que mon statut d’artiste joue en ma faveur, je sors du lot car je ne suis pas journaliste même si ce travail là s’y apparentait, et puis comme expliqué dans la B.D, il y a une fascination réciproque entre le pouvoir et les artistes, donc une relation ambiguë comme on le voit quand Macron cherche absolument à rencontrer Gérard Depardieu ».

    Vos dessins permettent de se promener entre deux époques, de découvrir des lieux parisiens tels qu’ils étaient il y a plusieurs décennies et de se rendre compte de notre goût des institutions...

    « J’aime beaucoup l’Histoire, déambuler dans Paris est passionnant et faire ce minutieux travail de documentation pour les pages concernant Racine m’a captivé. Il met effectivement en lumière notre côté archaïque, les cérémonies, les honneurs, côté très français que je trouve plaisant malgré tout, c’est notre culture ».

    Comment êtes-vous arrivé au dessin ?

    « Je ne me souviens pas avoir fait autre chose… Mes parents m’ont toujours encouragé dans la voie artistique, mon père enseignait aux Beaux-Arts de Dijon et j’ai suivi la section arts plastiques au lycée du Castel. Deux professeurs ont alors été importants : Mme Erzam et M. Clerc ».

    À peine « Comédie Française » sortie, vous annoncez d’autres projets en cours ou presque aboutis, tous aussi variés les uns que les autres ?

    « Oui j’ai la chance de participer à différents projets passionnants : une B.D de science-fiction avec Noé Debré, une B.D qui mêle action et politique avec Joan Sfar, un nouvel album « Akissi » pour enfants sortira bientôt et d’autres... J’aimerais aussi évoquer Bussy-Rabutin à travers une B.D et rendre ainsi hommage à la Bourgogne ».

    Propos recueillis par Caroline Cauwe