Les vœux au Zénith : Ni bilan ni projet mais… que de messages !

Dura lex sed lex… Les maires ou présidents de collectivités ne peuvent ni valoriser leurs réalisations ni exposer leurs projets dans leurs vœux en période préélectorale. Cet article 52-1 du Code électoral peut paraître ubuesque… tant il peut conduire des élus à ne pas dire grand-chose au moment où ils doivent en dire le plus ! Mais il peut générer parfois des moments d’anthologie.

Ce fut le cas, le 9 janvier, lors de la traditionnelle cérémonie des vœux au Zénith de Dijon et de Dijon Métropole en présence d’un nombreux public : en respectant parfaitement le code électoral, la maire de Dijon et le président de Dijon Métropole ont réussi le tour de force de distiller des messages forts les définissant mais aussi caractérisant le sens même de leur engagement.

Comme l’a glissé Nathalie Koenders, « même quand on ne parle ni du passé ni du futur, il reste quelque chose de très précieux : le présent que nous partageons ensemble, et cela, personne ne peut nous l’enlever ». S’il ne fallait ne retenir que trois mots de son discours, ce serait la fraternité, la solidarité et l’engagement républicain. Et c’est en évoquant la situation mondiale – « Nous sommes tous embarqués sur le navire de l’Humanité » – que la capitaine municipale dijonnaise confirma son cap politique. Que ce soit « la lutte contre la montée des populismes partout autour du globe, y compris en Europe », « la bataille pour la paix », « la lutte contre les inégalités », « la transition écologique… »

Quant à François Rebsamen, c’est en revenant sur l’histoire de la construction de la métropole dijonnaise, « une capitale régionale qui est le moteur de la Bourgogne Franche-Comté », qu’il imprégna l’auditoire de réflexions profondes : « À la métropole, nous travaillons tous main dans la main même si nos sensibilités politiques sont différentes. Certains sont un peu plus à gauche, d’autres un peu moins à gauche, cela n’empêche pas d’aller de l’avant ! »

Si ce message faisait des émules dans la représentation nationale, où la voie du compromis mène aujourd’hui à une impasse, la France aurait, qui sait, déjà un budget ! La « lutte contre les dangers qui menacent notre vivre ensemble », le rappel des « valeurs de laïcité et d’universalisme »… furent également autant de balises dans l’océan politique actuel que l’ancien ministre asséna.  Non sans avoir préalablement mis en exergue : « Je ne me livrerai pas, période pré-électorale oblige, à un quelconque bilan. Également parce que ce serait trop long, tant nous avons construit ! » A bon entendeur… tout de même !

Xavier Grizot

 

Les vœux de Nathalie Koenders

« La solidarité et la fraternité »

« Se souhaiter une bonne année, c’est affirmer qu’en dépit des difficultés – et elles ne manquent pas -, nous prêtons attention. Se souhaiter une bonne année, c’est espérer profondément que la solidarité et la fraternité puissent se frayer un chemin dans la dureté de l’époque ! (…) À l’origine sémantique du mot « vœu », il y a la « promesse ». Puisse ainsi 2026 emporter celle d’une nouvelle page sur laquelle, rassemblés, nous saurons écrire le meilleur, pour ceux qui nous sont proches, pour notre ville, mais aussi pour notre planète où l’homme et la nature sont indissociablement liés ! »

« Le navire de l’Humanité »

« Nous sommes tous embarqués sur le navire de l’Humanité. Nos destins sont liés par des interdépendances départementales, régionales, nationales et internationales. J’ai la conviction qu’aucune situation, aussi lointaine soit-elle, ne nous est étrangère. Citoyens éclairés, nous devons être attentifs à l’état du monde ; concernés par les défis vertigineux auxquels nous sommes confrontés, et surtout impliqués dans l’action pour les relever. Transition écologique, paix, garantie des droits et de la dignité de l’humain, affirmation des valeurs démocratiques, lutte contre les inégalités, ces défis convoquent notre lucidité et notre courage ».

« Une réalité orwellienne »

« En quelques mois, Donal Trump a fait basculer les États-Unis dans une réalité qui paraît plus orwelliene que jamais. À rebours de l’exigence intellectuelle et morale que les enjeux contemporains devraient nous imposer, il poursuit avec un aplomb accru dans la voie qu’il avait déjà emprunté lors de son premier mandat : celui de l’outrance, de la coercition, de la désinformation, du masculinisme, de la remise en question de la parole scientifique… »

« La montée des populisme »

« Au-delà du cas américain, la montée des populismes partout autour du globe, y compris en Europe, est une réalité qui a de quoi faire peur. En 2025, un quart de la population mondiale vit en démocratie, contre la moitié il y a 20 ans… C’était peu. C’est désormais très très peu ! Le propre de la démocratie, c’est qu’elle peut elle-même finir par se remettre en question si elle n’est pas suffisamment défendue et affirmée. Churchill disait qu’elle était le pire des régimes. A l’exception de tous les autres, prenait-il le soin d’ajouter. Certains en doutent aujourd’hui plus qu’hier. Et se font entendre ! »

« Les drames partout dans le monde »

« Je pense aux drames qui se jouent partout dans le monde : tant de foyers de conflits – parfois silencieux mais toujours meurtriers –, l’ignominie des attentats terroristes du 7 octobre, la réponse terrifiante dIsraël et le sort réservé au peuple palestinien, les guerres et crises humanitaires que nous ne pouvons ignorer au Darfour, au Yemen, en République Démocratique du Congo, les droits humains bafoués, en Afghanistan plus que partout ailleurs envers les femmes, l’antisémitisme… »

« L’échelon local est un repère »

« À l’heure où la représentation politique nationale peine à trouver la voie de l’adoption d’un budget pour la France, à l’heure d’une impopularité record et persistante du Président de la République, l’échelon local est un repère, un pôle de stabilité. Un gage d’efficacité et de proximité sur lequel vous comptez, je le sais, plus que jamais pour répondre aux défis de notre temps. Ces légitimes attentes, cette confiance placée dans la figure du maire et ce mandat exigeant mais gratifiant, s’accompagnent selon moi de nombre de responsabilités… »

 

Les vœux de François Rebsamen

François Rebsamen, président de Dijon Métropole

« Une métropole d’équilibre »

« Il est un anniversaire important en 2026 : cela fait 50 ans qu’a débuté cette belle construction intercommunale qui nous a engagés sur la voie d’un avenir partagé et qui a progressivement façonné la métropole d’équilibres dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Je suis fier de présider aux destinées d’un territoire de cohésion et d’action, précurseur en matière d’écologie – la vraie écologie, une écologie populaire et concrète – qui compte aujourd’hui 100 000 emplois avec un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale et un réseau de chaleur qui dessert plus de 55 000 foyers… »

« Le moteur de la région »

« À Dijon Métropole, nous avons toutes les raisons d’être optimistes et de croire en l’avenir. Nos 23 communes sont très complémentaires, avec un sens aigu de l’intérêt général et de la communauté de destin que nous formons, tout en restant ouvertes sur l’extérieur et attentives aux interactions et relations avec les territoires qui nous entourent. Dijon métropole, c’est la capitale régionale ! Et c’est un peu le moteur qui tire vers le haut dans beaucoup de domaines et notre grande région BFC ».

« Que l’abstention soit la grande perdante »

« Dans la désaffection qui malheureusement frappe la classe politique, les maires et les élus locaux sont ceux qui conservent la confiance de leurs concitoyens. Je forme à cet instant mon premier vœu : que cette confiance se traduise par une mobilisation des électeurs et que l’abstention soit la grande perdante des prochaines élections ».

« Un travail main dans la main »

« À la métropole, nous travaillons tous main dans la main même si nos sensibilités politiques sont différentes. Certains sont un peu plus à gauche, d’autres un peu moins à gauche, cela n’empêche pas d’aller de l’avant. Qu’il me soit permis de souhaiter, pour 2026, que nous puissions continuer dans cette voie ! »

« Le renforcement de la décentralisation »

« Mon second vœu est fidèle à l’esprit de François Mitterrand et de Pierre Mauroy, car c’est un renforcement de la décentralisation. « La France a eu besoin d’un pouvoir fort et centralisé pour se faire. Elle a aujourd’hui besoin d’un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire ». Cette phrase n’a jamais été aussi pertinente. Pour cela, il faut aller vers un fédéralisme à la Française, c’est-à-dire en réalité donner aux collectivités locales une forme d’autonomie dans la République, et un pouvoir normatif d’adapter aux réalités locales la loi votée par le Parlement ».

« L’approfondissement de l’intégration européenne »

« J’identifie une autre voie d’avenir et c’est mon troisième vœu : l’approfondissement de l’intégration européenne. Alors que les équilibres mondiaux ont été renversés sous l’effet d’une diplomatie américaine brutale et d’une menace russe, l’Europe semble prise en étau. À cela vient s’ajouter la domination commerciale de la Chine. Face à ces dangers, le besoin d’Europe n’a jamais été aussi grand, et ceux qui, en France, la remettent en question font preuve d’une dangereuse inconscience. Cela n’exclut pas de constater que le projet européen a besoin d’un second souffle… »

« Le vivre ensemble »

« Mon dernier vœu concerne notre « vivre ensemble ». Quels que soient nos origines, notre religion de foi ou de culture, notre sexe, notre orientation sexuelle, nous partageons tous le même destin, celui de la France ; nous avons des droits et des devoirs et nous avons tous les mêmes. Forts de nos valeurs de laïcité et d’universalisme, unis malgré nos diversités, nous pourrons lutter contre les dangers qui menacent notre vivre ensemble et agir pour plus de justice sociale, plus d’égalité, plus de tolérance et plus de solidarité ».