A la tête d’une délégation d’une centaine de maires de la Côte-d’Or, le président de l’AMF 21 a participé au Congrès des Maires de France. Ludovic Rochette revient sur cette 107e édition particulière à plus d’un titre, et pas seulement eu égard à l’intervention glaçante du chef d’état-major des armées…
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé une prime régalienne de 500 € pour tous les maires, quelle que soit la taille de leur commune… Est-ce une première pierre au statut de l’élu que beaucoup réclament ?
Ludovic Rochette : « Tout d’abord, nous n’avions rien demandé ! Nous, ce que l’on demande, ce sont des moyens pour nos communes, pour faire fonctionner, pour investir. Que le Premier ministre reconnaisse par cela la tâche de plus en plus compliquée d’être maire, pourquoi pas, mais je veux simplement rappeler que beaucoup de maires ne touchent pas la totalité de leur indemnité, car un certain nombre de communes n’ont pas les moyens de l’assumer. La priorité aurait été de s’assurer que tous les maires qui se dévouent puissent bénéficier d’une indemnité correcte et, dans le même temps, que les communes puissent continuer d’investir ».
Le président de l’AMF, David Lisnard, a dénoncé « les efforts infantilisants adressés par l’État aux communes, leur reprochant de ne pas participer à l’effort budgétaire national… »
« Pour que les collectivités puissent continuer d’investir, déjà faudrait-il que l’État ait un budget et que les parlementaires puissent le voter ! L’investissement local devient de plus en plus en plus compliqué. Ce qui était simple il y a 10 ans, 15 ans, devient complexe. On s’use à répéter chaque année qu’il y a eu urgence et le mur, franchement, s’approche ! »
Le maire de Cannes fut aussi particulièrement offensif vis-à-vis de « l’État qui recentralise… »
« L’acte de décentralisation, qui fut encore évoqué par le Premier ministre, est un serpent de mer. On voit des Départements asphyxiés, alors que ce sont les premiers partenaires des communes avec l’État. Les Régions n’assument pas la fusion des communes, et on a besoin vraiment, dix ans après, d’avoir un bilan de ce que ces lois, notamment la loi NOTRe, ont donné. C’est le temps de libérer tout cela. Il y a eu deux périodes de glaciation qui s’appelaient le Riss et le Würm. Il ne faudrait pas qu’on soit dans une 3e période de glaciation ! »
L’intervention du chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, a été un choc, notamment lorsqu’il a déclaré que nous allions « devoir être prêts à perdre nos enfants ». Les maires sont-ils déterminés, comme il l’a demandé, à « sensibiliser dans leur commune » à la gravité de la situation ?
« Que l’on sensibilise l’opinion publique et les élus sur la gravité de la situation, c’est une chose. En revanche, je regrette que l’on n’ait pas parlé des enjeux locaux pendant 3 jours à cause de cette phrase. Je comprends l’émoi que cette intervention a suscité, mais elle a occulté une grande partie des enjeux du Congrès des Maires. Après, le fait de demander aux maires de les sensibiliser, bien sûr, mais on trouve les maires quand il faut. Nous, on est bien sûr toujours à disposition de l’État, parce qu’on a cette particularité d’être à la fois le représentant de l’État dans nos communes mais aussi le représentant élu de notre population. Mais que l’État ne vienne pas uniquement solliciter les maires lorsque ça devient difficile ! »
Ce Congrès a été le dernier du genre avant les élections municipales. Combien, selon vous, de maires sortants brigueront un nouveau mandat ?
« Ce Congrès s’est déroulé dans un contexte très particulier : la situation internationale, le vote ou non du budget au niveau national, et nous sommes en effet en fin de mandat. Et le mandat 2020-2026, c’est un mandat que je n’ai jamais vu. D’ailleurs, nous ne savions pas quand il allait commencer, parce qu’à 3 jours des élections en 2020, on ne savait pas s’il allait avoir lieu. Et on finit aujourd’hui avec, encore une fois, une petite incertitude sur la date de l’élection. On pense que ce sera les 15 et 22 mars, mais on s’interroge encore sur des législatives anticipées. Aussi les élus qui achèveront ce mandat, ce seront des élus particuliers. Ce seront des élus qui auront vraiment le cuir dur ! Être maire entre 2020 et 2026 et se représenter, c’est sûrement la démonstration d’un savoir-faire, mais aussi de nerfs solides et d’un grand sens de la responsabilité !
Sur les intentions de se représenter, c’est environ la même proportion qu’en 2020, soit 60/40. Mais nous n’avons jamais eu autant de démissions de conseillers municipaux. Nous avons aujourd’hui une partie, sûrement majoritaire, de communes qui finissent le mandat avec des équipes qui ne sont pas au complet. On trouvera des femmes et des hommes qui seront maires de leurs communes. Mais l’association des maires doit aider les maires à encore mieux travailler avec leur équipe municipale et à la motiver. Nous devrons arriver à constituer des listes qui travailleront pour l’avenir de nos communes. Parce que, de toute façon, il y a une chose claire aujourd’hui, toutes nos populations veulent de la proximité. Et la proximité, ça ne passe bien sûr que par la commune ! »
Propos recueillis par Xavier Grizot





