Les femmes victimes de violences conjugales concernent toutes les tranches d’âge et toutes les classes sociales. Une femme sur 4 victime de violences conjugales a moins de 25 ans et 89 % des affaires signalées concernent des femmes avec enfant. Les situations sont multiples et nécessitent des réponses variées. Force est de constater qu’on critique trop souvent l’absence de solutions. En voici une que nous expose Pascal Chapelon, agent général AXA et président la fédération nationale des agents généraux qui exercent sur le marché français. Une fédération qui compte 8 500 adhérents.
Qu’est-ce qui vous a poussé à intégrer la Garantie Violences Intrafamiliales dans vos contrats ?
Pascal Chapelon : « Nous sommes un acteur majeur de l’assurance en France. Notre métier, c’est la protection de tous. Prendre en compte et répondre aux vulnérabilités de la société est une de nos priorités. Le nombre de victimes de violences conjugales croît chaque année de 10 %. Entre 2016 et 2023, il a même doublé. L’écrasante majorité des victimes sont des femmes. Des femmes dont, bien souvent, le domicile devient pour elles le lieu le plus dangereux. Et 40 % des victimes n’ont eu aucune solution de relogement ou d’hébergement… ».
Et c’est justement sur la notion de domicile que vous intervenez ?
« Absolument. Mais la mise à l’abri des victimes est compliquée quand on sait que 90 % des femmes victimes de ces violences retournent sous le même toit que leur mari… Très concrètement, nous avons mis en place depuis le 1er avril dernier, sur le plan national, un dispositif qui vise à trouver une solution de relogement dès le premier jour où la femme victime de violences décide de quitter le domicile conjugal.
Aujourd’hui, quand on signe un contrat d’assurance habitation, il y a une garantie de relogement exclusivement liée à la notion de sinistre comme le dégât des eaux, l’incendie, une catastrophe naturelle… Avec Guillaume Borie, le PDG d’AXA, nous nous sommes posés la question : pourquoi ne pas extrapoler cette notion de relogement au sujet des violences intrafamiliales ? C’était une bonne question et il ne nous a pas fallu longtemps pour mettre en place le processus qui déclenche cette disposition de relogement ».
Le plus difficile, c’est le repérage, la détection. Comment faites-vous ?
« Parfois, cela peut-être tout simplement auprès de nos clients. Une femme sur dix, en France, a été, est ou sera victime de violences conjugales. Cela tendrait à penser que chacun d’entre nous pourrait connaître ou avoir entendu parler d’une femme victime de violences. Il m’est arrivé, parfois, de recevoir des femmes avec des poignets bleutés, des traces sur les joues. Cela pose évidemment question…
La violence conjugale, elle n’est pas seulement physique. Elle peut être psychologique ou encore économique. Je me souviens d’avoir été alerté par un ami pharmacien qui m’a fait part, dans une discussion, de la détresse d’une femme qui ne pouvait plus aller chez son pharmacien sans son mari. Lequel lui avait confisqué tous ses papiers. Le hasard a voulu que cette femme était cliente de notre cabinet. Je l’ai mise en relation avec un avocat qui a permis la mise en place d’une procédure d’éloignement.
Mais là j’évoque quelques cas isolés et les citoyens que nous sommes ont la responsabilité de ne pas détourner le regard, faire comme si nous n’avons rien vu… L’essentiel des informations provient des services d’urgence dans les hôpitaux, des services sociaux, des associations, des médecins généralistes… ».
Mais vous n’avez pas accès à ces informations ?
« Effectivement. Mais ces informations circulent, à l’échelle des communes, dans un réseau, le réseau VIF dont nous sommes désormais partenaire, qui est une structure qui lutte contre les violences intrafamiliales ».
Une personne qui n’est pas assurée par AXA peut-elle quand même bénéficier de son soutien ?
« Quelqu’un qui n’est pas assuré en bénéficiera mais pas sous la forme de garantie de relogement proposée dans nos contrats. On déclenchera un autre processus en lien avec le réseau VIF pour mettre la personne en sécurité. Je vais vous donner l’exemple de Chalon-sur-Saône où est le siège de mon cabinet. Les 4 appartements gérés par les cellules d’accueil d’urgence dépendantes des structures publiques, essentiellement mis à disposition par des bailleurs sociaux, sont occupés tous les jours de l’année ».
Concrètement, que proposent vos contrats à l’adresse de vos assurés ?
« Pour protéger le plus grand nombre, la couverture de notre contrat Ma maison a évolué pour accompagner juridiquement et mettre en sécurité les victimes de violences conjugales. Nous sommes la seule compagnie en France à avoir franchi cette étape en intégrant cette nouvelle garantie. Une garantie qui comprend deux volets : un accompagnement juridique, psychologique et financier, délivré par les juristes Juridica, formés à l’accompagnement des victimes de violences et un relogement d’urgence sur une durée de 7 jours pour la victime, accompagnée le cas échéant de ses enfants, afin de lui permettre d’effecture les démarches nécessaires et de trouver une solution de relogement plus pérenne, délivré via la cellule dédiée AXA Assistance.
La garantie de nos contrats portent donc sur une durée d’occupation limitée. Mais nous nous laissons la possibilité de proroger le temps de prise en charge en fonction des situations.
Au terme du relogement, l’idée, c’est d’enclencher une assistance par le biais de la protection juridique qui accompagnera la plaignante jusqu’au procès éventuel. On voit bien que les assureurs que nous sommes peuvent déclencher, à travers le contrat, différents outils utilisés également dans d’autres cas de figure qui relèvent de nos missions d’urgence. On peut dire que nous sommes investis d’un véritable rôle social. Nous avons tout simplement décidé d’aller encore plus loin sur ce sujet. Et c’est un sujet sur lequel nous avons la prétention d’affirmer que nous avons une véritable expertise sur tout ce qui touche au relogement d’urgence ».
Vous ne pourrez pas empêcher certains d’y voir une belle opération de com… ?
« Je ne pense pas. Ceux qui nous connaissent savent que voilà déjà un moment que nous travaillons avec de grandes associations nationales d’aide et de protection qui sont en place pour soutenir les victimes. Depuis 2015, AXA est engagé contre les violences faites aux femmes via le dispositif « Elles’s Angels » qui accompagne des femmes victimes de violences sur le plan juridique et financier avec le soutien d’une équipe de juristes engagés et spécialement formés. Nous ne sommes qu’un maillon dans cette chaîne de solidarité ».
Propos recueillis par Jean-Louis Pierre





