De l’année 1981, Cornelia Caseau-Gürtler ne retiendra que deux événements. Certes il y a eu la première élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, l’abolition de la peine de mort en France, la disparition de Georges Brassens… mais c’est avec beaucoup de spontanéité qu’elle évoque d’emblée son arrivée à Dijon et… sa découverte de l’Inde. Il y a, selon un article très sérieux intitulé « Le syndrome de l’Inde », deux catégories de personnes : celles qui adorent l’Inde et les autres qui la détestent. Cornelia fait partie de la première. Explications.
Eté 1981. C’est la découverte de l’Inde. Avec un sac à dos. Du nord au sud. Pour le plaisir. New Delhi, Bombay, Madras… Cornelia Caseau-Gürtler est tout simplement fascinée. Richesse des traditions. Beauté des sites. Kaléidoscope de couleurs, de sons, de parfums. Et puis le sourire, la gentillesse des gens. Les palais des Maharadjas, les temples, le patrimoine architectural… Et ce mysticisme ambiant. Mais il y a aussi le choc : la misère et la détresse qui vous sautent au visage, la mort qui frappe les plus vulnérables en pleine rue. « On ne revient pas indemne d’un tel voyage » souligne-t-elle d’une voix grave. Il lui faudra patienter 34 ans avant d’y retourner…
Professeur à Dijon
Cornelia Caseau-Gürtler est née en Autriche, à 70 km à l’est de Salzbourg, dans une région de lacs. C’est à Vienne qu’elle fait des études brillantes. Pour mieux appréhender l’écrivain suisse romand Jacques Chessex, prix Goncourt en 1973 pour « L’Ogre », auquel elle consacre une thèse en littérature, elle postule à un poste de lectrice dans une université française. C’est à Dijon qu’elle signe, en 1981, un contrat de 2 ans. En 1984, c’est l’école de commerce de Dijon qui s’attache ses services comme professeur vacataire. En 2003, elle obtient le statut de professeur permanent avec la responsabilité de l’enseignement de l’allemand. Et en 2008, elle devient responsable du département Langues et Cultures.
Et l’Inde dans tout cela ? Toujours en bonne place dans le rayon de ses merveilleux souvenirs. Jusqu’en 2015… Jusqu’à ce qu’un de ses collègues viennent les raviver. Le directeur de la chaire en micro-finances est de nationalité indienne. Il lui propose d’intervenir dans une université pour femmes à Sonipat, dans le nord du pays. La magie et le charme opèrent à nouveau pour l’enseignante dijonnaise à l’énergie communicative qui est loin de laisser les étudiantes indiennes insensibles.
Mieux, Cornelia suscite le respect. Tout simplement parce qu’elle a gardé les pieds sur terre, sans doute parce qu’elle sait d’où elle vient et où plongent ses racines. Essayer de comprendre, sans relâche, la complexité des êtres et des choses, c’est son credo. Toujours à hauteur d’homme et de femme. Sans posture ni jugement. Une façon bien à elle de voir le monde, de le décoder et de le commenter avec une langue toujours précieuse et précise… et un délicieux accent germanique.
L’intervention à Sonipat appelle d’autres missions professionnelles en Inde. 2016, 2018, 2019, 2023, 2024… Les thématiques sont variées : valeurs humaines au service d’une marque, gouvernance, RSE, crowdfunding, défi éthique et performance financière… et même brassage de la bière lente en Autriche, chocolat et développement durable…
Ses interlocuteurs apprécient son expertise mais aussi son humanité et sa simplicité, qualités aussi discrètes qu’essentielles dont devraient se parer tous ceux qui, du haut de leur chaire ou de leurs pupitres, donnent de bien arrogantes leçons… Pour preuve, ces nombreux trophées qui occupent tout un rayon de la bibliothèque de Cornelia : « Certains diront que c’est un peu kitch, pas forcément très beau, mais pour moi c’est très gratifiant. C’est à la fois un honneur et un bonheur » explique cette femme au regard vif et intense, qui aime les mots et la manière de les dire, et qui s’exprime avec une délicatesse de luthière.
Ambassadrice du cassis
Mais les conférences et travaux de Cornelia Caseau-Gürtler ne se sont pas concentrés seulement sur l’Inde où elle exerce la fonction très honorifique d’ambassadrice du cassis de Dijon et des liqueurs françaises avec la complicité de son mari, Jean-Dominique Caseau, l’ancien patron de l’Héritier-Guyot et de Lejay-Lagoute. L’enseignante dijonnaise qui a entrepris un cycle de conférences en France sur l’entreprise et le sacré, est intervenue plus de 70 fois dans le monde entier. Aux Etats-Unis, dans le Colorado, à Bratislava, Bucarest, Budapest, Prague, Copenhague, Oxford, Fès, Casablanca, Helsinki, Shangaï, Katmandou… Sans oublier de nombreuses visios avec Bâton-Rouge, en Louisiane, Hambourg, Lisbonne…
Toujours aussi respectueuse des usages, Cornelia a acquis au fil de ses voyages une certitude : c’est le regard des autres qui nous instruit généralement le mieux de ce que nous sommes.
Jean-Louis Pierre





