Alain Morino-Ros : « Agir vite pour le cerveau ! »

La Journée mondiale de l’AVC s’est déroulée le 29 octobre dernier. L’association France AVC 21 était présente, à cette occasion, dans le Hall du CHU de Dijon pour une grande opération de sensibilisation avec des neurologues, des médecins urgentistes et le personnel infirmier de l’USINV (Unité de soins intensifs neuro-vasculaires). L’occasion de donner la parole au président de cette association, Alain Morino-Ros, qui n’a de cesse de se mobiliser contre ce fléau.

Agir vite pour le cerveau, tel est en substance le message principal que votre association, dans son rôle de sensibilisation, distille au quotidien sur le département…

« Il faut rappeler que l’AVC représente la 2e cause de décès chez l’adulte, la 1re cause de handicap acquis et la 2e cause de démence après Alzheimer ! Il ne faut pas oublier non plus toutes les séquelles que l’on ne voit pas chez les gens qui ont fait un AVC. Aussi le premier des trois objectifs de notre association est, en effet, l’information-prévention.

C’est bien évidemment capital et, pour ce faire, nous multiplions les opérations. Nous sommes ainsi présents grâce à des stands sur de multiples événements, à l’instar du marché de Dijon. Nous organisons également des réunions grand public, auxquelles participent des neurologues ou des médecins urgentistes du CHU de Dijon. Je présente aussi les dangers de l’AVC auprès des collégiens, des lycéens, etc. Nous avons également réalisé différents objets de communication, à l’image de 30 000 sacs à baguette distribués durant un mois par trois boulangeries dijonnaises ou encore l’affichage sur la moitié du parc de bus de la métropole ».

Vous informez également sur les facteurs de risque ?

L’AVC n’est pas une pathologie qui s’installe comme les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson par exemple. L’AVC intervient d’un coup, c’est brutal, comme le prouve la première lettre de l’acronyme : Accident. Aussi faut-il identifier les facteurs de risque : l’hypertension artérielle, l’arythmie cardiaque, l’apnée du sommeil, le cholestérol, la sédentarité, l’obésité, l’absence de pratique sportive, le tabac, l’alcool, le cannabis… Il n’est pas nécessaire de cocher tous les facteurs de risque, un seul suffit pour déclencher un AVC. Il existe une application afin de connaître ces éventuels facteurs de risque : le Riskomètre de l’AVC. C’est un outil gratuit très facile d’utilisation… »

La réactivité est la clef, mais ce n’est pas toujours simple…

« Sachez aussi que dans 80% des cas, il n’y a aucune douleur. Lorsque l’on n’a pas mal, on réagit mal… Je ne vois pas bien, je vois trouble, je vais attendre alors que c’est tout le contraire qu’il faut faire. Lorsqu’un AVC se déclenche, la réactivité doit être totale. Il faut intervenir tout de suite. Car il faut savoir que l’on perd 2 millions de neurones à la minute dès l’apparition des symptômes. Toute minute perdue l’est définitivement et le compte à rebours ne commence pas à l’arrivée à l’hôpital mais au moment où se déclenche l’AVC. C’est le message essentiel que je veux faire passer ! »

Quel doit être le premier réflexe lorsque l’on ressent les symptômes de l’AVC ou lorsque l’on assiste à un AVC ?

« Il faut faire tout de suite le 15 ou le 112, le 114 pour les sourds et malentendants. Une opératrice vous répond et vous passe le médecin régulateur. Il ne faut alors jamais omettre même un signe qui pourrait être anodin. Si un AVC est avéré, celui-ci met en place la filière AVC et vous serez entièrement pris en charge. L’imagerie intervient dans un centre hospitalier. Et les neurologues de garde à Dijon, où est l’expertise, peuvent alors intervenir… Le télé-AVC fonctionne très bien. Des progrès considérables ont été fait ces 25 dernières années. Mais il faut, comme je le répète, toujours agir dans les plus brefs délais ! »

Propos recueillis par Xavier Grizot

 

Pour toutes informations, vous pouvez écrire à associationfranceavc21@gmail.com

 

Dr Yannick Béjot : « L’AVC concerne presque tout le monde »

Yannick Béjot, chef de service hospitalo-universitaire de neurologie au CHU Dijon Bourgogne et secrétaire général de la Société Française Neuro-Vasculaire, partage des points essentiels à connaître sur l’évolution de l’AVC et des services spécialisés dédiés à cette pathologie à Dijon.

Vous êtes chef de service à l’Unité de Soins Intensifs Neuro-Vasculaires (U.S.I.N.V) au CHU de Dijon. Qu’est-ce que c’est ?

« C’est l’une des plus grandes unités dédiées à la prise en charge des patients, se situant dans la région Bourgogne et la Haute-Marne, souffrant d’un AVC à la phase aiguë. Elle est fonctionnelle, moderne et dispose actuellement de 15 lits. L’objectif est d’atteindre 20 lits d’ici 2025 ».

Que faut-il retenir de l’AVC ?

« L’AVC est un événement très brutal, qui survient en quelques secondes. Si vous ne réagissez pas, le cerveau se nécrose par manque d’oxygène entraînant de graves complications médicales. Il est donc crucial d’agir rapidement pour augmenter les chances de guérison. La prévention reste le meilleur traitement ».

Qu’est-ce que l’association France AVC 21 ?

« C’est une association créée en 2003 à Dijon, qui aide les patients victimes d’AVC et leurs familles. Les locaux se trouvent au Centre de Rééducation Fonctionnelle DIVIO, au 12 rue Saint-Vincent de Paul à Dijon mais l’association se déplace aussi pour mener des actions de prévention dans les établissements scolaires, sur les marchés et dans les villes voisines ».

Comment l’AVC tend-il à évoluer dans le temps ?

« Aujourd’hui, l’AVC concerne presque tout le monde. Le CHU de Dijon dispose du seul registre au monde fonctionnant de manière continue depuis 1985, ce qui nous permet d’observer son évolution au fil du temps. Les chiffres restent globalement stables sauf chez les jeunes de 15 à 55 ans, où le nombre de cas a doublé en raison d’un manque de prévention et de nouveaux facteurs de risque modifiables que nous peinons à endiguer. Il est important de savoir qu’une femme a 7 fois plus de risques de faire un AVC si elle associe le tabac et la pilule contraceptive. À 80 ans, vous avez un risque sur 100 d’avoir un AVC chaque année contre un risque sur 10 000 à 30 ans. Au CHU, nous prenons en charge 1 500 personnes par an, un chiffre qui devrait augmenter d’ici 2050 avec le vieillissement de la population ».

Propos recueillis par Julia Gounin

 

Dr Guy-Victor Osseby : « Le meilleur traitement reste la prévention »

Même si de nombreux progrès ont été réalisés dans la prise en charge de cette pathologie grâce à des traitements efficaces qui réduisent les séquelles, la prévention doit rester au cœur de la politique de lutte contre les AVC. L’objectif aujourd’hui est de connaître les moyens de prévenir cet accident pour mieux le combattre. Le Docteur Guy-Victor Osseby, neurologue, responsable de l’Unité de Soins Intensifs Neuro-Vasculaires (U.S.I.N.V) au CHU de Dijon et trésorier de l’association France AVC 21, nous explique.

Qu’est-ce qu’un AVC ?

« L’AVC est un accident vasculaire cérébral qui comprend deux types. Le premier, l’AVC ischémique, survient lorsqu’un caillot bouche une artère, ce qui représente 85 % des AVC. Le second, l’AVC hémorragique, survient lorsqu’un vaisseau dans le cerveau se rompt, représentant 15 % des AVC avec 45 % de décès dans l’année ».

Quelles sont les causes d’un AVC ?

« Il existe deux principales causes de formation d’un caillot pouvant provoquer un AVC. La première est liée au cœur lorsque des battements irréguliers favorisent la coagulation et créent un caillot pouvant migrer vers le cerveau. La seconde est liée à un vaisseau obstrué par une plaque d’athérome due à un dépôt de cholestérol, favorisée par des facteurs de risque modifiables, créant ainsi un caillot qui se dirigera vers le cerveau ».

Quels sont les symptômes d’un AVC ?

« L’AVC survient brutalement, bouleversant la vie de la personne, d’où le terme « accident ». Des symptômes tels que la paralysie d’un bras, du visage, d’une jambe, des troubles de la parole, de la compréhension, des difficultés à articuler, une amputation du champ visuel, des maux de tête inhabituels ou des troubles de l’équilibre, peuvent apparaître en quelques secondes ».

Comment éviter des récidives ?

« En identifiant les causes de l’AVC, nous mettons en place des traitements et un suivi régulier par un neurologue et le médecin traitant. Cependant, le meilleur traitement reste la prévention ».

Y a-t-il un bon réflexe à adopter en cas d’AVC ?

« Agir vite en appelant le 15. Ce service travaille en collaboration avec l’Unité de soins intensifs neuro-vasculaires du CHU de Dijon ou de Chalon-sur-Saône, dédiée à la prise en charge des patients souffrant d’un AVC en phase aiguë ».

Propos recueillis par Julia Gounin