Emmaly : « La technique me transcende »

Après Ramya Chuon et Skima, place à Emmaly ! Avec la ligne éditoriale culturelle qui est la nôtre – le soutien aux artistes locaux –, comme nous avions pu le faire en publiant « L’Art en Partage » lorsque les créateurs ne pouvaient plus exposer durant le Covid, nous poursuivons l’accueil en résidence… dans nos colonnes. Nous vous proposons une interview (légèrement décalée) du sculpteur dijonnais particulièrement en phase avec son époque.

Pourquoi l’art occupe-t-il une place si importante dans notre existence ?

« J’ai baigné dans le monde artistique. Mais je suis surtout venu à l’art en travaillant la technique, la matière, en maniant les outils. C’est ce qui me transcende. C’est devenu une passion plaisir. La demande crée l’envie et cela devient grisant ! »

Selon vous, comment définiriez-vous un chef-d’œuvre ?

« Il y a deux dimensions. Il est nécessaire de distinguer son chef d’œuvre personnel et la réalisation qui, aux yeux des autres, est qualifiée comme un chef d’œuvre. Dans les deux cas, c’est une œuvre d’exception. Au regard des autres, le chef d’œuvre interpelle l’esprit, donne une résonance dans le corps qui entraîne des vibrations positives… Quant à l’artiste, chaque fois qu’il réalise quelque chose, il tend naturellement quelque part vers le chef d’œuvre… mais, malgré tout, une œuvre particulière se distingue. Par exemple, à mes yeux, ma libellule est très compliquée à réaliser, que ce soit techniquement, en fabrication, en finition. Je trouve que c’est une pièce de musée… La complexité y participe mais, paradoxalement, une œuvre facile à faire deviendra, qui sait, un chef d’œuvre pour les autres ! »

De quelle œuvre êtes-vous le plus fier ?

« La Chambertine, sans hésitation aucune, et cela a à voir à nouveau avec le défi technique. Et là on atteint le paroxysme avec la création de cette grappe de raisins contemporaine. Avec toutes ses facettes, elle est particulièrement complexe… »

Si vous pouviez sculpter n’importe quelle figure historique, qui choisiriez-vous ?

« Je ne vais pas choisir un personnage mais j’adorerais dessiner un symbole historique : la Marianne. Ce serait un vrai défi et, je dois vous avouer, que j’y pense depuis quelques temps ! »

Si vous pouviez passer une journée dans la peau d’un autre artiste local, qui choisiriez-vous ?

« Etant un très mauvais dessinateur, j’aimerais passer ma vie dans la peau d’un peintre. Et je choisirais Skima car il a un coup de patte exceptionnel. Je suis intrigué par ce qu’il fait, par la pertinence de son travail ! »

Quel est l’objet le plus insolite dans votre atelier et quelle histoire se cache derrière ?

« Un fil à plomb qui m’a permis de réaliser des agrandissements de certaines œuvres avec le compas d’agrandissement. Le côté vertical de ce fil à plomb me pousse toujours à me tirer vers le haut ! »

Si vos œuvres d’art pouvaient parler, que diraient-elles à leurs spectateurs ?

« Regardez-moi, contemplez-moi, vous comprendrez la patience et le temps passé par l’artiste et le cœur qui a été le sien pour me façonner ».

Si vous pouviez inscrire un message caché dans chacune de vos œuvres, quel serait-il ?

« Prenez plaisir à me regarder ! »

Pensez-vous que la célèbre formule d’André Malraux sur la démocratisation de la culture soit encore d’actualité aujourd’hui ?

« Beaucoup de gens n’osent encore pas pousser la porte car ils pensent que les expositions ne sont pas à leur portée. Ils se privent de belles créations, de découvertes… »

Cela fait 17 ans que vous avez débuté dans la sculpture, que peut-on vous souhaiter pour les 17 prochaines années ?

« Encore beaucoup de créations, de surprises pour les amateurs… Et de conserver la passion qui est la mienne dans la création ! Le fait de ne pas vivre que de cela crée ma force, car je peux faire en fonction de mes aspirations du moment. Vous savez, on dit que des artistes ont des périodes. Pourquoi ? Si quelqu’un ne fait que cela – souvent d’ailleurs il donne des cours pour des raisons pécuniaires –, il est dedans en permanence. Et, en fonction des événements intervenant dans sa vie, dont les plus terribles, cela influera dans ses œuvres. Toutes les émotions qu’il ressent vont se traduire dans ses œuvres. Moi, lorsque ce n’est pas le moment, je ne crée pas ! »

Quel super-pouvoir aimeriez-vous avoir pour améliorer votre art ?

« J’aimerais pouvoir faire des journées de 48 heures en 24. J’ai tellement de choses à faire, le temps file trop vite ! »

 

 

Emmaly : Le Bob Dylan de la sculpture

Le sculpteur dijonnais Emmaly

« Le but de l’art est d’arrêter le temps ! » Bob Dylan ne nous aura pas laissé que des titres de légende, comme Hurricane ou J want You, quelques-unes de ses citations ont aussi franchi le temps sans prendre une ride. Et celle-ci ne laissera pas indifférent l’artiste dijonnais Emmaly, qui, comme vous avez pu le voir dans son interview ci-contre, aimerait pouvoir effectuer une pause temporelle… Le talent de poète de ce génie américain du Rock est mondialement connu mais celui-ci fut aussi peintre et sculpteur à ses heures perdues.

Et comme il est ici question de sculpture, cette citation du Prix Nobel de Littérature nous a semblé une belle dédicace. Ayant également les arts réunis dans les gènes, Emmaly, que nous accueillons cette année en résidence dans nos colonnes, appréciera, sans conteste, cette référence à une star qui a fait du « changement permanent » sa ligne de vie. Car, Emmaly a su lui aussi évoluer. C’est avec son bestiaire animalier qu’il a fait son chemin…

Il y a 17 ans, il se lançait avec un escargot (de Bourgogne évidemment) et depuis, pour rester dans la dimension temporelle, les choses se sont accélérées à une vitesse qui n’a rien à voir avec celle du gastéropode. Ses chouettes (Dijon oblige cette fois) ont pris leur envol et leurs formes se sont également modifiées avec le temps. La dernière en date, qui peut être traversée par le regard, « L’entrevue mystérieuse », ne vous laissera pas indifférent…

Mais nous aurions pu tout autant évoquer ses ours (nous sommes tout de même sur les terres de François Pompon !), ses taureaux, ses chats, ses manchots, ses cobras, ses toucans ou encore ses gorilles… Et la liste est loin d’être exhaustive ! Avec ses animaux, en bronze ou en résine, Emmaly a su montrer toute l’étendue de sa technique pour façonner et donner vie à la matière. Dans une belle modernité, avec des lignes des plus contemporaines…

Les champs du possible

Avec son bestiaire, il s’est inscrit sur les traces de son père, le sculpteur Michel Couqueberg (sa mère Marie-Claire étant également pastelliste)… Emmaly a su aussi quitter le monde animal et sortir de sa zone de confort avec, par exemple, son golfeur stylisé (Golfy) ou encore, dernièrement, sa Chambertine, une grappe de raisin (arrivée à belle maturation) que les clients, d’ici et d’ailleurs, de l’Hostellerie du Chapeau Rouge, doublement étoilée, peuvent déguster à sa juste mesure…

Il se murmure au demeurant qu’une de ses Chambertines (de taille) pourrait prochainement bénéficier des projecteurs du Tour de France dans une commune où passera la Grande Boucle. Une réalisation qui sera, elle aussi, en phase avec son temps (on y revient) puisqu’elle devrait être éco-responsable à plus d’un titre. Et celle-ci, dans sa conception, sera une première en France !

Conservant le côté créatif et manuel pour ses œuvres, Emmaly n’a pas son pareil pour utiliser les techniques d’aujourd’hui afin d’imaginer de nouvelles voies et emprunter de nouveaux chemins. L’impression 3D, la stéréolithographie UV (impression de résine) ou encore le frittage de poudre élargissent les champs du possible. Cinq de ses œuvres réalisées grâce à la stéréolithographie UV ont ainsi été exposées au récent Salon national 3D Print à Lyon, réunissant l’ensemble des acteurs nationaux de ces nouvelles technologogies.

Dans son atelier-showroom à Cuiserey, que vous pouvez visiter sur rendez-vous, vous pourrez vous apercevoir de toute l’étendue de son talent. Que vous soyez particulier ou professionnel (il propose une location de 40 de ses modèles pour les entreprises sur 12 à 48 mois), vous trouverez votre bonheur. Et, qui sait, vous fredonnerez Bob Dylan en franchissant la porte…

 

Atelier Galerie d’Emmaly
18 rue de Mirebeau
21310 Cuiserey
Visite sur rendez-vous uniquement
06 64 87 88 39
emmaly.fr