Institut Agro Dijon : Bourguignon ou franc-comtois ?

Dire que l’avenir de l’Institut Agro Dijon pose nombre de questions actuellement représente un euphémisme. Intégrera-t-il le futur Établissement public expérimental Université Bourgogne Europe ou bien celui de Franche-Comté ? Là est toute la question. L’élu dijonnais Denis Hameau, particulièrement impliqué sur ce dossier, revient sur la dernière réunion du 10 janvier…

S’il est un sujet qui alimente les conversations aujourd’hui dans l’enseignement supérieur, c’est bien la constitution de l’Université Bourgogne Europe, autrement dit le nouvel EPE (Établissement public expérimental) qui verra le jour en 2024. Une évolution qui lui permettra, rejoint par de nombreuses autres structures, de jouer dans la cour des grands… à l’échelle européenne et internationale.

Sont, en effet, d’ores et déjà inscrits dans cette démarche avec l’uB 11 établissements : l’école de commerce BSB, les écoles d’ingénieurs CESI, ESEO et ESTP, l’École supérieure de musique (ESM), l’École supérieure des arts appliqués de Bourgogne (ESAAB) basée à Nevers, Sciences Po Dijon, le CHU Dijon Bourgogne, le Centre Georges-François Leclerc (CGFL), le CROUS BFC et les discussions sont en cours pour l’École nationale supérieure d’art (ENSA)… Si bien que cette entité de taille représentera 40 000 étudiants, 1 600 chercheurs et enseignants-chercheurs, 32 laboratoires, 13 000 emplois et un budget cumulé dépassant les 1,3 milliard d’euros !

Cela fait suite au départ de l’uB et de BSB de la ComUE (communauté d’universités et d’établissements) qui s’est elle aussi, sur demande du ministère de l’ESRI, lancée dans l’aventure d’un EPE avec l’Université de Franche-Comté (uFC)

Au moment de la présentation des membres de cet EPE franc-comtois, le fait que l’Institut Agro Dijon y figure alors que rien n’avait été voté au sein de son conseil d’école ne fut pas du goût de Dijon. Comme le souligne l’adjoint délégué à l’innovation, Denis Hameau, « l’Institut Agro Dijon qui partage 100% de sa recherche avec l’uB a véritablement vocation à intégrer l’EPE Université de Bourgogne Europe ».

« Il n’y a pas photo ! »

Et d’expliquer : « Je suis intervenu dès cet été sur ce dossier et le vote de son intégration dans l’EPE bisontin n’a pas eu lieu. Avant, la politique de site, autrement dit les financements des projets stratégiques, était portée par l’ancienne ComUe. A partir de 2025, chaque EPE portera logiquement la politique de site en fonction de ses projets. Si bien que le pilotage régional, depuis Besançon, sur lequel s’est appuyé l’Institut Agro Dijon pour suivre l’Université de Franche-Comté, ne tient pas ».

L’élu dijonnais et conseiller régional a demandé de pouvoir disposer, lors d’un conseil d’administration de l’Institut Agro Dijon, d’une analyse sur l’intérêt stratégique de son positionnement dans l’un ou l’autre des 2 EPE. Cette réunion s’est déroulée le 10 janvier dernier. « A cette occasion, le président de l’uB, Vincent Thomas, a présenté un important travail très professionnel dévoilant tous les enjeux de l’EPE Université Bourgogne Europe qui est excellemment positionné sur 4 axes stratégiques : transitions technologiques, matériaux intelligents et durables ; terre, environnements, aliments et climats; approche systémique et intégrée de la santé ; arts, cultures et humanités dans la société », a détaillé Denis Hameau.

Non sans développer : « Cette présentation a clairement montré que l’Institut Agro Dijon ne pourra que se renforcer en terme de formation et de recherche sur les 10 ans à venir en intégrant l’EPE Université Bourgogne Europe. Le monde économique présent lors de cette réunion a aussi insisté sur le fait de ne pas détricoter l’alliance de l’uB avec l’Institut Agro Dijon et la force de la marque Burgundy.

Je n’oublie pas la qualité de vie des étudiants pour laquelle nous avons reçu un prix de L’Étudiant en janvier 2024 et où 95% des jeunes se disent satisfaits. Alors que dire de la dégradation pour les 1 300 étudiants de cet établissement qui ne pourront plus profiter pleinement des services locaux de la vie étudiante s’ils se dirigent vers Besançon ! Les étudiants ne vont pas faire une heure de train pour aller faire du sport alors que le stade est juste derrière leur campus à Dijon ! »

Et Denis Hameau de regretter « la grande faiblesse – pas d’adhésion des établissements, pas de gouvernance, pas de statuts…– du projet de l’EPE Université de Franche-Comté présenté par Lamine Boubakar, administrateur provisoire de la ComUe » : « Il n’y a vraiment pas eu photo ! L’intérêt stratégique pour l’Institut Agro Dijon s’est imposé de lui-même. Je suis confiant car je crois que la gouvernance de l’Institut Agro national l’a bien compris. Et, de notre côté, nous continuerons d’être ouverts à la coopération avec l’EPE bisontin qui reste à construire mais extrêmement vigilants sur ce dossier ». Une nouvelle réunion en mars est d’ores et déjà programmée… Dossier (supérieur) à suivre !

Xavier Grizot