Un Noël à l’oreille cassée

La planète a beau se déchirer sans observer la moindre trêve, il existe une boîte à outils et un abreuvoir universels, reliant les êtres entre eux. Même en plein désert de Gobi, sous les yourtes des quelque 300 cents nomades qui persistent à observer leurs modes de vie ancestraux ! Vous donnez votre langue au chat ? Premier indice : à la lecture de ces lignes, est-ce que l’oreille vous gratte ? Deuxième caillou façon « Petit Pousset » : un truc rouge vient de vous atterrir sur la tête. Troisième caillou indicateur : en sortant la poubelle comme un dératé, votre voisin – investi de la même corvée – vous a filé un tacle digne de Robert Pirès. Quatrième indicateur : que vous soyez pygmée, businessman ou écrivain balzacien, c’est ce qui redonnera du peps au cours d’une journée de labeur. Cinquième repère : ce bidule vous branche 24 heures sur 24. Trouvé ? Aucune idée ? Soyons bon prince, on vous donne les résultats du quinté dans le désordre : le Smartphone, le foot, la canette de Coca-Cola, le Nescafé et… l’incontournable Internet. Faute de perspective spirituelle ou mentale, l’homo sapiens « dévitalisé » a intérêt à ne jamais se séparer de ces cinq dopants qui réglementent et guident le quotidien.

Alors, lorsqu’il y a des ratés dans tous ces circuits de productions, l’âme occidentale se sent en perdition. C’est ainsi que le rebond du Covid en Chine fait se dresser la perspective d’un Noël sans le mirifique iPhone 14 du géant américain Apple. Sans aucun doute, cela constitue un drame pour des centaines de milliers d’ouvriers chinois : la pandémie perturbe leur existence de manière bien plus prégnante que dans les régimes démocratiques. Mais, pour nous est-ce si grave? Les sbires de Xi Jimping ont changé le statut de des cités-usines de Zhengzhou ou Foxconn ou autre en milieux carcéraux : la majorité des iPhone 14 du géant américain Apple y est fabriquée… Les travailleurs de ces gigantesques complexes « iPhone City » ont osé se mettre en grève au prix de leur vie, afin de briser un enfermement covidien assorti d’une absence totale de liberté de penser ou de se déplacer.

Côté américain ou occidental, égoïstement les patrons d’Apple, les geeks tout comme individus des classes moyennes supérieures s’affligent déjà de devoir passer les fêtes sans « le » joujou préféré, sans le coton-tige iPhone 2022 ! En somme, la guerre en Ukraine, l’inflation galopante, les carences en ressources énergétiques ainsi que les très graves troubles en Chine (ou ailleurs), bref c’est toute cette actualité-là qui devrait nous remettre sur le chemin de la réflexion, incitant à méditer sur la réalité « diminuée » de l’époque qui rend les sapins de Noël moins verts, moins rutilants, voire même urticants ! Déjà est annoncée une chute de la production de quelque 6 millions d’iPhone ou i Pad d’ici à la fin décembre. Ouille-ouille ! Noël 2022 va nous faire le coup du Bonhomme de Neige à l’Oreille cassée (le génie de Van Gogh en moins). Histoire d’oublier les nuisances sonores de l’époque, s’offre encore à nous l’opportunité de nous faire offrir un magnum millésimé de Coca, une machine à expresso à moteur hybride, un fil en or à la patte nommé Tik Tok etc. Ou …

Ouiii ! Un séjour à Doha, au Qatar afin de vivre à fond la caisse des fêtes de fin d’année post Coupe du Monde. La chose fait fureur dans les agences de voyages des grandes métropoles françaises. Tout est proposé « all inclusive » : au pied du sapin des hôtels, vous trouverez même des « Emir sarouels », des pantalons chics élégants - mais où sont les femmes ? – « pensés pour des hommes modernes qui veulent se vêtir autrement », affirme la pub qatari. Fi de la folie ambiante. Pourquoi le 24 décembre au soir, ne pas se retrouver tout simplement en famille ou entre amis pour rallumer la voie lactée ainsi que l’étoile du Berger ?

Marie-France Poirier