Tentative de suicide : Un dispositif régional VigilanS au CHU de Dijon

Depuis le 28 juin dernier, le CHU Dijon Bourgogne dispose d'un nouveau dispositif régional de veille post hospitalière des patients ayant fait une tentative de suicide: VigilanS.

Traverser une crise suicidaire et tenter de mettre fin à ses jours n’est pas sans conséquence. Les personnes concernées évoquent souffrir encore davantage de la culpabilité ressentie et du regard désapprobateur des proches. Dans plus de deux tiers des cas, les personnes ne sont pas hospitalisées plus de 24 heures, et seule une minorité d’entre elles s’engagent dans des soins spécialisés après leur retour à domicile.

C’est pourquoi la survenue d’une tentative de suicide dans un parcours de vie multiplie par 20 le risque d’une autre tentative de suicide dans l’année, et par 4 le risque de suicide à terme. Une attention particulière centrée sur le maintien du lien avec ces personnes doit donc être apportée afin de limiter et prévenir la réitération suicidaire.

En France, le dispositif VigilanS procède de cette volonté. Il consiste en un système de recontact et d’alerte organisé autour des personnes ayant fait une tentative de suicide, articulé avec tous les professionnels concernés et les dispositifs de soins existants. Expérimenté par l’équipe du Pr Vaiva, à Lille, depuis 2015, VigilanS se déploie progressivement à travers la France depuis 2018. En Bourgogne - Franche-Comté, les départements du Jura, du Doubs et de la Saône-et-Loire étaient déjà couverts. Dorénavant, l’équipe VigilanS du CHU, en partenariat avec le Centre Hospitalier Pierre Lôo, à La Charité-sur-Loire, couvre les départements de la Côte-d’Or et de la Nièvre.

VigilanS, comment ça fonctionne ?

A la sortie d’un service d’urgence ou d’une structure de soins, toute personne ayant fait une tentative de suicide se voit proposer d’entrer dans le dispositif. Elle reçoit une carte ressource avec le numéro de téléphone qu’elle peut contacter en cas de besoin ainsi qu’une fiche d’information sur le dispositif.

L’équipe informe ensuite par courrier les professionnels de santé du cercle de soin de cette personne (principalement son médecin traitant) de son entrée dans le dispositif et programme une veille.

Cette veille dure 6 mois, durant lesquels l’équipe VigilanS garde le contact avec la personne grâce à des appels téléphoniques et/ou l’envoi de cartes postales et au-delà desquels la veille active s’arrête si tout va bien. En cas de nouvelle tentative de suicide, la personne réintègre le dispositif.

VigilanS c’est qui ?

Une équipe opérationnelle basée au CHU Dijon Bourgogne, composée :

-  D’infirmiers, infirmières au téléphone : ils-elles appellent les patients à des temps spécifiques, répondent aux appels entrants, font le lien avec les médecins traitants et les professionnels de santé intervenant auprès des patients, éventuellement avec leurs proches ou familles. A chaque appel, ils-elles évaluent le risque suicidaire et coordonnent les recours disponibles pour les personnes.

-  D’un médecin, d’un cadre de santé et d’une secrétaire, garants de la pertinence des interventions proposées et de la bonne articulation du dispositif avec l’offre de soins existante.

-  D’une infirmière en poste au CMP de Decize (58) qui assure un relais pour la communication, la mise en œuvre du dispositif et les actions de sensibilisation et de formation auprès des professionnels partenaires de la Nièvre.

Conduites suicidaires

En France, on estime à 200 000 le nombre de tentatives de suicide par an dont plus de 80 % arrivent aux Urgences. En 2017, 8 355 personnes sont décédées par suicide. En Bourgogne Franche-Comté, 3 678 recours aux Urgences pour TS ont été répertoriés en 2017, c’est-à-dire environ 10 recours quotidiens, et 5 tentatives de suicide pour 1 000 passages aux Urgences.

Le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide est plus élevé en Bourgogne - Franche-Comté que la moyenne nationale, faisant de notre région l’une des plus touchées en France avec la Bretagne, la Normandie et les Hauts de France.

Pourtant les décès par suicide sont des morts évitables : en France, entre 2000 et 2017, les morts par suicide ont régressé de 23%. Entre 2014 et 2017, la mise en place de VigilanS Nord-Pas-de-Calais s’est accompagnée d’une diminution de 10% des décès par suicide.

La prévention du suicide est donc un enjeu majeur de santé publique. C’est une priorité pour le ministère chargé de la Santé qui l’a inscrite dans l’action 6 de la Feuille de route santé mentale et psychiatrie de 2018.

L’objectif de la stratégie nationale de prévention du suicide consiste à mettre œuvre de façon coordonnée dans les territoires un ensemble d’actions intégrées de prévention du suicide qui sont :
- le 
dispositif VigilanS de maintien du contact avec la personne qui a fait une tentative de suicide ;

- la formation actualisée au repérage, à l’évaluation et à l’intervention de crise suicidaire ;

- les actions de prévention de la contagion suicidaire ;

- la mise en place du numéro national de prévention du suicide, le 3114.

 

Identifier les comportements suicidaires chez les jeunes

L’adolescence est une période de vulnérabilité psychique. Les tentatives de suicides ont nombreuses.
Le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans et la 5e cause de mortalité chez les moins de 13 ans. En 2016, 26 décès par suicide ont été enregistrés chez les moins de 15 ans et 352 chez les 15-24 ans.
Chez l'adolescent, les symptômes diffèrent de ceux de l'adulte.
Les filles manifestent leur souffrance plutôt par des plaintes concernant leur corps (douleurs) et par des atteintes à leur intégrité corporelle (
anorexie et boulimie, scarifications...)
Les garçons ont plus recours à la force et à la violence : conduites excessives et déviantes (
alcoolisationconsommation de drogues...), attirance pour la marginalité, prises de risque inconsidérées (vitesse sur les routes)...
Dans tous les cas, un changement brutal du comportement, la consommation fréquente de drogue ou d’alcool, les actes d’automutilation ou encore les propos suicidaires ne doivent jamais être pris à la légère.
D’autres facteurs favorisant des 
idées suicidaires peuvent se surajouter à cette fragilité : un isolement affectif, une rupture sentimentale, des échecs ou des conflits liés à la confrontation à l’autorité.
Ce mal-être induit des comportements qui doivent alerter : désintérêt pour le monde scolaire avec baisse des résultats scolaires, fugues, repli sur soi, avant qu'il n'aboutisse à une 
tentative de suicide.