Le prix de l’eau n’augmentera pas

C'est une bonne nouvelle ! Le prix de l'eau au robinet n'augmentera pas au 1er octobre prochain comme le prévoyait le contrat passé entre la Métropole et Odivea. Antoine Hoareau, adjoint au maire de Dijon et président de la société d'économie mixte qui garantit la qualité de l’eau, la préservation de la ressource et la protection des milieux récepteurs, explique les raisons de cette décision et revient sur la problématique de l'eau liée, entre autre, à la sécheresse.

Dijon l'Hebdo : Vous avez choisi la Joconde pour illustrer la grande campagne de communication sur l'eau avant le début de l'été... et juste avant la canicule qui s'est abattue sur la France. On peut donc dire que cette initiative est arrivée à point nommé ?

Antoine Hoareau : « Nous savions depuis le printemps que l'été allait être très compliqué au regard des années précédentes. Les premiers effets de canicule, nous les avons subis dès le mois de juin.

On sait, par ailleurs, grâce à des études commandées par le Comité de Bassin Rhône-Méditerranée-Corse, qu'on va vers des périodes de plus en plus délicates. Des périodes d'étiage où l'eau est moins disponible sur des périodes plus étendues, et plus avancées dans le temps par rapport à ce qu'on pouvait connaître précédemment.

Cette campagne avec la Joconde, dont on sait qu'elle parle à tout le monde, elle vise à sensibiliser le grand public à l'usage de l'eau. L'idée est de montrer que nous sommes, toutes et tous, très attachés à des œuvres inestimables qui font partie du patrimoine. Et que l'eau, elle aussi, est un bien inestimable et qu'il faut en avoir un usage précautionneux. La question de l'eau est absolument centrale dans le sens où c'est une ressource indispensable à la vie humaine ».

DLH : On peut lire sur cette affiche la recommandation d'adopter les bons gestes... Quels sont-ils ?

A. H : « Je le répète, l'idée, c'est de sensibiliser la population au fait que chaque personne, chaque foyer peut avoir un rôle à jouer. C'est, par exemple, mettre son lave-vaisselle, sa machine à laver en route seulement quand ils sont pleins... Prendre plutôt des douches que des bains... Couper le robinet quand on se brosse les dents... Ne pas laver sa voiture si c'est juste pour enlever la poussière... Ce sont des petits gestes du quotidien recommandés depuis des années déjà mais qu'il faut sans cesse rappeler car chacun a une véritable responsabilité dans l'usage de l'eau ».

DLH : Pensez-vous vraiment que ces messages de prévention fonctionnent efficacement ?

A. H : « Absolument. J'en veux pour preuve que la consommation moyenne d'un foyer de 4 personnes est passée de 120 m3 d'eau par an à 95 m3 en l'espace d'une vingtaine d'années. Je suis convaincu qu'on peut faire mieux. C'est pourquoi je milite pour qu'on puisse engager des réflexions autour de la récupération d'eaux usées dans les appartements et les maisons. Par exemple, tirer une chasse d'eau, c'est consommer entre 6 et 9 litres d'eau potable. Pourquoi ne pas faire en sorte que l'eau d'une douche puisse être utilisée par une chasse d'eau ? »

DLH : Le taux de rendement du réseau dijonnais est-il satisfaisant ? On peut évoquer ici ce dont souffrent toutes les collectivités, à savoir les fuites sur le réseau...

A. H : « Il est satisfaisant mais on peut encore mieux faire. En 15 ans, pour le réseau de Dijon, on est passé de 77 % de rendement à 85 %. La diminution des fuites passent par d'importants investissements pour entretenir et renouveler les réseaux et surtout pour détecter les fuites. C'est là qu'est l'enjeu. Agir au plus vite dès qu'une fuite est repérée. Notre objectif est d'atteindre les 91 % à l'horizon 2030. A terme, tous les compteurs Odivéa seront capables d'envoyer des alertes sur des fuites éventuelles ».

DLH : Si les périodes de sécheresse venaient à se succéder, pensez-vous que les habitants d'une ville comme Dijon pourraient être rationnés ?

A. H : « On n'en est pas encore là et je ne le pense pas au regard de la disponibilité de nos ressources ».

DLH : Concrètement d'où vient l'eau qui alimente les foyers ?

A. H : « L'eau provient de 12 ressources que nous exploitons sur le territoire de la métropole et en dehors, dont 4 ressources principales. La première ressource a été captée en 1840. C'était le premier réseau d'adduction d'eau potable en France et le deuxième en Europe après Rome. Il s'agit de la captation des sources du Suzon. Avec le développement de la ville, il a fallu aller chercher d'autres ressources. En 1902, à la source de Morcueil, dans la vallée de l'Ouche. En 1934, a été installé le champ captant des Gorgets, en aval du lac Kir. En 1939, celui de Poncey-les-Athée, dans le Val de Saône, qui a été complété en 1961 par le champ captant de Flammerans ».

DLH : A partir de là, comment cette eau est-elle rendue potable ?

A. H : « Cela dépend des eaux. Les eaux des sources du Suzon, par exemple, ne subissent aucun traitement. Les autres seront traitées par un système d'ultrafiltration pour les eaux de Morcueil ou bien encore des traitements physiques qui vont permettre d'écarter le fer ou le manganèse pour les eaux de la Saône. Il faut savoir que pour garantir la potabilité de l'eau dans le temps, on injecte de la javel qui assure une totale sécurité dans les circuits de distribution. Entre le point de captage et le point de distribution le plus éloigné, on garantit la potabilité de l'eau pendant 15 jours.
On va chercher de l'eau en dehors de notre territoire, mais cette eau là ne profite pas qu'aux habitants de la métropole. Au titre de la solidarité territoriale, toutes les communes qui sont situées entre le point de captage et la métropole sont desservies en eau potable ».

Sur quel rythme effectuez-vous des contrôles ?

A. H : « Tous les jours. L'eau est le bien de consommation courante le plus contrôlé en France ».

DLH : Cette rentrée inquiète tous les observateurs avec les hausses des prix de l'énergie, les matières premières, l'inflation qui en découle... Tout cela peut-il avoir une conséquence sur le prix de l'eau ?

A. H : « Si nous n'avions pas anticipé, cela aurait pu être le cas. C'est pourquoi je vous annonce cette bonne nouvelle : nous n'augmenterons pas le prix de l'eau au 1er octobre 2022 comme cela était prévu dans le contrat que la métropole a passé avec Odivea. Il faut savoir que le prix de l'eau est réactualisé deux fois par an : le 1er avril et le 1er octobre à partir d'une formule de révision contractuelle basée sur un certain nombre d'indices publiés par l'INSEE, liés à l'évolution des coûts de la main d'oeuvre, des matières premières, des services... Au moment du lancement de la société Odivea, en avril 2021, nous avions un prix du m3 pour une consommation moyenne de 120 m3 par an, qui était de 3,36 €. Il y a eu depuis deux réactualisations et nous sommes aujourd'hui, avec ces phénomènes d'inflation, à 3,71 €. Au 1er octobre 2022, ce prix aurait du passer à 3,97 €. Les deux actionnaires de la société Odivea, c'est à dire Dijon Métropole et Suez, ont décidé de ne pas appliquer les formules de révision et de maintenir le prix fixé au 1er avril 2022. Une décision forte qui vise à protéger le pouvoir d'achat des Dijonnaises et Dijonnais et plus largement de tous ceux qui profitent des services d'Odivea ».

DLH : Peut-on imaginer une réglementation en matière d'urbanisme qui viendrait limiter la construction de piscines privées ?

A. H : « Il faut savoir que la mise en place du PLUI-HD a généré des règles plus strictes pour l'implantation des piscines afin de garantir à la fois les paysages et la tranquillité du voisinage. Il est donc bien évident qu'on ne peut pas faire n'importe quoi quand on veut construire une piscine. Avec votre question s'ouvre un débat qui pose plus largement le problème de l'usage de l'eau. On peut raisonnablement s'interroger aujourd'hui, avec les périodes de sècheresse que nous subissons, sur le bien fondé de privatiser une quantité importante d'eau pour son usage privé alors que d'autres citoyens n'en ont pas l'usage et sont amenés à fréquenter les piscines publics pour se rafraîchir.

Faut-il limiter ? C'est toujours difficile de contraindre. Posons nous la question de l'usage. Pourquoi ne pas imaginer de créer des réseaux de solidarité, dans les périodes de fortes canicules, pour que les personnes qui sont propriétaires de piscines puissent l'été les ouvrir à leur voisinage, à leur quartier. Certains le font déjà en invitant leurs proches voisins ».

DLH : Seriez-vous favorable à ce que les propriétaires de piscine soient plus fortement taxés ?

A. H : « Pourquoi pas ? Une contribution, une taxe... On pourrait peut-être imaginer, à la construction d'une piscine, d'avoir une TVA plus importante sur la vente des biens de luxe. Ca ne me choquerait pas de voir passer la TVA à 30 / 35 % et que cet argent-là puisse aider ceux qui n'ont pas la chance de partir en vacances. Ce serait peut-être une solution en terme de redistribution afin que chacune et chacun participent à l'effort dont nous avons tous besoin en ce moment ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre