Choisir son épargne : S’impliquer plus que jamais dans l’actualité

Un écureuil peut accumuler jusqu'à 3 000 noisettes en une saison. Mais il n’est pas le seul… Selon l’Insee, le taux d'épargne des ménages aurait été supérieur à 20% du revenu brut (ménages y compris entrepreneurs individuels) en 2021. Du moins en ce qui concerne les ménages qui ont la possibilité de dégager de l’épargne, ce qui n’est pas le lot de tout le monde. Actuellement, la BCE (la Banque centrale européenne) essaie de réduire son retard par rapport à la Fed (la réserve Fédérale des USA) afin de lutter plus efficacement contre l’inflation. Concrètement, il faut s’attendre, de part et d’autre de l’Atlantique, à un tour de vis monétaire dû à une hausse des loyers de l’argent. Le surcoût programmé du gaz et de l’électricité, l’explosion de la facture alimentaire inquiètent fortement nos compatriotes.

Face à l’actuelle conjoncture ukrainienne, quel sera l’impact sur le comportement des épargnants, alors que différentes vagues de la Covid avaient eu pour conséquence de les inciter à l’épargne ? Entretien avec Jérôme Ballet, président du Directoire de la CEBFC - la Caisse d’épargne Bourgogne Franche-Comté.

Dijon l’Hebdo : Quel constat peut-on dresser au sujet du pouvoir d’achat de ces dernières années ? Quel est le paysage de l’épargne ?

Jérôme Ballet : « Durant la décennie écoulée et jusqu’en 2021, le pouvoir d’achat des Français a régulièrement progressé de 1%, déduction faite à l’époque de l’inflation assez faible. Ce sont là les chiffres fournis par l’Insee. Il est prématuré de se livrer à des conjectures pour 2022… Il n’en demeure pas moins qu’actuellement 89,2 % des ménages – en gros 9 sur 10 – détiennent un produit financier. Dans le haut de cette fourchette, un sur 10 possède une épargne de 22 950€. C’est un chiffre élevé par rapport aux autres pays européens. Si l’on affine l’analyse, le niveau moyen de l’épargne dans l’hexagone atteint 4 800€, répartie soit sur le livret A, soit sur le LEP - dont depuis août le taux d’intérêt a été revalorisé à 4,6%. Une remarque, pour ouvrir un LEP, le revenu fiscal de référence (avis d'imposition 2021 sur les revenus de 2020) ne doit pas dépasser 20 296 euros pour la première part de quotient familial (+ 5 420 euros par demi-part supplémentaire). Le montant de l’épargne en est plafonné à 7 700€ ».

DLH : Quelle remarque vous inspire l’évolution que l’on a observée jusqu’en fin 2021 ?

Jérôme Ballet : « Le taux de capacité à épargner n’a cessé d’augmenter sur la période. Un chiffre significatif : 21% des revenus des ménages se sont retrouvés dans l’épargne. La crise générée par la pandémie a boosté l’épargne dite de « précaution », d’autant qu’à ces moments-là, du fait du confinement, on a moins dépensé… Aujourd’hui, on voit se profiler plusieurs postures : dans le contexte du conflit en Ukraine, on se porte sur une épargne sécuritaire ; on désire avoir un accès direct à l’argent déposé, tout en bénéficiant d’un bon rendement. En conséquence, on délaisse un peu le livret A au profit de l’investissement immobilier/papier. L’investissement pierre/papier est de plus en plus prisé par les épargnants des agences de la Caisse d’Epargne. À l'heure où celui-ci représente un placement défensif et donc rassurant, la pierre papier répond bien à une attente de notre clientèle ».

DLH : Existe-il d’autres alternatives ?

Jérôme Ballet : « Les actifs atypiques, que l’on retrouve principalement dans les rangs des jeunes générations, sont attirés par les crypto-monnaies. Par ailleurs, l’or demeure une valeur sûre. Autre remarque : les analystes attachés au secteur bancaire (dont bien sûr le réseau Caisse d’Epargne) remarquent une tendance à investir dans la forêt, dans le domaine des activités du bois – un secteur intéressant et qui va dans le sens de la prise de conscience générale accompagnée du souci de préserver l’environnement ».

DLH : En conclusion, diriez-vous que la Bourgogne - Franche-Comté s’aligne sur la moyenne nationale, en matière d’épargne…

Jérôme Ballet : « Il convient de noter une caractéristique de notre région : contrairement à ce qu’on observe dans des métropoles comme Paris ou Lyon, nos clients gardent une propension à privilégier le livret A. Il est bon de rappeler que cette épargne dont les fonds sont transférés à la Caisse des Dépôts sert à financer l’extension ou la rénovation des infrastructures locales : à titre d’exemple, citons le logement social, les hôpitaux, les équipements sportifs, la transition verte en Europe, etc ».

Propos recueillis par Marie -France Poirier