Travail alternatif : Un programme qui devrait faire un vrai TAPAJ

Travail Alternatif Payé à la Journée (TAPAJ) est un programme d’aide destiné aux jeunes de 16 à 25 ans en grande précarité qui souffrent de problèmes de consommations et d’addictions. Créé il y a 20 ans au Canada, le programme s’est exporté à Bordeaux il y a 10 ans puis progressivement dans de nombreuses villes françaises, dont Dijon en 2016. Le 24 juin 2022 s’est tenue la journée régionale TAPAJ en Bourgogne Franche-Comté Un événement, organisé au centre d’art contemporain Le Consortium à Dijon, réunissant près de 80 personnes.

Grâce à ce dispositif, partie intégrante de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, ces jeunes sont rémunérés pour des activités professionnelles ne nécessitant ni qualification ni expérience. La spécificité de TAPAJ : rémunérer les TAPAJeurs pour le travail effectué en fin de journée, en espèces, et sans engagement dans la durée. Un véritable changement de paradigme dans la manière d’appréhender l’intervention professionnelle.

Le programme est le fruit d’une collaboration multi-partenariale entre une structure médico-sociale d’accueil des personnes souffrant d’addictions, une association intermédiaire, employeur juridique du travailleur, et une entreprise ou un service public pour lequel un groupe de TAPAJeurs intervient.

Mais, comme le rappelle Jean-Hugues Morales, délégué national de TAPAJ France, l’objectif ultime du dispositif est de faire du travail un véritable levier d’action pour parvenir à amener ces jeunes isolés vers le soin. Il s’agit donc avant tout un d’outil de réduction des risques médicaux psychologiques et sociaux. En leur permettant de reprendre confiance en eux grâce au travail, TAPAJ permet à ses bénéficiaires de reprendre le contrôle de leur vie.

Le TAPAJeur peut monter en compétences tout au long de son parcours. Depuis 2016, les quelques 300 TAPAJeurs dijonnais se sont vus confiés des travaux divers, appelés « plateaux » : récolte des cartons des commerçants à vélo électrique, entretien des espaces verts… ils ont même repeint les grilles du commissariat de police ! Il apparait alors évident que TAPAJ pourrait être une solution pour pallier le manque de personnel auquel de nombreuses professions sont confrontées. Autre avantage de taille, l’incivilité est réduite puisqu’il s’agit d’un moyen de réduire la mendicité et le nombre de petits larcins. TAPAJ met un stop aux « économies de la débrouille ».

Au programme de la journée : quatre tables-rondes où sont intervenues des personnalités politiques et institutionnelles, des professionnels du secteur médico-social, mais également de TAPAJeurs.

« Ce n’est qu’à l’aune du territoire que peut se penser le programme TAPAJ » insiste Jean-Hugues Morales. Et des élus du territoire, il y en avait. À commencer par Antoine Hoareau, adjoint au maire de Dijon, qui apporte son soutien au programme en estimant que « Dijon doit demeurer une ville qui offre à chacun la possibilité de vivre dignement ».

Des témoignages poignants

À noter également la présence du médecin référent addictions de l’ARS, Corinne Le Denmat, qui a rappelé l’engagement de l’Agence dans ce dispositif, et du directeur du Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues (CAARUD) de la Société d’Entraide et D’Action Psychologique (SEDAP), Emmanuel Benoit. Tous deux ont rappelé que le programme TAPAJ, désormais déployé dans 6 départements sur 8 en Bourgogne Franche-Comté, répond à un besoin de santé publique.

Emmanuel Benoit qualifie les contrats passés avec les entreprises de « césars ». Certains préjugés ayant la dent dure, les entreprises peuvent de prime abord être réticentes à faire travailler des TAPAJeurs. Cependant, il faut rappeler que sur les plateaux de travail, les jeunes sont encadrés par un travailleur social qui pare à toute difficulté.

Trois TAPAJeurs étaient présents lors de cette journée pour raconter leur parcours personnel et témoigner. Mais pas seulement, il s’agissait pour eux d’une journée de travail. Ils avaient la mission de filmer l’événement et d’interviewer les intervenants pour alimenter le site internet de TAPAJ.

Leur reconnaissance pour Yoan Colas, responsable TAPAJ Dijon, était palpable. Son non-jugement et son accueil inconditionnel ont été perçus comme une main tendue pour se remettre dans le droit chemin.

Les sorties positives du programme sont estimées entre 55 et 70%. Il s’agit ainsi d’une réelle chance pour ces jeunes de reprendre leur santé en main tout en gagnant confiance en eux grâce au travail !

Manon Remy

https://tapaj.org/

tapaj@tapaj.org

Facebook : TAPAJ France

Crédit photo : Anaëlle Krupa