François Rebsamen : « Mon histoire, c’est Dijon ! »

2022 restera encore une année majeure pour Dijon et pour François Rebsamen, qui, le 6 mai dernier, a inauguré la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin, un projet dantesque qui aura mis 10 ans à aboutir. Mais nombre d’autres réalisations, notamment dans le domaine environnemental, avancent aussi à grands pas… Et, dans le même temps, 2022 vient d’être le théâtre d’une élection présidentielle et de législatives dont les répercussions ne sont pas prêtes de s’achever. Le maire et président de Dijon métropole, François Rebsamen, répond à (toutes) nos questions…

Dijon l’Hebdo : 2012 fut l’année du tram, 2019 celle du musée des Beaux-Arts métamorphosé et 2022 restera celle de la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin. Dijon est donc, dorénavant, comme l’a déclaré l’ancien président de la République, François Hollande, la capitale du monde en matière de gastronomie et de vin ?

François Rebsamen : « Oui ! Assurément en termes de gastronomie et de vin. Pour le reste, je suis lucide : il existe d’autres villes, de belles villes, mais Dijon est la capitale du « bien-manger », du « bien-boire » et du « bien-recevoir « ! Et je voudrais en faire, en tout bien tout honneur, la capitale des plaisirs gourmands autour de la gastronomie et du vin, parce que c’est notre culture. Notre ville a un passé prestigieux en la matière et un avenir encore plus grand. L’Organisation internationale de la Vigne et du Vin (OIV) a choisi Dijon pour installer son siège. Cette décision fut pour nous une grande joie, une grande satisfaction. C’est la première fois qu’une grande organisation internationale quitte Paris pour s’implanter dans une capitale régionale de taille moyenne. C’est une véritable reconnaissance de la qualité de vie de notre ville et du travail accompli ».

DLH : Et dans la course à l’obtention du siège de l’OIV, vous avez tout de même devancé la capitale des bulles, Reims, et une autre capitale du vin, Bordeaux…

F. R. : « Contrairement à ce qui a été dit, je n’ai pas bénéficié d’un soutien particulier du président de la République. C’est le meilleur projet qui a été sélectionné, le nôtre ! Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour remercier le préfet de nous avoir alertés les premiers sur ce dossier. Cela nous a permis de prendre de l’avance. Bordeaux a été quelque peu méprisant en ne faisant pas les efforts de présentation nécessaires. Quant à Reims, son maire Arnaud Robinet avec lequel je m’entends très bien a reconnu qu’il était parti trop tard. C’est logique que Dijon ait été choisi. Comment imaginer que le Président de la République n’ait pas choisi la meilleure proposition ? La Cité internationale de la Gastronomie et du Vin a été un atout majeur dans la décision finale. ».

DLH : La CIGV fut, vous l’avez confié, l’un des projets les plus complexes que vous ayez eu à mener. Comme vous l’avez dit, « ce projet a nécessité des heures et des heures de travail et d’insomnie ». Une nuit, n’avez-vous pas réellement pensé, tellement les obstacles ont été nombreux, qu’il n’arriverait pas à son terme ?

F. R. : « Non mais j’ai pensé que je faisais fausse route par moments. Ce fut ainsi le cas lorsqu’est apparue la pandémie de la Covid. Je me suis interrogé sur où on allait. Cette situation rendait l’avenir incertain… Il était alors normal de se questionner. Les obstacles, et je fais référence aux contentieux déposés l’opposition qui jouait contre Dijon, ne m’ont pas empêché de dormir. Cela me permet de rappeler que pour être élu à Dijon, il faut aimer Dijon ! Eu égard à la Covid, en 2020, on ne pouvait que s’interroger sur l’avenir du tourisme…Allait-il renaître de ses cendres ? La réponse manifestement, comme on peut le constater aujourd’hui, c’est oui ! Les gens ont envie de revivre normalement, de se déplacer, de bouger, de visiter, de partager des moments entre amis ou familles, de vivre des expériences… »

DLH : Le plus fort n’a-t-il pas été de transformer une friche hospitalière en un nouveau quartier et une réalisation d’avenir, à moindre coût pour la collectivité ?

F. R. : « Ce fut un projet complexe, sans doute le plus difficile, mais le travail collectif et l’union de personnalités qui souhaitaient la réussite de la Cité ont été un atout essentiel. Finalement, nous avons réussi à transformer un site, qui aurait pu être effectivement une friche, en un lieu de vie, de découverte, de culture, de gastronomie, et de mise en valeur du patrimoine français et dijonnais. Et la requalification architecturale de l’ancien hôpital général est à la hauteur de notre ambition. Oui, nous avons réussi à conférer une seconde vie à l’hôpital général. Nous y sommes arrivés, cela marche. C’est formidable ».

DLH : Cette réalisation illustre la stratégie qui est la vôtre pour faire avancer Dijon. A savoir des partenariats publics/privés. Vous l’aviez fait pour On Dijon avec le consortium d’acteurs privés et vous l’avez reproduit, avec un appel à manifestation d’intérêt, pour la CIGV. C’est donc le seul moyen aujourd’hui pour mener à bien de très grands projets ?

F. R. : « Oui. D’abord nous n’en avons pas la capacité concrète. Et ce n’est pas que financier. Nous aurions pu nous endetter à hauteur de 250 M€ mais il aurait fallu recruter massivement des personnels techniques. C’est un choix, et cela correspond à ce que disait François Mitterrand : je suis pour l’économie mixte, la participation aux intérêts collectifs du privé et du public ». Je ne suis pas pour les nationalisations ni pour les privatisations. Là où le privé fait mieux que le public, autant s’appuyer sur les compétences du privé ».

DLH : Depuis l’ouverture de la CIGV, tous les regards sont désormais braqués sur la transformation de la rue Monge…

F. R. : « Les études sont lancées et j’espère que nous aurons l’occasion de le faire avant 2026. Ce n’est pas facile mais rien n’est facile lorsque l’on aménage une ville. Nous avons réussi avec le tramway et nous devrions aussi y arriver avec ce projet. Il faut tout à la fois permettre une circulation apaisée, répondre aux objectifs que l’on se fixe en matière de transition écologique… Il faudra aussi renaturer la place Bossuet. Tout cela est dans notre programme, qui, je le précise, est un programme de gauche et de rassemblement. Un programme qui a reçu l’assentiment des Dijonnais ».

DLH : Le nouveau « cœur gourmand », avec le Village gastronomique de la CIGV d’un côté, et « le ventre historique », avec les Halles, de l’autre… Pour l’attractivité commerciale, votre objectif est que Dijon avance sur ces deux pieds ?

F. R. : « Il faut les deux et il faut transmettre l’idée que Dijon est un tout. C’est un centre-ville historique piéton formidable avec des atouts exceptionnels et une Cité internationale de la gastronomie et du vin qui est destinée aux touristes comme aux Dijonnais. Tout cela sera relié par une sorte de cordon ombilical qui sera la rue Monge. Nous la réaménagerons mais cela prend du temps. La ligne est tracée pour moi ou pour celle qui me succédera ! »

DLH : Aspirez-vous, en replantant des vignes et en œuvrant à la reconnaissance de l’appellation « Bourgogne Dijon », à ce que Dijon recouvre ses atours vineux d’antan ?

F. R. : « Cela avance et il parait que cela fait déplaisir à certains mais ce n’est pas grave. Il faut continuer et réinstaller l’idée que Dijon était et est une ville du vin. Elle en est déjà la capitale mondiale. On peut se réclamer aussi du vin à Beaune, à Gevrey-Chambertin et dans bien d’autres villes… La capitale historique et mondiale du vin aujourd’hui, c’est là où l’Organisation mondiale du Vin et de la Vigne est installée, là où nous avons la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin. La Cave des Climats, jusqu’à preuve du contraire, n’existe nulle part ailleurs… »

DLH : Le duc de Bourgogne Eudes III avait en 1206 fondé les Hospices de Dijon sur une île de lOuche… Vous avez pour votre part créé la place Eudes 3 de Bourgogne et la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin… Dans 8 siècles, aimeriez-vous que l’on dénomme cette Cité François Rebsamen ?

F. R. : « C’est bien sûr la réalisation dont je suis le plus fier mais il ne faut pas raisonner comme cela. C’est l’histoire qui vous inscrit ou non ! Personne n’en sait rien… Finalement, depuis 1945, il y a eu trois maires qui ont marqué leur ville. Que retenons-nous du Chanoine Kir ? A grands traits, je dirais son comportement et le lac. Que retient-on de Robert Poujade ? Qu’il a été le premier ministre de l’Environnement et qu’il a duré longtemps. De moi, je ne sais pas ce que l’histoire retiendra. J’espère que ce sera cette Cité… Je ne parle pas du tram, du Zénith, de OnDijon, de la transformation du musée des Beaux-Arts ou des grands projets écologiques que j’ai menés ou sur lesquels nous continuons d’avancer comme l’hydrogène… Il faut être modeste et humble et ce sont finalement les habitants de la ville qui se souviendront ou pas. J’y prendrai ma part sûrement en écrivant mes mémoires à Dijon. Car mon histoire, c’est Dijon… »

DLH : Un autre projet unique dans sa dimension : la naissance de l’unité de production et de distribution d’hydrogène vert. L’année prochaine, vous avez annoncé que 1 750 tonnes de CO2 seront économisées, soit l’équivalent de 24 millions de km en voiture citadine. Vous en êtes où de cet objectif vertueux ?

F. R. : « Cela commence en octobre avec l’inauguration de la première station hydrogène au nord de Dijon . Les deux premières bennes à ordures ménagères fonctionnant à l’hydrogène seront mises en service. C’est formidable pour notre ville et c’est un pas important pour la transition énergétique et écologique de notre métropole. Nous avons été retenus dans les 9 villes parmi les 23 villes françaises et les 100 villes européennes comme ville écologique, intelligente et durable. J’ai reçu le directeur général du programme recherche et innovation de l’Union européenne et celui-ci est reparti de Dijon en précisant : « Vous êtes de loin la meilleure candidature française que nous n’ayons jamais eue ! » Il a été très intéressé par l’hydrogène vert mais pas seulement : l’étude des sols de notre programme d’alimentation durable 2030, le projet Response pour lequel nous sommes aussi leader européen, fera de Fontaine d’Ouche le plus grand quartier d’autoconsommation collective de France ; le réseau de chauffage urbain, alimenté via les chaufferies bois et l’unité de valorisation énergétique, deviendra à terme le 3e plus grand de France : 55 000 équivalents logements chauffés, tout en limitant l’impact des hausse des prix de l’énergie et en évitant l’émission de 38 000 tonnes de CO2 par an, soit 16 000 véhicules par an ! L’Union européenne nous accompagne beaucoup dans plusieurs de nos grands projets écologiques. C’est aussi pour cela que je ne voulais pas que des anti-européens obtiennent le moindre siège de député à Dijon ! Dijon c’est une ville européenne. Dijon c’est une ville ouverte sur l’Europe. En 2005, je me suis battu pour que le Oui l’emporte à Dijon, y compris dans les milieux populaires. Et j’ai obtenu à l’époque que Dijon vote Oui à 55%. Jusqu’au dernier moment, je suis allé faire campagne à la Fontaine d’Ouche pour expliquer qu’il n’y avait rien à craindre de l’Europe, que tout repli sur soi, que toute fermeture de frontières était un handicap pour le développement de notre ville et de notre histoire. Je suis un Européen convaincu et j’en suis fier ! Vous savez, c’est pour cela que j’ai précisé que l’on ne pouvait pas se reconnaître dans la Nupes. Je ne me reconnais pas dans ceux qui, entre autre, chantent le chant des Gilets jaunes sur le perron de l’Assemblée nationale ! »

DLH : Les deux premières agoras jeunes que vous avez organisées cette année, afin à la fois d’écouter les desiderata des jeunes générations mais également de leur faire mieux connaître vos politiques publiques, ont porté sur le développement durable. C’est un moyen de favoriser, à la fois, les mobilités douces mais aussi de lutter contre l’abstention des jeunes ?

F. R. : « Il faut que l’on arrive à résoudre ce problème. Les sondages montrent que les jeunes sont satisfaits de la politique de gauche, sociale, écologique, républicaine de la ville. Au niveau national, ils choisissent en majorité Jean-Luc Mélenchon. Mais il sont surtout les plus nombreux à s’abstenir de voter. Il faut travailler sur ce point, il faut les intéresser et finalement nous pouvons servir d’exemple. A Dijon, nous avons cette capacité à rassembler. Être maire, c’est rassembler ! »

DLH : Parmi les filières d’excellence de la métropole, vous avez fléché la Santé. Vous devez vous féliciter de la commande de l’État américain pour 60 millions de dollars passée à Crossject ? C’est une bonne nouvelle pour votre Technopôle SANTENOV…

F. R. : « Nous avons dans ce domaine à prendre exemple sur l’agilité et la capacité d’inventivité des start-up de Mayence par exemple, parce que BioNTech est née à Mayence. C’est à dire que l’ARN messager est né dans une petite start-up outre-Rhin et il faut savoir que celle-ci a versé un milliard d’euros d’impôts à la ville de Mayence !Comme quoi il faut croire en la science, en l’avenir, en la recherche en l’innovation. Nous sommes des progressistes, nous ne sommes pas des déclinistes ! A Dijon, nous avons des grandes entreprises en matière de santé qui vont conquérir des parts de marché. Nous le voyons avec Crossject qui pourrait, en l’occurrence, équiper l’armée américaine, ce qui n’est pas rien ! Mais je pense aussi à Urgo, à CordenPharma, à Inventiva, à ce qui était Recipharm à Fontaine-lès-Dijon qui est en pleine transformation, à Oncodesign.… Ce Pôle Santé est majeur pour notre ville, pour notre département et pour notre région ! »

DLH : Autre filière d’excellence: l’enseignement supérieur. Après le campus métropolitain, qui accueille les deux nouvelles écoles d’ingénieur, ESEO et ESTP, l’inauguration des nouveaux locaux de l’ESADD (École supérieure appliquée au Design et au Digital) représente une nouvelle étape pour Dijon…

F. R. : « Il faut que les jeunes de notre région puissent rester - pour ceux qui le veulent évidemment. Il faut que ceux qui veulent faire des études à Dijon trouvent toutes les possibilités de le faire. Nous, nous offrons beaucoup de choses, notamment aujourd’hui dans les formations d’ingénieurs. Nous avions du retard et je suis très heureux de voir qu’avec l’Université, avec les écoles d’ingénieurs, Sciences-Po, BSB… nous développons aujourd’hui une offre très large. Une quarantaine de milliers d’étudiants en profitent actuellement. Demain ce nombre s’élèvera à 42 000, 45 000… Ici non plus, je le rappelle, nous ne sommes pas en compétition avec telle ou telle autre ville, nous sommes pour la complémentarité, mais on doit nous respecter au rang qui est le nôtre. Nous sommes en Bourgogne Franche-Comté les premiers en nombre d’étudiants et nous sommes confrontés aujourd’hui à deux problématiques que j’ai évoquées avec le préfet de Région. Nous manquons de logements étudiants, aussi faut-il en construire. Nous manquons aussi de restaurants universitaires en centre-ville. Nous devons être considérés à notre juste place, qui est la première en la matière ».

DLH : 2022 correspond aussi au lancement de la nouvelle agence d’attractivité de la métropole : Dijon Bourgogne Invest, dont vous avez confié la présidence à Jean-Philippe Girard…

F. R. : « Nous avons la chance d’avoir un chef d’entreprise qui a réalisé la vente de son groupe, qui est un peu plus disponible, qui a de l’expérience, un réseau et qui aime sa ville. L’occasion m’a semblée idéale pour mobiliser ses compétences et ses qualités. Il est un véritable ambassadeur du développement économique dans notre région. Il faut savoir avancer ensemble et c’est ce que nous faisons avec Jean-Philippe Girard ! »

DLH : Dijon a été labellisée « Terre de Jeux » et centre de préparation aux Jeux olympiques. Tout un chacun sait le lien que vous entretenez avec le sport. La ville dispose d’une offre d’équipements dans le domaine bien supérieure aux villes de taille identique. Et vous devriez développer de nouvelles structures tendances, pour le basket ou encore pour des salles de sport accessible on line…

F. R. : « Nous venons de budgéter, au conseil municipal, 700 000 euros d’investissement pour réaliser dans différents endroits des terrains de basket 3/3, des salles de sport extérieur, des street workout… C’est très bien car quand le sport va bien, la ville va mieux ! Il faut que l’on continue notre politique sportive en faveur des jeunes. Il faut que l’on continue de dire aux jeunes : investissez-vous dans le sport, ne restez pas à « glander » dans les rues… Il faut des éducateurs pour les accompagner. Avec le soutien de l’État, nous avons recréé 22 postes d’éducateurs, ce que le Département avait supprimé. Lorsque je vois des jeunes qui sont dans la rue, je me dis que, souvent, il leur suffirait d’un adulte qui les accompagne, qui leur propose de faire de faire des activités à l’extérieur, qui devienne un peu le grand frère mais dans un esprit d’éducateur de rue, pour que les choses changent… »

DLH : Quand le sport va bien, la ville va mieux, dites-vous… et quand le DFCO va bien, François Rebsamen va mieux ! Un mot sur l’arrivée du nouvel entraîneur Omar Daf…

F. R. : « C’est très bien. Nous tournons la page et nous en écrivons une nouvelle. C’est cela l’intérêt du sport. Chaque dimanche, votre club joue. Vous gagnez ou vous perdez… Et chaque dimanche d’après, vous pensez que, cette fois-ci, vous allez gagner. Nous, nous repartons pour remonter en Ligue 1 »

DLH : Vous multipliez à nouveau les animations durant l’été à Dijon. Dijon plage en est l’une des illustrations mais elles sont légion…

F. R. : « Oui, cela va être la fête tout l’été. C’est bien car ce sont des moments où l’on décompresse. La seule chose qui m’inquiète, c’est le phénomène des bandes dans les quartiers. Une délinquance se développe, avec ceux que Jean-Pierre Chevènement appelait des petits sauvageons, et c’est très inquiétant. J’en ai parlé au préfet, il faut faire respecter l’ordre républicain pour la tranquillité des familles qui y habitent… » 

DLH : 2022 fut aussi marquée par votre soutien accordé au Président de la République qui n’est pas passé inaperçu ni localement ni nationalement. Vous avez précisé soutenir Emmanuel Macron tout en restant un homme de gauche…

F. R. : « Je suis historiquement un socialiste. Ma politique, ma gestion de la ville suffisent à me qualifier. Je suis un homme de gauche qui soutient le président de la République. Pour qui auriez-vous voulu que je vote lors de l’élection présidentielle si ce n’était pas pour Emmanuel Macron ? Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Alors on peut dire que c’est par défaut. Raymond Aron disait qu’en politique, il y a le choix entre le préférable et le détestable. Eh bien, ce n’est pas si mal, moi, j’ai choisi le préférable, et c’était Emmanuel Macron. Après je ne suis pas béat ni béni-oui-oui ! Lorsque j’ai des choses à dire, je le dis. Mais heureusement que notre pays a Emmanuel Macron comme président de la République ! Je ne m’imagine pas Jean-Luc Mélenchon président. Je ne le souhaite pas à mon pays. Et je ne parle pas d’autres candidats ».

DLH : Pendant que la Nièvre, tout de même, pour ne citer que cette terre mitterrandienne par excellence, accordait 50,11% à Marine Le Pen à la Présidentielle, Dijon a fait mieux que résister à l’extrême droite (30,12%)… Quelles sont vos recettes pour que les remparts de Dijon soient toujours aussi infranchissables au Rassemblement national ?

F. R. : « Une politique de gauche et de rassemblement ! Une politique équilibrée, mais surtout accompagner les milieux populaires le plus possible, prendre en compte les aspirations des gens…  Je sais très bien que les problèmes des milieux populaires, c’est le sentiment d’insécurité, la tranquillité de vie, le pouvoir d’achat, d’éducation des enfants... Si nous nous appliquons à y répondre, nous évitons la montée du Front national. Ils veulent travailler car il faut se figurer que, dans les milieux populaires, on aime le travail, on ne compte pas les heures. Le travail, ce n’est pas une souffrance. Si on souffre, alors il faut se battre syndicalement, se défendre. Le travail, c’est une vraie valeur ! Il faut aussi être correctement rémunéré pour son travail. Le sont-ils toujours, la réponse est non. Donc il faut les aider pour qu’ils soient mieux rémunérés. Il n’est pas tolérable que tant de branches en France aient des salaires en dessous du SMIC. J’en ai supprimé 200 lorsque j’étais au ministère du Travail et j’en suis fier mais il en reste encore beaucoup trop. Il faut un travail justement rémunéré qui donne droit à une retraite d’un bon niveau. 1 100 euros me semblent un minimum. Et puis, il faut pouvoir vivre en tranquillité dans un quartier, dans une ville apaisée pour pouvoir élever convenablement ses enfants, afin que ceux-ci puissent réussir, avoir des diplômes… Si vous faites tout ce que vous pouvez en tant que maire pour répondre à ces questions, à ces besoins, je pense que vous êtes un bon maire. Les bons maires répondent à ces questions et je suis l’un de ceux-là ! »

DLH : La Côte-d’Or a, quant à elle, porté à nouveau 4 députés Ensemble au Palais Bourbon et un député LR. La sortante Yolaine de Courson a été battue sur la 4e et Benoit Bordat la remplace numériquement sur la 2e. Et c’est vous qui avez imposé votre élu dans la course aux investitures Ensemble. Sa victoire a montré que c’était le bon choix ?

F. R. : « J’ai du respect pour toutes celles et tous ceux qui voulaient être candidats sur cette circonscription. J’ai choisi, parce que je suis maire de Dijon, le seul de mes adjoints qui pouvait gagner. Et il a gagné. J’en suis heureux. J’ai du respect pour Catherine Hervieu mais elle ne vote pas le budget de la ville de Dijon. Elle n’est pas dans la majorité municipale parce qu’elle a choisi de ne plus y être… »

DLH : A Dijon, à quatre reprises depuis 2001, vous avez réussi à vous faire élire en réalisant un rassemblement. Les coalitions, dont l’on parle beaucoup au niveau national actuellement, existent ainsi déjà à l’échelle locale…

F. R. : « A Dijon c’est assez simple. Autour d’une gauche sociale-démocrate, écologiste et européenne, il faut rassembler la gauche puis rassembler le centre et rassembler des personnalités. C’est ce que l’on fait ».

DLH : Lors du précédent mandat, Emmanuel Macron fut souvent comparé au Général de Gaulle. Là, eu égard à l’absence de majorité absolue, le souvenir de René Coty, dernier président de la IVe, remonte à la surface…

F. R. : « Emmanuel Macron ne mérite ni tant de haine ni tant d’emphase. Finalement ce sont aussi les circonstances qui révèlent les êtres. De Gaulle a pu être De Gaulle parce qu’il y a eu la guerre. Je ne sais pas ce que va donner la guerre en Ukraine mais la période est très trouble et je suis satisfait de voir que c’est Emmanuel Macron qui tient la barre aujourd’hui de la France. Il possède, à mes yeux, comme qualité première d’être un Européen convaincu ! »

Propos recueillis par Camille Gablo