Antoine Hoareau : « Une gestion de l’eau vertueuse à plus d’un titre ! »

Dijon métropole a innové, en 2021, en créant et en devenant actionnaire de la Société d’économie mixte à objet particulier (SEMOP), Odivea, pour la gestion de l’eau et de l’assainissement. Objectifs : rendre le prix de l’eau « le plus juste possible » mais aussi « investir pour optimiser le réseau et participer à la réduction de l’empreinte carbone… » Le vice-président de Dijon métropole, Antoine Hoareau, à la tête d’Odivea, nous détaille la politique de l’eau.

Dijon l’Hebdo : Le plus grand paradoxe réside, lorsque l’on aborde la politique de l’eau, dans le fait que le premier mot qui vienne à l’esprit soit… la sécheresse. Cet été ne devrait pas échapper à la règle ?

Antoine Hoareau : « Les premiers arrêtés de sécheresse vont tomber très rapidement en Côte-d’Or. Le préfet a réuni l’ensemble des acteurs de l’eau du territoire. Ces réunions sous l’égide de l’État permettent de donner un cadre commun à tous. Je sais que ce n’est pas la volonté de toutes les collectivités locales de Côte-d’Or mais cela me semble pertinent qu’avec les services de l’État et l’ensemble des acteurs du territoire nous puissions travailler et anticiper ces périodes de sécheresse. Nous allons probablement passer en seuil d’alerte. Nous avons la chance à Dijon d’avoir de multiplies ressources mais ce n’est pas une raison pour la gaspiller. Dans cette période de sécheresse, il faut que nous soyons tous extrêmement responsables : la collectivité – nous ne lavons pas les rues avec de l’eau potable mais grâce à la récupération des eaux de pluie, etc. – mais aussi tous les citoyens. Ainsi on ne prend pas de bain mais des douches, on ne lave pas sa voiture quand ce n’est pas nécessaire, on n’arrose pas son jardin à 14 h quand on a la chance d’en avoir un, on met des aérateurs sur ses robinets, ce qui permet de réduire de 30 à 40% la consommation d’eau… Ce sont des petits gestes importants et, à terme, c’est autant d’eau que nous n’irons pas chercher dans les nappes. Nous avons une responsabilité collectivement et individuellement. Cela n’empêche pas de continuer à boire de l’eau et j’incite tout le monde à boire de l’eau du robinet. La marque Cristaline augmente pour la première fois ses prix car le plastique subit une hausse. La Dijonnaise, qui est peut-être même meilleure que la Cristaline et qui n’a pas besoin de contenant plastique, est beaucoup moins chère, car 1 000 litres d’eau c’est 3,40 €. Nous avons une bonne eau ! »

DLH : Avec le réchauffement climatique, les périodes de sécheresse devraient empirer…

A. H : « Lors du bureau du comité de bassin à Lyon, nous avons bénéficié d’une présentation d’une étude très intéressante sur la quantité d’eau disponible sur l’ensemble du bassin du Rhône à l’horizon 2050. Les bouleversements liés au réchauffement climatique seront profonds en terme d’hydrologie. Cela nécessitera une véritable réflexion sur la répartition des usages de la quantité afin que cela reste une ressource pour l’ensemble de la population mais aussi sur les évolutions du monde agricole, industriel… Nous aurons une masse d’eau annuelle qui sera sensiblement la même qu’aujourd’hui, en revanche elle sera répartie très différemment dans l’année. Nous aurons ainsi des périodes d’étiage l’été plus longues et plus sévères. Les sécheresses devraient être ainsi extrêmement importantes sur le bassin du Rhône. Mais des quantités d’eau disponible devraient être plus importantes en février et mars, la fonte des neiges étant avancée par rapport à aujourd’hui. Il faut aussi savoir que même si l’on respecte les accords de Paris de la COP 21, ce qui n’est pas encore engagé, nous continuerons d’avoir une augmentation générale des températures jusqu’en 2050, et c’est seulement à cette date que nous commencerons à avoir une inflexion de l’évolution de la courbe des températures. Et si l’on ne respecte pas les accords de Paris, on pourrait se retrouver à l’horizon 2045, 2050 avec le climat d’Alger à Marseille et celui de Marseille à Lyon. Il nous faudra fonctionner différemment et réfléchir, par exemple, à du stockage d’eau sur différentes périodes de l’année pour la réutiliser à d’autres ».

DLH : L’augmentation du nombre d’habitants a-t-il pesé sur la consommation en eau ces dernières années ?

A. H : « En 15 ans, nous produisons 5 millions de m3 d’eau en moins – nous étions à 19,8 millions en 2021 contre 25 en 2005 – alors que, dans le même temps, la population qui utilise cette eau a augmenté. Nous étions à 270 000 habitants desservis contre 300 000 aujourd’hui. Ce qui veut dire que cette progression de la population, qui concerne la métropole comme les 40 autres communes bénéficiant de notre réseau, ne veut pas nécessairement dire augmentation de la consommation et du besoin en eau. C’est lié à la fois au mode de consommation des habitants qui a évolué mais également à tout ce que l’on a réalisé en terme de résorption des fuites et d’augmentation du niveau de rendement. Nous étions à 77% en 2015, nous sommes aujourd’hui à 84%. Nous avons une responsabilité collective sur l’usage et la répartition de l’eau et nous avons toutes et tous une responsabilité individuelle sur notre mode de consommation. Les 5 millions de m3 que nous n’utilisons pas restent dans les nappes, forcément cela a un impact important sur la biodiversité, sur les cours d’eau ».

DLH : La sécurisation du réseau de l’eau, comme Odivea l’a fait pour Messigny-et-Ventoux, est aussi capitale…

A. H : « Messigny-et-Ventoux est une commune qui n’est pas dans la métropole mais raccordée historiquement au réseau de Dijon par la source du Suzon. Je rappelle que nous avons 3 sources principales à l’extérieur de la métropole : les sources du Suzon, de Morcueil et le champ captant de Poncey-lès-Athée et Flammerans. Historiquement, toutes les communes passant le long des canalisations étaient connectées et pouvaient utiliser l’eau de ces sources. Ainsi nombre de communes utilisent de l’eau produite et potabilisée par la métropole. Et Messigny est un bon exemple puisque cette commune ne dépend que de la source du Suzon, or celle-ci, qui est une source karstique, peut être soumise à des pollutions au nitrate lorsqu’il pleut beaucoup. Ainsi il pouvait arriver que 2 ou 3 jours dans l’année l’eau de Messigny ne soit pas potable. Avec la canalisation que nous avons remontée l’année dernière de Dijon jusqu’à Messigny, les habitants peuvent être alimentés en eau si jamais cela arrive. J’ajoute également que cette opération de sécurisation de la ressource n’a rien coûté à la commune de Messigny. Cela illustre la solidarité que la métropole doit aux communes alentours et la volonté de la métropole de permettre à tous d’avoir accès à l’eau ».

DLH : Un accès à l’eau pour tous et à un tarif revu à la baisse… ce fut aussi l’engagement fort de la métropole !

A. H : « Le maire et président de la métropole, François Rebsamen, a toujours voulu un prix juste pour l’eau. Lorsqu’il est arrivé aux responsabilités, il a renégocié le contrat avec la Lyonnaise des Eaux. En 2004, cela a permis déjà une baisse importante du prix de l’eau. Une nouvelle renégociation est intervenue en 2011. En 2021, ce fut la fin du contrat et la création de la SEMOP qui a permis une nouvelle réduction du prix de l’eau. Mais la diminution du prix de l’eau est certes un objectif mais pas une fin en soi. Parce que, dans le prix de l’eau, est aussi compris le financement des investissements. Et c’est important de continuer à investir pour améliorer le système, être plus performant, limiter l’empreinte carbone comme nous le faisons sur les stations d’épuration. Je rappelle que nous prévoyons d’investir 100 M€ sur 9 ans. En revanche, il faut que le prix de l’eau soit juste. Et ce, surtout sur la manière dont on gagne de l’argent avec l’eau. Et la SEMOP a cette vertu : l’ensemble des flux financiers liés à l’eau sont maintenant dans une société, dont la métropole est actionnaire à 49%. Précédemment, dans une délégation de service public classique, nous n’avions aucune possibilité de contrôle. Des grands groupes pouvaient ainsi se faire un peu trop de beurre avec l’eau. La SEMOP nous permet de savoir exactement quels sont les bénéfices réalisés et, la métropole étant actionnaire, de l’argent peut revenir aussi à la puissance publique. Le prix de l’eau est juste parce qu’il y a dorénavant une transparence totale sur l’ensemble des finances de la gestion d’un service de l’eau à l’échelle locale. Et cette forme de gestion permet d’avoir aussi un prix attractif ».

DLH : Avec l’usine de méthanisation, Odivea participera aussi à la réduction des émissions de CO2 sur le territoire métropolitain… Avec la gestion de l’eau, vous œuvrez à la transition énergétique ?

A. H : « L’innovation est indispensable parce que c’est une grande politique que l’on porte à l’échelle métropolitaine et municipale. Quand la première adjointe, Nathalie Koenders, est déléguée à la transition écologique, c’est un signal fort. Ce n’est pas du green washing. Concrètement, nous avons un véritable objectif de réduction de l’empreinte carbone et de production de nouvelles énergies pour changer le modèle énergétique de la métropole. C’est l’hydrogène porté par mon collègue Jean-Patrick Masson mais aussi la méthanisation à la station d’épuration que nous sommes en train de mettre en œuvre. A partir des boues, nous créons une nouvelle énergie, du biométhane, qui sera réinjecté dans le circuit du gaz de ville. Et nous pourrons grâce à cela alimenter l’équivalent de 4 000 foyers par an. Dans le même temps, la quantité de boue sortant de de la station d’épuration sera réduite d’environ 50%. Ce qui signifie moins de camions pour la transporter et moins de boues à étendre en compostage dans les terres agricoles, soit moins d’empreinte carbone. J’ajoute à cela que notre objectif est que la station d’épuration soit à énergie positive. C’est particulièrement vertueux ».

Propos recueillis par Camille Gablo