Le Stade dijonnais prêt à rebondir

Le Stade dijonnais n’a pas réussi à inverser la tendance dans les ultimes rencontres et à se maintenir en Nationale. A l’heure de dresser le bilan de cette saison très difficile, nous avons interrogé Philippe Verney. Interview, sans langue de bois aucune, d’un président passionné qui analyse avec justesse les raisons de l’échec et qui porte un projet toujours ambitieux pour son club de cœur. Ne dit-on pas que « le rugby représente plus qu’un sport, des valeurs ! ». En voilà un bel exemple…

Dijon l’Hebdo : Avec Aubenas, le Stade dijonnais subit la dure loi de la descente. La phase commando n’a pas fonctionné dans la dernière ligne droite. Nous savions que la Nationale, véritable antichambre de la Pro-D2, s’annonçait comme une division difficile. Vous attendiez-vous tout de même à une telle adversité ?

Philippe Verney : « Oui bien sûr, la Nationale est un très beau championnat que nous avons déjà pu expérimenter la saison passée, dans laquelle chaque week-end nous côtoyons des clubs historiques du rugby français tels qu’Albi, Bourgoin-Jallieu, Dax, etc. Nous avons fait une belle 2e partie de saison, c’est la raison pour laquelle nous avions fait le choix de prolonger le manager Benjamin Noirot à la tête de l’équipe et du recrutement. Lors de cette saison 2021/2022, nous avons fait le choix d’optimiser le groupe professionnel, en tenant compte de nos contraintes économiques liées à 2 années de covid. Malgré notre effectif restreint, au vu de la qualité intrinsèque de nos joueurs, nous nous étions donnés comme objectif d’atteindre le top 6. La mission a échoué, et aujourd’hui on en connait les raisons. Une chose est sûre, beaucoup de choses vont changer : dans nos choix, dans le management, la gestion et la dynamique installée. La « phase commando » pour reprendre vos mots, aurait dû être lancée dès le 1er jour de rentrée en juillet, dans les têtes de chaque acteur du groupe et de l’ensemble du club. Mea Culpa. Le Stade Dijonnais est un club professionnel en constant développement et la relégation est abordée comme une étape de plus à franchir, mais ne remet en rien en question notre projet. Nous allons justement saisir cette descente pour continuer de restructurer en profondeur le club. Nous avons de très bons éléments dans le staff, dans l’effectif joueurs et dans l’équipe d’organisation, qui ont l’envie et le savoir-faire pour rebondir, et j’ai confiance en eux ».

DLH : Qu’est ce qui, à votre avis, vous a manqué le plus pour réussir à vous maintenir ?

P. V. : « Du management et de la cohésion avant tout. Aujourd’hui on voit des équipes qui ont le même profil que nous en termes de budget maintenues en Nationale parce qu’elles ont su créer un groupe et pas une somme d’individualités, quand bien même qualitatives. Il nous a manqué de la rigueur à toutes les étages, du professionnalisme et de l’envie dans certaines périodes cruciales de l’année. Une discipline que nous allons, tous autant que nous sommes, remettre au cœur de la dynamique du club. Et puis, sans se cacher derrière ça, mais il faut quand même le souligner, une infirmerie pleine depuis le début de saison qui nous a plus qu’handicapés. Une frustration que nous avons portée toute la saison en fin de match, ou quasiment à chaque fois, alors que nous étions devant au score, nous n’avons pas pu tenir ce score et avons perdu les points en route. Avec des « Si », on se serait maintenu, mais il faut une part de chance dans tout, et nous en avons manqué cruellement. Encore faut-il parfois savoir la provoquer ! »

DLH Alors que contre Nice à Bourillot, c’est dans les arrêts de jeu que vos hommes emportent à l’arraché une belle victoire – le public apprécia –, cette abnégation, cet engagement total n’ont pas toujours été au rendez-vous. Est-ce cet état d’esprit de guerrier que le Stade n’a pas su répéter cette saison ?

P. V. : « Oui, nous aurions aimé voir cette équipe toute la saison. Ils ont eu confiance en eux, comme nous avions confiance en eux. Ils y ont cru, se sont battus et n’ont rien lâché malgré les rebondissements du match. Mais encore une fois, il ne faut pas uniquement se cacher derrière cette notion « d’envie », ce serait trop simple. Vous savez, historiquement, le club a connu des joueurs combatifs, René Amiot, Emmanuel Rebelo … mais aussi des entraîneurs qui avaient cet ADN de guerrier et de meneur d’hommes comme Gérard Verdoulet ou Eric Melville. Alors, sans vivre dans le passé, c’est ce qu’on désire retrouver aujourd’hui ; comme d’ailleurs les supporters et les amoureux du Stade. L’âme du Stade est toujours là, il faut juste la raviver. En fait, il faut aller de l’avant tout en ayant un œil dans le rétroviseur pour ne pas reproduire les erreurs du passé ! »

DLH : Le fait que vous ayez l’un des plus petits budgets de Nationale a évidemment pesé… Vous aviez engagé les démarches pour mettre en place une augmentation de capital en juin. La descente n’est-elle pas un frein à ce projet ?

P. V. : « Oui évidemment, on voit bien que le haut de tableau est composé des clubs avec les budgets les plus conséquents. Quand on dit « c’est la loi du sport », cette loi comporte largement la notion de budget, même si parfois certains créent la surprise. Nous travaillons chaque année avec nos partenaires privés pour leur proposer des prestations qui répondent à leur demande et d’ailleurs le montant des partenariats augmente chaque année. Nous sommes très privilégiés quant à la fidélité de nos partenaires et je les en remercie chaleureusement une nouvelle fois. Le Stade Dijonnais attire, et parvient à son échelle et en toute humilité à tirer son épingle du jeu sur la scène locale et nationale. L’augmentation de capital est assurément en place et la descente en Nationale 2 ne change rien. Car il faut le dire cette Nationale 2, dont ce sera la 1ère édition, sera elle aussi, un super championnat avec les meilleurs clubs de Fédérale 1. Cette ouverture de capital, c’est aussi, une pierre à l’édifice dans la construction du projet ».


DLH : Plus de 40 de vos partenaires ont signé pour 3 ans, cela vous évitera de facto d’en perdre la saison prochaine…

P. V. : « Vous savez, souvent, nous les dirigeants de club, répétons à quel point nos entreprises partenaires sont importantes, dans les meetings, auprès des joueurs, auprès du grand public, mais sincèrement et sans langue de bois, nous avons une chance inouïe de pouvoir compter sur eux, dans les bons comme les moins bons moments. Quasiment tous nos partenaires repartent pour la saison prochaine, nous en avons même de nouveaux, dans de nouveaux secteurs d’activités qui sont arrivés après l’annonce de la relégation… Que ce soit pour nos partenaires historiques ou pour les nouveaux, nous devrons leur faire honneur, sur et en dehors du terrain. On ne peut garantir des résultats sportifs, mais on peut créer un réseau de business, une ambiance, une convivialité, un projet solide à accompagner, et une aventure humaine et professionnelle passionnante »

DLH : Du côté des joueurs, vous ne craigniez pas nombre de départs eu égard à cette descente ? 

P. V. : « Il y a des départs, certains prévus, d’autres regrettés, et d’autres que nous laissons partir par choix du club afin d’assainir le groupe. Encore une fois, on ne va pas se mentir, quand tu passes une saison comme celle-ci, il est préférable de repartir sur une nouvelle dynamique. Et nous sommes très heureux de compter sur les joueurs qui ont fait le choix de rester à Dijon et relancer la machine. Soyez en sûr, ceux qui restent avaient tous des propositions pour jouer ailleurs et au niveau au-dessus, mais ils croient en leur destin et celui du club. L’amour du maillot est certainement un terme un peu obsolète dans le sport moderne, et pourtant c’est ce qu’on ressent en côtoyant ceux qui ont prolongé (Amiot, Liabot, Nehme, Klaasen, Beaufils, Quarrie, Kafotamaki…) Thomas Kohler (ndlr : nouveau manager du l’équipe pro) a commencé son recrutement, un recrutement intelligent et travaillé, à l’image de l’équipe que l’on veut, toujours bien sûr avec le budget qui est le nôtre. Car au-delà de l’équipe pro, il y a tout un club qui vit et qui performe à l’image de nos espoirs qui ont gagné face à Rouen ».

DLH : La contre-performance de l’équipe première ne doit pas jeter le voile sur tout ce qui a été fait pour l’ensemble du club. De quoi êtes-vous le plus fier ? 

P. V. : « La construction, voilà ce dont je suis fier aujourd’hui. En effet, l’équipe pro est la tête d’affiche du club, mais ce n’est pas la seule équipe. Aujourd’hui le club compte plus de 400 licenciés dont 10 catégories jeunes, allant des Baby Rugby (3-6ans) aux Espoirs.

Ce sont des dizaines d’éducateurs bénévoles formés qui donnent chaque jour de leur temps et s’investissent pour que grandissent ces jeunes. Nos Cadets et Juniors évoluent dans des championnats nationaux, encadrés entre autres par des joueurs pro détenteurs du diplôme d’entraineur. Le niveau d’encadrement évolue aussi et tend vers ce qui se fait dans les centres de formation de clubs professionnels de Pro D2 et Top 14, il ne manque plus que les infrastructures qui nous permettront d’être au niveau auquel on aspire. D’ailleurs nous allons être labellisés Centre de Formation et le directeur sera Romain Kusiolek, notre demi de mêlée, tout juste retraité et entraineur principal des Espoirs depuis cette année. Encore un amoureux du club, qui travaille comme un forcené pour développer son équipe espoirs. Il opère d’ailleurs un recrutement de qualité dont nous sommes très fiers. En parallèle sont créées des ententes entre les clubs voisins que nous appelons « Bassin dijonnais » et de Côte-d’Or sur les équipes jeunes, afin de permettre à tous les joueurs tous niveaux confondus de pouvoir pratiquer leur sport. Nous travaillons également étroitement avec les équipes de l’élite jeune de la Ligue Régionale Bourgogne Franche-Comté, avec les fameuses et reconnues nationalement équipes d’ ABCD XV (Crabos et Alamercery).

Vous voyez, tout ce développement sportif et j’en passe, prend du temps, ne se voit pas, et pourtant il fait partie de notre quotidien depuis des mois et participe de la construction d’un projet complet de club ».

DLH : Les transformations du stade Bourillot, avec le soutien de la Ville et de la Métropole, ont été programmées. C’était aussi essentiel… 

P. V. : « Oui tout à fait, les collectivités locales nous soutiennent et ce malgré la descente. En effet, nous avons hâte de voir la première pierre des nouvelles infrastructures qui font partie intégrante du développement du club. De nouvelles infrastructures signifient plusieurs choses. En bref : un accueil partenaire et grand public amélioré et optimisé ; une offre de prestations étoffée, point majeur du développement économique du club ; des infrastructures sportives aux normes pour les pros et les équipes jeunes, optimisant le travail. On le sait et on le voit bien dans tous les autres clubs de rugby ou autres, les collectivités sont indispensables et indissociables de la réussite des clubs, et aujourd’hui, nous sommes très fiers d’être accompagné par Dijon Métropole, M. François Rebsamen et Mme Claire Tomaselli, le Conseil Départemental et la Région Bourgogne Franche-Comté. Nous avons du travail sur la planche de notre côté et nous comptons bien être dignes du soutien apporté ».

DLH : Il faudra tout de même tenter dès la saison prochaine de remonter en Nationale avant de pouvoir envisager de viser encore plus haut. Sur quels axes principaux allez-vous travailler pour repartir de l’avant ?

P. V. : « Remonter en Nationale oui ! Quand ? Chaque chose en son temps. Soyons performants dans un premier temps. N’y voyez pas de fausse modestie, mais il faut aussi être prudent. Ce n’est pas parce qu’on arrive de Nationale que la tâche sera facile. On va jouer contre des équipes qui sont sur une tout autre dynamique : elles montent d’une division, elles ont construit un groupe qui fonctionne, ont joué ensemble toute la saison, gagné ensemble toute la saison, nous avons tout à refaire. Et puis, a fortiori, nous aurons un statut de favori avec Aubenas, malgré nous, position qui nécessitera un engagement sans faille de chaque instant de l’équipe et du club. Cela étant dit, il est bien évident que le mot d’ordre sera « le combat ». Malgré nos résultats, nos supporters, partenaires et bénévoles ont été présents en nombre lors du dernier match à domicile. Nous avons fait le choix de faire de ce match un jour de fête, en effet ce n’est pas fêter une descente mais célébrer l’investissement de tous les acteurs du club pendant une saison. Nous sommes d’ailleurs très fiers d’avoir pu être ensemble, et retrouver l’espace d’une journée, cet esprit rugby festif que l’on aime tant. C’est ça que les gens veulent et c’est ça que l’on veut leur redonner. Surtout quand deux monuments du club, le team manager Dominique Canette et Jean-Marc Chevalier l’intendant des pros, prennent leur retraite. Ils méritent un respect infini et une fête qui ne devrait jamais s’arrêter pour tout ce qu’ils ont apporté au club, mais aussi et surtout aux joueurs qui les ont côtoyés. Pour preuve, l’Association Générations 15, asso des anciens licenciés du Stade, se sont tous donnés rendez-vous au stade le dimanche pour leur rendre hommage. Même notre ancien numéro 10 Jules Soulan qui évolue en Pro D2 à Oyonnax est venu exprès. Je sais aussi qu’une vidéo avec des messages de joueurs passés par Dijon comme Maxime Planté, Thomas Sylvestre, Ugo Escuder, etc. a été faite ! Le Stade est heureux de compter sur un grand nombre de soutiens, dont le vôtre et celui de Dijon L’Hebdo qui n’a jamais hésiter à pointer nos faiblesses tout en conservant la bienveillance du supporter… Tout ça pour dire que le Stade est une famille, elle n’est pas parfaite, mais ensemble on peut tout affronter ! »

Propos recueillis par Camille Gablo