Antoine Hoareau : « Nous sommes capables de recréer une force nationale »

Antoine Hoareau est le patron de la fédération dijonnaise d'un Parti socialiste plus que jamais divisé après son choix de faire alliance avec la France Insoumise. Il nous explique pourquoi il s'oppose, comme beaucoup d'autres, à cet accord qu'il qualifie de façade. L'élu dijonnais est convaincu qu'il sera nécessaire de convoquer de grandes assises ou une grande convention nationale de la gauche de gouvernement et de la gauche réformiste social-démocrate, écologiste et laïque, pour relancer un vrai débat qui, selon lui, fait défaut aujourd'hui au sein du Parti socialiste.

Dijon l'Hebdo : A Dijon, vous faites partie de ceux qui contestent farouchement l’accord de rassemblement conclu pour les législatives derrière Jean-Luc Mélenchon. Pourquoi ?

Antoine Hoareau : « Nous sommes pour l'union de la gauche. C'est un principe que nous avons toujours appliqué et le Parti socialiste a toujours été celui qui a prôné cette union. François Rebsamen en est l'exemple depuis 2001 à la mairie de Dijon et nous l'avons démontré encore récemment aux élections départementales et régionales. Nous sommes pour l'union de la gauche, mais d'une gauche responsable, qui tient ses promesses. Aujourd'hui, l'accord avec Jean-Luc Mélenchon n'a pas cette dimension programmatique qui permet de changer réellement la société et d'apporter des réponses concrètes aux personnes en difficulté. Nous avons aussi des points de divergence très forts avec Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise sur des questions européennes, internationales, de République, de laïcité... C'est pour cela que nous contestons cet accord ».

DLH : Au moment où c'est la gauche qui se rassemble, c'est le Parti socialiste qui se divise ?

A. H : « Ce qu'il faut voir dans l'histoire de la gauche, c'est qu'elle a gagné les élections quand elle était dans une position réformiste. Il y a toujours eu deux gauches : une plus radicale et l'autre plus réformiste. Quand cette dernière était en position de leader en rassemblant la gauche radicale derrière elle, il y avait une possibilité de gagner. Cela a été le cas avec Blum, Mitterrand, Jospin ou encore Hollande. Quand la gauche radicale est en position de leader, c'est nécessairement voué à l'échec car la réponse aux attentes des Français n'est jamais réaliste. Nous en sommes là aujourd'hui avec la division que vous savez au sein du PS. Une division qui va malheureusement s'installer dans la durée. La gauche réformiste considère qu'il y a un certain nombres de points sur lesquels elle ne peut pas aller. C'est pour cette raison que nous dénonçons la position de quelques boutiquiers, quelques apparatchiks de la direction nationale du Parti socialiste qui ne visent en fait qu'à sauver leurs circonscriptions sans réfléchir aux conséquences ».

DLH : Pourtant les électeurs de gauche ont exprimé une forte aspiration au rassemblement ?

A. H : « Bien sûr. Et ils ont raison. Et j'adhère à cette aspiration de vouloir changer la société. Mais de quel rassemblement parle-t-on ? Le rassemblement, quand on le fait avec nos partenaires historiques que sont Europe Ecologie Les Verts, le Parti communiste, le Parti radical de gauche, il peut faire naître un espoir qui se lève tant nationalement que localement. Mais quand c'est un rassemblement qui se fait à la marge et derrière une formation politique radicale, on peut s'interroger sur l'efficacité de la démarche ».

DLH : Un des points de faiblesse du Parti socialiste n'est-il pas déjà Olivier Faure, le Premier secrétaire, qui a même déclaré que « le vrai PS, c'est un PS qui a accepté l'idée d'aller vers une forme de radicalité »... Ne va-t-il pas au delà d'une simple contestation du système ?

A. H : « Olivier Faure n'a aucune crédibilité pour parler au nom du Parti socialiste et en particulier de qui est le vrai ou le faux PS. Qu'a-t-il fait depuis qu'il est en est le Premier secrétaire ? Si ce n'est vouloir sans cesse l'effacement du Parti socialiste... Il a mené le Parti à 1,7 % à l'élection présidentielle. Entre temps, il a voulu que dans toutes les régions où nous étions en situation de conquête, nous nous effacions derrière des candidats qui n'étaient pas socialistes. Aux Européennes, il nous a effacés au profit d'un candidat qui n'était pas, non plus, socialiste. Olivier Faure est responsable du fait que le PS n'a absolument pas travaillé sur les grandes problématiques de notre société. Vous conviendrez qu'il était compliqué dès lors de présenter un programme crédible à la Présidentielle. Je regrette vivement qu'Olivier Faure n'ait pas eu la décence de quitter ses fonctions après le cuisant échec d'Anne Hidalgo. Pire, il est allé négocier sa propre circonscription avec La France Insoumise... ».

DLH : Peut-on dire que le parti que vous représentez à Dijon est en état de mort cérébrale après avoir capitulé en rase campagne ?

A. H : « Surtout pas. A Dijon, nous avons un Parti socialiste encore fort d'un grande nombre de militants et surtout fort de sa capacité à innover et réfléchir. L'exemple, c'est ce que nous avons réussi aux élections municipales et départementales où ce sont les militants du Parti socialiste qui, à travers différents groupes de travail, ont réfléchi à des orientations, construit un programme et des propositions qui ont été soumis à nos différents partenaires politiques.

La mort cérébrale, elle existe au niveau national avec une direction qui ne crée aucune dynamique collective. Par contre, à l'échelle locale, nous sommes en capacité de travailler et nous l'avons largement démontré ».

DLH : Et pourtant, quelques jours après la première élection d'Emmanuel Macron, François Rebsamen avait pourtant déclaré dans nos colonnes qu'il fallait refaire le PS du sol au plafond...

A. H : « Il avait raison. Et depuis 5 ans, rien n'a été fait. Je suis très en colère de voir que ce parti qui a structuré 100 ans d'histoire politique dans notre pays, est en train de disparaître par manque de travail et d'ambition de la part d'une direction nationale qui ne pense qu'à ses intérêts particuliers avant de penser à l'intérêt général du Parti socialiste et surtout à l'intérêt général de ceux qui sont en difficulté et pour lesquels nous nous battons ».

DLH : Comment structurer aujourd'hui une force de gauche républicaine, social-démocrate, laïque, européenne et surtout audible et crédible qui ne soit pas dans le sillage de cette Nouvelle Union Populaire écologique et sociale de circonstance ?

A. H : « Et bien voilà, vous avez utilisé le bon mot : de circonstance. Cette Nouvelle Union Populaire écologique et sociale, elle n'a vocation qu'à être une façade le temps des élections législatives et je ne la vois pas durer. Par contre, après la séquence des législatives, il faudra restructurer complètement une nouvelle force de gauche social-démocrate et social-écologiste. Vous avez remarqué que dans le débat politique actuel, il y a plusieurs responsables du Parti socialiste et d'autres formations, plusieurs élus -Bernard Cazeneuve, Carole Delga, Stéphane Le Foll...- qui refusent cet accord avec l'Union populaire. Il sera nécessaire de convoquer de grandes assises ou une grande convention nationale de la gauche de gouvernement et de la gauche réformiste social-démocrate, écologiste et laïque, pour relancer un vrai débat, une réflexion qui, hélas, font défaut aujourd'hui au sein du Parti socialiste. L'incarnation, elle viendra après. Il faut déjà créer les conditions de ce débat pour se remettre à travailler ensemble ».

DLH : La solution ne serait-elle pas tout simplement d'adhérer à la Fédération progressiste lancée par François Rebsamen et d'autres figures socialistes pour attirer tous les déçus du PS ?

A. H : « Je crois que la question n'est pas là. La question, elle est plutôt de savoir comment on recrée une dynamique collective. François Rebsamen a fait le choix d'appeler à voter Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle. Il a toujours été un homme libre et il a pris sa décision en conscience. Cela n'a pas été mon cas, comme d'autres socialistes. Néanmoins, je pense que nous appartenons à la même famille de la social-démocratie et il faudra nécessairement qu'on réfléchisse ensemble pour recréer, à partir de nos expériences politiques locales, une force nationale » .

DLH : Que va-t-il se passer en Côte-d'Or où aucun PS n'a été retenu pour les élections législatives ? Souhaitez-vous voir des dissidents socialistes se présenter dans les 5 circonscriptions ?

A. H : « Déjà, je n'aime pas ce mot dissident. Pour moi, l'accord avec la Nouvelle union populaire n'est pas légitime dans la mesure où elle n'a pas été validée par les militants du Parti socialiste mais uniquement par un conseil national fermé. Nous réfléchissons d'ailleurs en Côte-d'or pour saisir la commission interne des conflits pour non respect de nos statuts sur la procédure qui a fait aboutir cet accord. Faut-il des candidats sur les 5 circonscriptions de Côte-d'Or ? Nous nous sommes évidemment posés la question et nous avons décidé de ne pas être présents là où sont déjà candidats certains de nos partenaires historiques comme Europe Ecologie Les Verts et le Parti communiste sur la 2e et la 5e circonscription. Par contre, nous présenterons ou soutiendrons des candidats sur les trois autres circonscriptions »

DLH : Serez-vous candidat sur la 1ere circonscription ?

A. H : « Non. Je l'ai d'ailleurs précisé depuis longtemps. François Rebsamen m'a confié des responsabilités à la mairie et à la Métropole. Cela ne fait que deux ans que j'ai entrepris ces mandats et je considère que j'ai encore beaucoup à faire et à apprendre. C'est pourquoi je n'ambitionne pas de devenir député. Je préfère être utile aux Dijonnaises et Dijonnais et aux métropolitains ».

DLH : Personnellement, comment voyez-vous votre avenir politique ? Toujours au sein du PS ?

A. H : « On verra. J'ai adhéré à l'âge de 17 ans. J'en ai 37 aujourd'hui. Vous comprendrez que je suis très attaché à cette organisation. Cependant, je ne me reconnais plus dans son fonctionnement et encore moins dans sa ligne politique nationale. Localement, nous réussissons à porter nos aspirations à l'échelle de la ville et faire en sorte que Dijon soit une ville à vivre pour tous. Si on arrive à recréer une nouvelle force politique de la gauche, évidemment j'en serai ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre