Un psychologue de l’orientation pour quoi faire ?

On connaît les psychologues du travail qui s'intéressent aux attitudes et comportements humains en rapport avec le travail. On connaît un peu moins les psychologues de l'orientation... Rencontre avec l'une d'entre eux, Justine Raussin.

Dijon l'Hebdo : Comment définiriez-vous votre métier ?

Justine Raussin : « En tant que psychologue de l’orientation, j’aide les personnes qui se questionnent sur leur parcours professionnel à mieux se connaître et à bien vivre les processus de transitions qu’une carrière implique : entrée dans une école ou la vie active, nouvelle lecture de sa situation professionnelle, réajustement à son poste de travail, changement d’employeur, reconversion. Plus personnellement, accompagner mes client(e)s à avancer professionnellement, c’est les aider à s’honorer : à se faire le cadeau d’une vie professionnelle épanouie, et vivre pleinement leur vie de sorte à ce que chacun.e puisse se dire quand l’heure viendra de quitter ce monde : « Je suis fier(e) de mon existence ».

DLH : En quoi un diplôme de psychologue est-il une plus value ?

J. R : « Si la posture de psychologue est essentielle (neutralité, acceptation inconditionnelle de la personne), je constate aussi combien les connaissances développées sur le fonctionnement de l’être humain sont primordiales (cerveau, émotions, construction de la personnalité, développement relationnel…). Ce savoir permet de voir les personnes accompagnées dans leur globalité et non uniquement comme des personnes qui cherchent leur voie professionnelle. Elles disent souvent combien c’est rassurant de comprendre ce qui se passe en elles. Aussi, l’analyse de leur situation (pourquoi), sans pour autant faire une psychothérapie, permet de définir plus efficacement les actions adaptées à déployer (comment) ».

DLH : Au final, n'êtes-vous pas, comme beaucoup d'acteurs dans ce domaine, tout simplement un conseil en construction de carrière ?

J. R : « Même si c’est tout naturellement ce que l’on vient chercher quand on est en questionnement sur son orientation, mon rôle est surtout d’aider la personne à se conseiller elle-même. Me mettre à son écoute et partir de sa perception de la situation est le meilleur moyen de l’aider à se développer. Je suis là pour que, par le dialogue qui s’installe, elle donne du sens à ses expériences en prenant conscience de ses ressources et ses axes d’amélioration pour les mobiliser au quotidien ».

DLH : Sur quelles bases et quels principes repose votre méthode de travail ?

J. R : « Les études sur l’efficacité d’un accompagnement montrent que la relation a plus d’impact que les outils. Il s’agit d’avancer ensemble : je ne suis ni devant la personne, ni derrière elle, mais à ses côtés, mettant à son service les approches scientifiquement prouvées (counselling, psychologie existentielle, méditation pleine conscience notamment). Il n’y a pas de recette miracle. Le plus important, c’est l’expérience que la personne va vivre à travers l’accompagnement : celle d’entrer en relation avec elle-même pour identifier la manière dont elle veut contribuer au monde qui l’entoure. Je veille à m’adapter à mes client(e)s pour que cette expérience soit sereine et fructueuse ».

DLH : On peut donc parler de « sur mesure » ?

J. R : « Quoi de mieux pour aider les personnes à se créer une vie professionnelle qui leur ressemble que de commencer par construire avec elles un accompagnement qui leur ressemble et qui met en avant leurs propres ressources ?

Le « sur mesure », c’est effectivement ce qui fait la particularité de mes accompagnements. Il n’y a pas deux accompagnements identiques. Je construis avec la personne l’accompagnement qui lui correspond (outils, thématiques, modalités) : une occasion pour elle de se l’approprier et par là de s’engager dans une démarche active qui contribue à son avancée dans sa réflexion. Il peut s’agir de la mise en place d’un bilan approfondi (de l’analyse de la situation à la concrétisation d’un projet) ou simplement d’un entretien coup de pouce pour que la personne chemine ensuite par elle-même ».

DLH : Quels sont les publics concernés par votre activité ?

J. R : « L’orientation est un processus qui se joue tout au long de la vie. Le public est donc très large : des jeunes en quête d’un 1er projet d’orientation aux professionnels proches du passage à la retraite. (Futurs) étudiants, salariés, fonctionnaires, demandeurs d’emploi, entrepreneurs, sont ceux auprès de qui je me suis investie jusqu’ici. Les motifs d’accompagnement sont donc vastes : élaboration d’un projet professionnel, inconfort au travail, envie ou besoin de changement, reconversion suite à des problèmes de santé, structuration d’un projet pour le concrétiser. En individuel ou en collectif, j’interviens auprès des particuliers, mais aussi auprès des employeurs. J’aime également créer des formats personnalisés pour les structures qui veulent proposer conférences ou ateliers interactifs à leur public ».

DLH : Pensez-vous nécessaire d'imaginer de nouvelles façons de considérer l’orientation professionnelle ?

J. R : « S’il est intrinsèquement humain de chercher à trouver sa voie et réussir sa vie professionnelle, il me semble indispensable de voir, qu’au-delà de cet objectif qui nous permet de nous mettre en mouvement vers une direction, il y a surtout une expérience à vivre. Pour cela, il est plus que jamais essentiel de revenir au partage et à la transmission. Réunir les différentes générations autour de cette préoccupation qu’est bien souvent l’orientation est un levier à considérer. A partir des prises de conscience permises par le partage d’expériences entre séniors et personnes en questionnement sur leur vie professionnelle, écrire son histoire à sa façon est facilité ».

DLH : La possibilité pour une personne de faire des choix scolaires et professionnels en lien avec ce qu'elle valorise et de les atteindre réellement n'est-elle pas une chimère dans un contexte sociétal de plus en plus marqué par une déstandardisation des trajectoires professionnelles ?

J. R : « Mieux se connaître et explorer ses aspirations profondes ne garantit pas systématiquement la concrétisation du projet de nos rêves, en effet. Pour chaque projet, il s’agit d’étudier sa faisabilité. Si nécessaire, la lumière mise sur les critères qui nous importent dans un projet permet de rebondir plus facilement vers d’autres pistes dans lesquelles on retrouve tout ou partie de ces critères. Cette déstandardisation des trajectoires est aussi une opportunité de créer de nouvelles formes d’activités. L’imprévisibilité du monde dans lequel nous vivons peut devenir un moteur à vivre pleinement sa vie et à s’engager dans qui est vraiment important pour nous, tout en ayant conscience des potentielles limites avec lesquelles il s’agira de composer. On peut voir le changement et la crise sous l’angle des contraintes qui se renforcent, ou du champ des possibles qui s’ouvre à nous ».

Propos recueillis par Jean-Louis Pierre

Justine Raussin

Psychologue de l'orientation

justineraussin.com

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