Les nouveaux directeurs de conscience

Les œufs ou cocottes de Pâques, le gigot pascal ont eu fort à faire pour tenir la vedette à la table familiale du 17 avril. Le fauteur de troubles, le briseur de la trêve des confiseurs ? Le 2ème tour des Présidentielles, qui a fait imploser au pire les grands partis traditionnels gauche/droite, ou au mieux les a rendus dissolvables dans la potion prétendument magique du Marais - copié/collé de ce que connut la France au lendemain de la Révolution de 1789 (1). Bref, ce 1er tour laisse les coquilles vides – faute de leaders, d’idéologies, de programmes, faute également de militants de base à « l’ancienne ». Si François Mitterrand se vantait « d’avoir plumé la volaille communiste », on se doit d’avouer que l’usure des temps ainsi que la rupture consommée d’avec les grands classiques du monde politique, l’intrusion dans le choix des électeurs d’une culture fondée sur les réseaux sociaux ont retiré plumage et ramage au PS, au PC, aux Ecolos, tout comme aux Républicains. Nous sommes donc confrontés à jouer les arbitres entre trois têtes d’affiche : Emmanuel Macron, Marine Le Pen, et le joker Abstention…

Occupent désormais le devant de la scène électorale le pouvoir d’achat, la hausse du prix des carburants, l’augmentation très problématique des bas salaires, le mieux-être dans les EHPAD, l’âge de la retraite à reculons ou bloquée au compteur actuel, le hiatus entre certains Français et le monde du travail. Tout ce melting-pot rappelle inévitablement les listes de courses, que chacun des deux challengers en tête de gondole du 24 avril consulte avant de tout fourrer dans son charriot et de partir à la pêche aux voix. Cette vacuité ainsi que cette absence d’une stratégie élaborée pour une Europe efficace moins bureaucratique, plus industrielle ou plus autonome, pour une France du futur, ou même pour une volonté affichée de préserver notre patrimoine occidental risquent d’avoir pour conséquence le vote par défaut. Voire, plus grave, se retrouvent d’ici à peu de temps dans la haine, la contestation et la colère de la rue !

Face à ce vestige des jours plus fastes, nous assistons médusés à la résurrection des directeurs de conscience qui distillent des consignes électorales au menu fretin que constituent, à leurs yeux, les électeurs de base. Il est carrément inadmissible de voir que des caciques politiques, des sportifs de haut niveau, des acteurs de l’univers culturel nous envisagent en esprits impurs entachés du péché capital de sottise, d’ignorance congénitale… Au nom de quoi se permettent-ils, tous ces néo-anges gardiens (qui ont parfois failli bien des fois) de nous guider dans notre choix soit pour Emmanuel Macron, soit pour Marine Le Pen? Quel est leur évangile ? Se poser en parangons du Front républicain, en défenseurs de la démocratie. Ils confondent les urnes avec des confessionnaux, tous ces soi-disant membres d’une élite qui oublient les fondamentaux du moment : le libre-arbitre de l’électeur, la République érodée par les coups de buttoir de minorités ou de communautarismes intolérants, le système démocratique lézardé. Entre une réalité désenchantée ou rêvée, où se situe la permanence de la France ?

Marie-France Poirier

  1. : La Plaine ou le Marais est le nom donné au groupe le plus modéré, mais le plus nombreux (environ 400 députés) de la Convention nationale de 1791 à 1795. Cette dénomination provient de cette position au centre droite/gauche, par comparaison par opposition aux membres radicaux de la Montagne. C'est au journal L'Ami du peuple fondé par Marat qu’il reviendrait d’avoir inventé le terme de « Marais ».