The Only Shit renversent la Vapeur

Un court-métrage de Maxime Virot et Amélie Prat, accompagné par Thibaud Rerolle et Charlie Suchaut, avec Pascal Gauthier, Benjamin Mba, Anaëlle Rouzeau , Mathieu Divers, Marie Guenin, Amélie Normand, Ombeline Rigolley-Clavière, Chris Sajot et Maxime Virot lui-même.

Sur la grande scène de la salle de concert, dans les faisceaux d’une lumière crue, le groupe électro-pop « The Only Shit » se met en place. Anaëlle, la chanteuse, pantalon noir et chemise nouée style crop top, fait des vocalises en même temps qu’elle fait tourner ses bras, pour échauffer son grand corps engourdi par un sommeil peu réparateur et plusieurs jours de tournée. Amélie, boucles d’oreilles créoles et pull à paillettes, sort son clavier de son flight case tandis que Chris, chemise bûcheron blanche et noire, règle ses machines. Des sons de caisse claire et vibrations de grosse caisse retentissent dans toute la salle. Au centre de celle-ci, debout devant l’énorme console de mixage, Mathieu, tout de noir vêtu, fait ses réglage son, tandis que derrière lui Cody, décontracté, chemise ouverte, est à la console lumière. Le sol, un peu collant, est parsemé de deux ou trois gobelets vides. Le brouhaha du précédent concert hardcore résonne encore ; des odeurs de bière, de sueur et de quelques cigarettes allumées en cachette pénètrent durablement l’atmosphère sombre de la salle. Marie, la manageuse des « Only Shit », est au fond, accoudée au bar : elle téléphone. Elle se bouche une oreille pour s’isoler du bruit ambiant …

La saveur fondamentale d’Umami

Ainsi commence le film, tourné pendant la semaine de la Fête du court-métrage 2022, à la Vapeur à Dijon. Réaliser une comédie noire dans cet antre industriel, c’est le défi offert à vingt-cinq lycéens et étudiants, sur un scénario coécrit avec des « professionnels de la profession ». En effet, dans le cadre d’un partenariat d’éducation artistique et culturelle, la Vapeur et le lycée Olivier de Serres de Quetigny se sont associés au studio de création audiovisuelle Umami, afin de proposer aux élèves de s’immerger plusieurs jours dans ce lieu mythique de la musique rock (aujourd’hui musiques actuelles), pour la conception de leur court-métrage annuel.

Voilà plus de dix ans que la co-animation de l’option cinéma du lycée est confiée à Thibaud Rerolle, anciennement directeur artistique chez CHapet Hill, et qui travaille aujourd’hui avec son ami vidéaste et musicien Charlie Suchaut au sein du studio Umami, rue Montmartre à Dijon. De l’écriture du scénario à la musique en passant par le son, l’image, le maquillage, le décor, la régie et la réalisation, tout est porté par ces jeunes en formation. Cette année, la collaboration avec la salle de concert permet de mettre en valeur le travail musical à l’œuvre dans une création cinématographique. Maxime Virot et Amélie Prat sont les réalisateurs attitrés de ce dixième opus, mais leur rôle ne se limitera pas à cette proposition de plans plus ou moins complexes, qui mis bout à bout aboutissent par « la magie du cinéma » à un film à la grammaire impeccable, sans faux raccords ni sautes d’axe … sinon volontaires. Maxime et Amélie, comme leurs camarades, évolueront également à d’autres postes. Lui sera Cody, un des personnages les plus attachants du film. Elle, endossera le rôle de scripte, afin d’assurer la cohérence et la continuité des éléments, dans une saveur fondamentale proche de l’umami.

Terre brûlée au vent des landes de pierre

Ont rejoint également l’encadrement, à la B.O. le musicien électro « rétro-futuriste » Remi Guagliata alias Païkan, un habitué des lieux – il jouera à la Vapeur le 17 avril – et à la direction d’acteurs Benjamin Mba de la Cie les Écorchés, qui vient d’interpréter le plus grand boxeur de tous les temps au théâtre Mansart, dans « M’appelle Mohamed Ali ». Rémi et Benjamin ont été d’une aide efficace et précieuse pour les jeunes dans leurs compositions musicales et actorales. Tout comme la médiatrice culturelle Stella Tanguy, guide hors pair tout au long de cette semaine, où l’équipe de cinéma a dû partager les 3 000 m2 d’espace avec les autres acteurs d’une Vapeur aux multiples activités artistiques, administratives ou gastronomiques (merci à la team des Cornichons, la cantine de la Vapeur). À la lumière, Guillaume Hartenstein a su proposer différentes ambiances assez incroyables pour donner au film « une tonalité graphique aussi parfaite que le teint de la chanteuse ».

Le dernier jour, la réalité rejoint la fiction. La Vapeur accueille le rappeur Josman. Le concert est complet. Dès le début de l’après-midi, de jeunes lycéennes ont dû sécher les cours pour se presser devant l’entrée. La file ne cesse de grandir jusqu’à l’heure du show dans un décor lunaire. Pendant ce temps, après le dernier clap donné par Anouk, l’équipe de cinéma se retrouve à l’étage, au club, pour une dernière danse au son des « Lacs du Connemara ». Un bon de quarante ans dans le passé que le romancier Nicolas Mathieu n’aurait pas renié, pour une nouvelle fois renverser la Vapeur.

Raphaël Moretto

Sortie du film fin mai sur les écrans, avec le soutien de la DRAC, de la DRAAF, de la Région Bourgogne Franche-Comté et de Christophe GUION, Président du Groupe RESERVOIR IMMO.

La programmation de la Vapeur :

Mardi 29 mars : Monophonics, combo psyché-soul de la baie de San Francisco, à 20h30 au Club (places de 5,50 € à 15 €).

Jeudi 31 mars : Georgio, rap, à 20h30 dans la grande salle (places de 5,50 € à 28 €).

Le SIRK #7 • Printemps @ La Vapeur avec Païkan, du dimanche 17 avril au lundi 18 avril.

Photo : Noémie Guenin