L’odyssée du Vivant par Jean Chaline

Quelque chose ne tourne pas rond sur Terre ou dans notre existence depuis deux ans, et on se surprend souvent à fredonner le refrain d’Alain Souchon  « Allô Maman, bobo… ». Jean Chaline, grand paléontologue, biologiste et spécialiste des relations sciences/religions, n’appartient pas à la chaîne de l’Homo desesperatus. La preuve ? Avec un refus obstiné de céder à toute ambiance délétère, il a profité des différents confinements liés au Covid pour écrire une « Histoire des Grandes Questions Existentielles ».

C’est là un ouvrage de synthèse passionnant – intriguant même – qui traite de la conception du temps, de l’éternité. Qui fait part également de l’angoisse des hommes depuis100 000 ans face à l’ambivalence de la vie et de la mort. L’animisme, les croyances polythéistes, les religions, les sciences ont tenté ou tentent d’apporter des réponses. Un des passages du traité de Jean Chaline explique de façon très claire le passage d’une structure de singe à celle de son cousin germain, l’homme. Un fait qui – Dieu le sait ! – a été combattu par toutes les religions : c’est le cas notamment des créationnistes qui le contestent encore aujourd’hui violemment.

Ainsi Jean Chaline fait le point sur les avancées, les travaux scientifiques de notre époque concernant le « Comment » de l’origine de l’Univers, ainsi que son évolution ou son expansion, ou encore de l’émergence de la vie sur Terre des millions d’espèces du vivant depuis le premier système vivant cloisonné de type Procaryote. Il évoque nos origines, s’appuyant sur de nouvelles découvertes. Ces mêmes chercheurs s’attaquent aujourd’hui à l’interrogation fondamentale du « Pourquoi », en s’en approchant de plus en plus : ils ont mis en évidence le rôle majeur du « Fond diffus du rayonnement cosmologique » de l’Univers, par qui « la lumière fut ! »

Jean Chaline ne manque pas à ce sujet d’adresser un clin d’œil aux téléspectateurs que nous sommes : « Ce qui est le plus étonnant », précise-t-il, « c’est que chacun d’entre nous peut visualiser cet événement sur les écrans (lorsqu’il n’y a pas de signal TV) sous la forme de la neige télévisuelle constituée d’un crépitement de points noirs ou blancs. En fait, ce sont des photons fossiles, vieux de plus de 13 milliards d’années, libérés au moment du fond diffus cosmologique 380 000 ans après le Big Bang, qui traversent l’écran ».

Le mérite de Jean Chaline, c’est de s’être immiscé dans ce foisonnement des réponses apportées par des scientifiques, des astrophysiciens, des physiciens, des paléontologues, des mathématiciens, des chercheurs en thermodynamique etc. L’auteur souligne – comme il l’a fait lors de précédents ouvrages – l’opposition des trois grandes religions monothéistes ainsi que celle d’autres systèmes idéologiques ou philosophiques face aux découvertes de la science : toutes ont proposé des explications divergentes aux questions fondamentales que suscite notre passage ici-bas. Et ce, contrairement à la science qui, elle, débouche sur des lois ainsi qu’un savoir à caractère universel. Ou même la certitude de la fin du système solaire d’ici à environ 4 milliards et demi d’années…

Jean Chaline, c’est bien connu, est un esprit libre ; il n’hésite pas à émettre l’hypothèse suivante : « Les recherches en physique quantique suggèrent même que le processus d’intrication quantique de l’Univers pourrait expliquer certains phénomènes religieux, ce qui est nouveau ».

Ce compagnonnage intellectuel et métaphysique avec ce tout récent grand traité de Jean Chaline nous apprend autant qu’il nous conduit à la réflexion, en nous incitant toujours et encore à nous interroger, à observer l’Univers, à scruter le Vivant. Car les sciences n’ont pas mis un point final à nos interrogations, – et peut-être – ne mettront-elles jamais un terme au « Pourquoi vivons-nous ? », et, bien entendu, « Y-a-t-il une finalité de la vie ? »

Marie-France Poirier