Les brèves de Jeanne Vernay

Felix Kir et le Père Noël

La descente rituelle chaque 24 décembre du Père Noël le long de la Tour Philippe-Le-Bon, pour rejoindre le public au milieu de la cour de la mairie, fêtera cette année son 70e anniversaire. Et il est intéressant de faire un peu d’Histoire locale pour rappeler les circonstances surprenantes de la mise en place de cette tradition par le maire de l’époque, Félix Kir. En réaction à un événement ayant créé une forte émotion dans la Cité des Ducs : le 23 décembre 1951, l’effigie du Père Noël, sur ordre du clergé dijonnais, avait été brûlée par 250 enfants des patronages religieux dijonnais… En place publique, sur le parvis de la cathédrale Saint-Bénigne. Un passage au bûcher qui fit beaucoup de bruit et divisa la ville. D’autant que l’Eglise, très conservatrice à l’époque, loin encore des ouvertures du concile de Vatican II, argumente et justifie l’autodafé : la fête de Noël doit célébrer la naissance du Christ… avant tout. Et le Père Noël ne serait qu’une invention païenne, mercantile, usurpatrice, qui a besoin d’être éliminée dans un geste symbolique. Une intransigeance jetant de l’huile sur un feu devenu rapidement difficile à maîtriser… La polémique enfle, gagne même la presse nationale et deux écrivains s’affrontent : Gilbert Cesbron se charge du réquisitoire de « l’accusé Père Noël » quand René Barjavel assure le plaidoyer en « laissant à l’enfance émerveillée son magicien barbu. » Le chanoine Kir, pourtant ecclésiastique lui-même, se place résolument dans le camp qui condamne la mise à feu et décide aussitôt de ressusciter le Père Noël réduit en cendres. Le 24 décembre 1951, il fait monter sur le toit de la mairie un sapeur-pompier, déguisé avec une barbe postiche. La tradition locale était née…

 

Label Ville

Je ne peux que placer les projecteurs sur cette annonce puisqu’elle porte (pratiquement) le même nom que cette rubrique. La ville de Dijon organise, en effet, un concours Les Trophées Label Ville qui valorise les commerçants et leur commerce, ayant réalisé des restaurations de façades, des transformations de devantures, d’enseignes, de vitrines et d’agencements intérieurs. Les réalisations les plus remarquables sont récompensées chaque année lors d’une cérémonie. Vous êtes intéressés ?  Les candidatures pour l’édition 2021 sont ouvertes. Vous pouvez vous inscrire jusqu’au 31 janvier à cette adresse : guichetuniquepro@ville-dijon.fr

Clos et château scintillants

Le Château du Clos de Vougeot célèbrera, les 11 et 12 décembre, les fêtes de fin d’année à travers un ensemble d’animations de qualité. L’événement, baptisé « Clos et Château Scintillants », dont ce sera la 4e édition, proposera au public des rendez-vous capables de satisfaire son appétit culturel et sa soif d’originalité dans un décor magnifiquement adapté. Les participants pourront participer à des ateliers de calligraphie et bénéficieront des démonstrations libres effectuées par l’association « Les Chouettes du Cœur », à l’aide de ses oiseaux de proie. Le trio de Vougeot interprétera des chansons de Noël et des chants traditionnels bourguignons. Et les visites théâtralisées du comédien Thomas Volatier permettront de redécouvrir l’histoire du lieu, parfaitement mise en scène et en mots (réservation : www.closdevougeot.fr).

 

Au coeur de la recherche

Au Centre des sciences du goût et de l’alimentation, huit chercheurs et chercheuses de l’Université de Bourgogne ont récemment pris une initiative passionnante : ils sont sortis de leurs laboratoires pour faire découvrir au public dijonnais, petits et grands, leurs recherches, y compris leurs investigations les plus complexes expliquées jusque dans leurs moindres détails. Microbiologistes, paléontologues, spécialistes de littérature ou de neurosciences, climatologues, immunologues, chercheurs dans le domaine du vin ou de la psychologie de l’apprentissage, tous ont passé du temps à raconter leur quotidien… A susciter maints questionnements lors d’ateliers improvisés, de discussions animées. Autour d’objets insolites ou de récits passionnants… Une journée riche d’enseignements pour les visiteurs et une réelle plongée au cœur de la recherche, vraisemblablement de nature à faire naître de solides vocations chez les plus jeunes.

 

La grande fresque de Boutaric

L’œuvre se voit depuis le boulevard Champollion : monumentale, harmonieuse, minutieuse, elle couvre l’ensemble du pignon de l’immeuble Boutaric, dans le quartier des Grésilles. Cette fresque aux dimensions exceptionnelles couvre pas moins de 300 m2 en s’étirant sur 9 étages ; réalisée par l’artiste Hertelli, appelé plus communément Shoof, elle est le résultat remarqué d’une résidence mise sur pied par le M.U.R. de Dijon et l’association Zudique Productions, dans le cadre des Nuits d’Orient. Dans un souci de complémentarité, elle vient accompagner l’œuvre de RNST, peinte en 2020 sur une façade du bâtiment Jolio-Curie. Il ne fait aucun doute qu’au-delà de ses qualités esthétiques, la fresque de Shoof rend, aux veilles de sa démolition, un hommage appuyé à l’immeuble Boutaric et aux nombreux habitants qui y ont vécu…

 

La place de Barbara

La chanteuse Barbara vient d’être récemment utilisée comme caution dans le clip de présentation de la candidature à la présidence de la République par l’un des prétendants à l’Elysée ! Provocation ? Ignorance ? Tentation de récupérer un talent unanimement reconnu pour valoriser un usurpateur ? Sans doute… Mais avant tout une appropriation pour le moins condamnable quand on connaît l’œuvre et les engagements humanistes de l’artiste… A coup sûr aux antipodes des convictions présentées dans la vidéo… Certes, il faudrait bien peu de rigueur pour ranger Barbara dans un camp plus que dans un autre, mais sa vie et le contenu de ses textes, faits de sensibilité, de sens de la nuance, de recherche de la vérité, d’ouverture, de la compréhension et du souci constants de l’autre, sont les contre-pieds de toute idée de repli sur soi et d’exclusion ! Et cette mise en scène laissant croire à un soutien posthume de l’auteure de l’Aigle noir est bien, au-delà de la question des droits d’auteur, une falsification qui doit se voir opposer plus que le rire… Ce mensonge est une basse œuvre : elle nie les engagements de la chanteuse, qui fut elle-même pendant un temps une sans-papier… Elle met surtout en exergue la duplicité du candidat en question qui, d’un côté, minimise le rôle de Pétain dans la répression antisémite et qui, de l’autre, ose s’appuyer ici sur une artiste, juive, contrainte de fuir, pendant toute son enfance, devant la Gestapo et la police de Vichy… Alors laissons Barbara à la place que son existence, ses chansons, ses souffrances, son public, son talent… lui ont donnée.

 

Acteurs de l'environnement

Grâce à un partenariat tissé avec les collèges Montchapet et Saint-François, vient d’être organisée avec succès l’Opération Propreté Montchapet avec les collégiens. Une initiative impulsée par les deux conseillers départementaux du canton de Dijon 1, François-Xavier Dugourd et Clémentine Barbier, à la suite de la restitution de l’enquête, lancée auprès des élèves des collèges, « la Côte-d’Or en 2050 », qui fait apparaître l’environnement comme leur première préoccupation. Et les fait déjà s’investir dans leurs établissements au service du développement durable avec la démarche « Agenda 21 scolaire » initiée par le Conseil départemental… Sur des domaines essentiels : l’eau, l’énergie, l’alimentation, le bruit, la biodiversité… Ici, localement et plus concrètement, sur le secteur de Montchapet, il s’est agi de faire ramasser par 120 élèves de 6e les petits déchets jetés dans les espaces publics, avec ,en fin de démarche, une pesée des éléments récupérés. Et la remise de récompenses. Une opération-pilote dans le département qui vise à donner conscience de l’importance des gestes du quotidien aux enfants. Avec l’objectif de les faire devenir acteurs de l’environnement de leur quartier.

 

Connais-toi toi-même

« Connais- toi toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux… » Cette maxime inscrite au frontispice du Temple de Delphes a-t-elle inspiré nombre des artistes qui avaient une propension à se représenter dans leurs œuvres ? Ou bien n’était-ce qu’une (simple) question d’ambition ? Michel-Ange, Véronèse,  Rembrand, Dürer, Raphaël, Dali, Botticelli, Lippi , Baldung Grien, Goya… nous pourrions multiplier les exemples. Si vous voulez connaître la réponse à cette interrogation culturelle par excellence, ne manquez pas la conférence de Pierre Pertus, le mercredi 15 décembre à 19 h à Darcy Comédie, 10 rue Devosge. Dans le cadre du cycle « Secrets et mystères de l’Art », il vous dévoilera… les secrets de fabrication de nombre d’œuvres inscrites au patrimoine mondial… de l’Art. Entrée 10 euros, gratuité pour les étudiants.

 

Nuits et la guerre de 1870

La Côte-d’Or, on le sait peu, eut à souffrir de la guerre de 1870 et Nuits-Saint- Georges, avec un an de retard pour raison sanitaire, s’apprête à célébrer le 150e anniversaire des luttes sanglantes qui se déroulèrent sur son sol en novembre et décembre de la première année de ce conflit. Dès le 30 octobre, les Prussiens s’emparent de Dijon et vont faire plusieurs incursions vers le sud. Rapidement, ils occupent l’abbaye de Cîteaux, mais ils sont freinés par les corps francs de Bourras qui tient les villages de la Saône et pousse jusqu’à Nuits pour surveiller la route nationale. Le 20 novembre, 1200 Allemands arrivent du Nord et les soldats français, disséminés dans la cité nuitonne ou à mi-côte de la montagne, subissent le feu adverse cinq heures durant avant de se replier sur le plateau de Chaux ; une percée sans suite puisque l’ennemi se retire sur Vougeot. Avec des pertes importantes. Le 18 décembre, une nouvelle expédition venue de Dijon va conduire dans la plaine de Nuits, de part et d’autre de la voie ferrée et autour de la gare, à de durs affrontements… Au moment décisif, les munitions font défaut aux régiments français. Cependant, les Prussiens qui craignent de nouvelles attaques, regagnent la capitale de la Côte-d’Or. Une histoire locale intéressante à approfondir pour montrer que le secteur nuiton eut à souffrir de la guerre bien avant les conflits du XXe siècle…