Sladana Zivkovic : « Le tourisme durable d’aujourd’hui… et de demain »

L’Office du tourisme de Dijon métropole n’a de cesse d’innover – nous l’avons vu avec la dernière campagne de communication ou encore avec les nouvelles expériences proposées, à l’instar de la visite du palais ducal en compagnie de Philippe le Bon. Une visite qui a rencontré le succès tout au long de l’été. Mais c’est également vrai dans le domaine digital où Dijon peut revendiquer haut et fort son statut de Smart City. Mais la présidente de l’Office de tourisme tient à insister aussi sur un autre tournant… plus durable. Ce qui n’empêche pas, bien au contraire, ce secteur de rester un des leviers majeurs de l’attractivité du territoire. A la veille d’organiser les premières Assises du Tourisme à Dijon, le 11 décembre prochain, Sladana Zivkovic nous détaille sa vision du tourisme d’aujourd’hui… et de demain.

Dijon l’Hebdo : Les professionnels du tourisme semblent avoir retrouvé le sourire après de longs mois de vaches maigres, Covid oblige. L’arrière-saison a-t-elle vu le retour en force des visiteurs tant attendus ?

Sladana Zivkovic : « Nous avons atteint les niveaux d’avant la crise sur la saison touristique estivale. L’arrière-saison, avec un excellent mois de septembre, a également été très bonne. Et cette tendance s’est prolongée en octobre. Il faudrait même s’interroger désormais sur le qualificatif d’arrière-saison. Certes, la clientèle est différente puisque nous sommes hors période de vacances scolaires mais cette période est de plus en plus prisée ».

DLH : Pourtant vous avez dû faire face à l’absence de la clientèle américaine et asiatique…

S. Z : « C’est tout l’enjeu du tourisme de demain parce que la période Covid et les contraintes sanitaires inhérentes ont conduit les Français à redécouvrir leur pays ainsi que leur région. Les excellents chiffres viennent, en partie, du fait que nous avons compensé la perte de la clientèle lointaine par la clientèle européenne et nationale. Cette évolution doit nous interroger : doit-on tout miser pour aller chercher la clientèle lointaine ? Je ne veux pas dire qu’il est nécessaire d’arrêter nos actions en ce sens mais nous devons agir avec mesure et actionner aussi d’autres leviers. Les prochains atouts de la métropole participeront au retour de cette clientèle. Je pense, en particulier, à la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin ou à l’Office international du Vin et de la Vigne. Cela ne nous interdit pas de cultiver la clientèle nationale qui a repris goût pour notre beau pays et notre belle région. Nous nous situons dans l’une des régions les plus riches en sites classés Unesco, de quoi ravir tous les types de clientèles. L’office de Tourisme propose une large gamme de partenariats à partir de la capitale régionale jusqu’aux quatre coins de la Région (par le biais de du Dijon City Pass) ».

DLH : Vous n’avez de cesse de prôner un tourisme durable… Qu’entendez-vous concrètement par-là ? N’est-ce pas un vœu pieu comme ceux affichés lors de la COP 26 ?

S. Z : « Il faut lutter contre le réchauffement climatique. Nous ne pouvons pas tout changer d’un seul coup mais il s’agit plutôt d’effectuer des transformations concrètes et immédiates. Chacun, à notre niveau, nous devons tenter de répondre aux objectifs de développement durable fixés par les Nations Unies. La COP vise un idéal mais l’essentiel est d’aller vers cet objectif. Je pense que les acteurs du tourisme, les entreprises, les voyageurs… ont pris conscience de l’enjeu. De plus en plus de personnes cherchent des expériences authentiques, des voyages avec l’impact le plus limité sur l’environnement. En parallèle à notre fonctionnement interne où nous multiplions les actions durables, l’Office de Tourisme travaille à cela très concrètement : nous développons par exemple des partenariats limitant l’empreinte carbone, favorisant les mobilités douces. Le traitement des déchets, l’impact sur la biodiversité… sont autant d’indicateurs sur lesquels nous travaillons avec nos partenaires et l’ensemble des acteurs du tourisme. Nous avons accéléré le mouvement depuis la rentrée post-Covid et notre offre s’étoffe en ce sens. Je pourrais évoquer, à titre d’exemple, les nouvelles balades gourmandes qui ont été expérimentées, alliant gastronomie et randonnée entre Dijon et talant. Nous avons la chance de pouvoir localement miser sur un tourisme urbain tout en étant très proche de la nature et incluant de nombreux parcs et jardins y compris en ville ».

 

DLH : Ce tourisme durable peut-il être compatible avec son rôle de levier d’attractivité majeur ?
S. Z :
« Cela doit se faire en bonne intelligence. Il faut être clair : nous n’allons pas fermer tous les aéroports. Nous avons besoin du retour des clientèles internationales, nous ne pourrons pas d’un côté favoriser l’installation du siège de l’OIV qui nécessitera la rencontre entre les chercheurs du monde entier et renoncer à toutes voies aériennes. Evidemment, à l’échelle nationale, il faut miser davantage sur la recherche afin d’avoir des alternatives énergétiques crédibles. Nous avons la chance d’avoir une gare au centre-ville de Dijon. Aussi, à notre niveau, au sein de l’Office de Tourisme, nous favorisons l’intermodalité : le train, le tram, le bus, le vélo, la marche… et nous travaillons à l’accès pour les touristes à un point vélos dès leur arrivée en gare. La politique de Dijon métropole et de la Ville de Dijon est très forte en faveur des mobilités douces. La piétonisation du cœur de ville en est un exemple. Toutes ces actions participent à la limitation de l’empreinte carbone… Mais il est certain que nous ne souhaitons pas le repli sur soi. Nous souhaitons le retour du tourisme d’affaires qui a été cruellement touché par la crise et qui est un vecteur important de développement économique. Ce qui n’est pas, à mon sens, contradictoire avec l’évolution vers un tourisme plus durable ! »

DLH : Comment attirer plus de jeunes sur le territoire de la métropole ?

S. Z : « Le sujet n’est pas assez évoqué mais un autre aspect dans la durabilité est capitale. Nous luttons aussi contre les inégalités dans l’accès aux loisirs et au tourisme. Nous avons développé des expériences à des tarifs accessibles en particulier pour les scolaires et, dans le secteur de l’œnotourisme, nous travaillons avec des partenaires qui facilitent l’accès aux vins. Nous travaillons à la démocratisation du vin. A cet égard, nous avons également souhaité que l’accès à la Cité internationale de la Gastronomie et du Vin soit gratuit. Bien entendu, nous ne négligeons pas notre clientèle haut de gamme qui a de plus en plus sa place à Dijon mais nous devons nous adresser à tout le monde. Nous remplissons également une mission de service public envers nos jeunes ainsi que ceux que nous souhaitons accueillir en plus grand nombre. Cela passe par des coûts plus abordables et par une offre plus adaptée et écoresponsable. Nous travaillons notamment à des événements festifs qui pourraient faire référence et jalonner l’année. Le Festival Vyv en est une illustration. Il a attiré des milliers de visiteurs malgré la crise sanitaire, ce qui est prometteur pour les années à venir ».

DLH : L’Union des métiers et des industrie de l’hôtellerie de Côte-d’Or n’a de cesse de tirer la sonnette d’alarme sur l’actuelle pénurie de personnel. Comment faire pour solutionner ce problème ?

S. Z : «  Il est nécessaire de rappeler que ce secteur offre des emplois durables, non délocalisables, pérennes et porteurs d’avenir pour les jeunes. Comment explique-t-on qu’il y a 350 000 emplois non pourvus aujourd’hui dans ce secteur ? Tout le monde a une part de responsabilité. Cela dépasse le cadre local puisque l’Etat a repris la main sur la majeure partie de la formation, en partage avec les régions. Il faut revoir notre système d’orientation et de formation, en lien avec les entreprises et les branches professionnels. C’est un vrai plan national à élaborer en partenariat avec les régions et l’ensemble des partenaires concernés. Ces métiers sont attractifs, que l’on travaille dans l’hôtellerie, la restauration ou dans un office de tourisme, on est amené à s’approprier la culture d’un territoire. Cela est très enrichissant et épanouissant aussi bien pour les jeunes que les adultes en voie de reconversion. Au moment où beaucoup ont pris du recul par rapport à leur emploi, s’il y a bien un secteur porteur de sens, c’est bien le tourisme ! »

 

DLH : La réimplantation des vignes sur le territoire de la métropole peut participer aussi, j’imagine, à cette dynamique…

S. Z : « L’œnotourisme reste dans notre ADN et nous pouvons pleinement l’allier avec le tourisme durable. Dijon métropole œuvre, en effet, au renouveau du vin sur le territoire, avec le retour des vignes sur le plateau de la Cras. Sur la métropole, nous proposons une expérience exceptionnelle au Château de Marsannay où le responsable Sylvain Pabion développe une nouvelle approche (voir encadré). De plus en plus de vignerons sont passés à une agriculture raisonnée. La nouvelle génération est particulièrement préoccupée par la sauvegarde des sols et de la planète. Et beaucoup misent sur cet avenir durable. Nous sommes là pour en faire la promotion. C’est un cercle vertueux ! »

DLH : Nous retrouverons naturellement cette dimension durable dans l’acte II de votre Schéma de développement du tourisme métropolitain que vous êtes en train d’élaborer ?

S. Z : « Nous avons en effet repris nos groupes de travail, même si, durant le Covid, nous avons continué à nous concerter par viso-conférences. On l’oublie trop souvent mais un tourisme durable c’est aussi une vision partagée. Une stratégie élaborée avec les professionnels mais aussi avec les habitants. Nous aurons ainsi les premières Assises du Tourisme le 10 décembre prochain que j’ai souhaité ouvrir au grand public (1). En effet, les habitants sont les premiers ambassadeurs de leur ville. Un Office de Tourisme vend des prestations mais il contribue aussi au lien avec les acteurs du territoire et travaille au bénéfice de tous ».

DLH : Vous avez présenté en mai dernier une nouvelle campagne de communication que je pourrais qualifier de « téméraire ». Avec des messages chocs destinés à favoriser de nouvelles conquêtes à l’image de : « Zappez Osaka, Washington, la Floride, le Canada... osez Dijon ! » Cette campagne novatrice et décalée a-t-elle porté ses fruits ?

S. Z : « Absolument ! Plus de 26 millions de personnes ont eu l’occasion de la voir dans les gares de Paris, Lyon, Strasbourg mais aussi à Genève, Lausanne, Bruxelles ou encore Amsterdam. Et plus de 8 millions d’internautes ont également été touchés... C’était une autre manière de montrer Dijon. Nous avons le musée des Beaux-Arts mais nous avons aussi la base nautique, beaucoup de verdure, de parcs et jardins… On ne parle pas assez du Jardin des Sciences par exemple qui est à proximité de la gare et de la CIGV. Cette campagne a été particulièrement porteuse. Et cela a payé comme nous avons pu nous en apercevoir en analysant la provenance des touristes ».

 

DLH : Vous avez ainsi décidé d’accélérer dans le domaine digital…

S. Z : « La CIGV accueillera le Centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine, le « 1204 », lié au label Ville d’Art et d’Histoire accordé à Dijon par le ministère de la Culture. Nous avons décidé d’implanter, en son sein, un point d’accueil de l’Office de Tourisme où les visiteurs disposeront d’une plateforme interactive les orientant sur la Cité mais aussi sur toute la ville. C’est aussi pour cette raison que nous avons voulu que l’accès à cette Cité soit libre (avec des prestations gratuites ou payantes). Et nous avons refondu le site internet de l’Office du Tourisme avec de nouvelles possibilités d’interagir. Un tchat a vu le jour afin que nous puissions recueillir des avis, ce qui nous permet une véritable évaluation. La propreté, l’accueil, les offres très diversifiées sont très souvent plébiscitées. Le numérique est un axe indispensable à la stratégie mais rien ne remplace l’accueil physique. Il y aura donc un véritable point d’accueil au sein de la CIGV ».

DLH : Comment faire pour que les touristes multiplient les nuitées sur le territoire, ce qu’espèrent tous les professionnels du secteur ?

S. Z : « C’est la lutte que se livrent toutes les destinations. Nous avons tout à Dijon pour rallonger la durée de séjour. En parallèle au tourisme urbain, à tous les atouts dont nous disposons, nous avons développé, à travers le Dijon City Pass, avec nombre de partenaires, une offre extrêmement diversifiée dans la métropole, mais aussi dans toute la région. Nous proposons ainsi des offres clés en main dans des lieux à 1 h, 1 h 30 de Dijon, pour des touristes qui peuvent ainsi dormir dans la Cité des Ducs. Tout cela participe à l’augmentation du temps de séjour. C’est aussi vrai pour le cyclotourisme dont les adeptes aiment prendre leur temps. Un autre exemple : je pourrais évoquer la voie fluviale. Nous avons le Port du Canal que nous allons développer ainsi que le nouveau projet de la maison éclusière porté par Zutique Productions auquel je crois beaucoup. C’est le type d’offre qui allie tourisme fluvial, accès à vélo ou à pied, avec une offre de restauration, un verger, un incubateur culinaire et des résidences d’artistes. Lorsque les conditions sanitaires s’amélioreront pour tous, nous aussi, les Français, faisons en sorte de continuer à voyager dans le respect des populations et de l’environnement ! »

Propos recueillis par Camille Gablo

(1) Toutes les informations sur ces Assises seront disponibles sur le site www.destinationdijon.com

 

Le château de Marsannay : « Une expérience exceptionnelle »

Parmi les « expériences œnologiques exceptionnelles » que propose l’Office de tourisme de Dijon métropole figure le Château de Marsannay. Aux portes de Dijon, au sein de la première appellation de la côte vineuse, cette propriété propose depuis 4 ans des visites commentées de ses caves suivies d’une dégustation de ses délicieux nectars. Et, au cœur des vignes, les visiteurs apprécient puisque dans ce domaine propriétaire récoltant, où l’on insiste sur le fait que l’« on ne fait pas de négoce », ils ont droit à une véritable plongée dans l’histoire et le terroir de la Bourgogne. « Nous avons une approche particulièrement sympathique avec beaucoup d’outils de présentation. C’est extrêmement ludique et cela plaît. La dégustation face aux vignes séduit aussi énormément », détaille le responsable Sylvain Pabion, qui a balisé le chemin menant à la conversion biologique de l’ensemble des 40 hectares.

Et c’est dorénavant chose faite, si bien que ce Château s’inscrit pleinement dans les objectifs de tourisme durable de l’Office de tourisme de Dijon métropole. Et les vins que Sylvain Pabion propose vous font découvrir le meilleur de Marsannay (Clos du Roy, les Longeroies, Les Favières…) mais aussi de la Côte de Nuits (Clos de Vougeot, Vosne Romanée, Chambertin…) Il vous font même voyager jusqu’à la Côte de Beaune puisque ce Château est l’exploitant exclusif des Hospices de Dijon qui rayonne dans les grands crus autour de la capitale des vins de Bourgogne : Beaune, Savigny-lès-Beaune, Aloxe-Corton et Puligny-Montrachet. Pour ne citer que ces belles appellations… Ce Château, qui contribue fortement à la montée de l’appellation Marsannay, représente une superbe destination… même si vous êtes de la métropole !